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Jeunesse

Métro-Boulot-Caveau

Comment la jeunesse peut-elle jouer un rôle dans la bataille contre les retraites ?

Alors que plusieurs organisations de jeunesse affiliées à la NUPES appellent à une marche le samedi 21 janvier, se pose la question de la stratégie à adopter pour gagner le bras de fer contre Macron et sa réforme. Si la jeunesse a tout intérêt à participer à la bataille des retraites, il est essentiel qu’elle renoue avec le meilleur de la tradition du mouvement étudiant : l’alliance avec le monde du travail et l’auto-organisation.

mardi 10 janvier

Crédit photo : O Phil des contrastes

Le projet de réforme des retraites a été dévoilé ce mardi 10 janvier par le gouvernement. Sans surprise, Macron a opté pour un recul de l’âge de départ à 64 ans et compte bien nous faire travailler plus longtemps, pour des pensions de misère. En pleine crise économique et alors que les prix de l’énergie ne cessent d’augmenter, aiguisant ainsi l’inflation, cette réforme prévue de longue date par la bourgeoisie est une énième offensive contre l’ensemble des classes populaires mais aussi contre les jeunes.

Pour vivre et pas survivre, la jeunesse doit prendre part à la bataille des retraites

Déjà parmi les plus précaires face à la hausse des prix des biens de première nécessité, en proie au chômage au sortir de l’université et contraints d’accepter des jobs de plus en plus mal payés, le recul de l’âge de départ à la retraite va aggraver les conditions d’existence des populations les plus précaires et sceller un avenir de galère pour les nouvelles générations. Un futur bien sombre promis par Macron, et complété par une aggravation de la crise écologique de la responsabilité du grand patronat et d’une offensive sécuritaire des classes dominantes – notamment avec le renforcement du SNU – pour faire payer les crises à la jeunesse.

Ainsi, bien que la jeunesse étudiante n’ait pas joué de rôle significatif lors des dernières grandes batailles contre les retraites – en 2010 et 2019 –, c’est une mobilisation fondamentale que le mouvement étudiant doit mener pour son avenir, comme le soulignaient à juste titre les travailleurs de la RATP et de la SNCF en expliquant faire grève « pour leurs enfants » pendant la bataille des retraites de 2019. L’occasion de défendre un futur radicalement différent de celui proposé par les classes dominantes, de la précarité en entrant sur le marché du travail aux bas salaires étudiants, en passant par l’enjeu de lutter pour vivre et pas survivre.

Le mouvement étudiant : une étincelle pour quelle stratégie ?

Si la nécessité d’une mobilisation de jeunesse est partagée par plusieurs organisations, la question du plan de bataille à adopter pour faire reculer le gouvernement fait davantage débat. Notamment, plusieurs syndicats et organisations de jeunesse affiliées à la NUPES ont lancé un appel à une marche contre la réforme le samedi 21 janvier. Impulsée – entre autres – par l’Alternative étudiante, la Voix lycéenne, les Jeunes Insoumis, les Jeunes Ecolos, la Jeune Garde et le NPA Jeunes, cette date a vocation, selon le communiqué, à être le fer de lance d’une mobilisation « large et unitaire (…) pour mettre un coup d’arrêt à ce gouvernement ».

Rappelant qu’en « 2019-2020, le gouvernement avait dû reculer sur son projet de réforme des retraites face aux mobilisations de masse dans la rue », le communiqué souligne le fait que la jeunesse puisse être « la figure de proue des luttes sociales ». Une référence au rôle « d’étincelle » qu’on attribue souvent – et à juste titre – au mouvement étudiant qui a participé à de nombreuses reprises à construire le rapport de force aux côtés des travailleurs.

Alors que l’intersyndicale n’a toujours pas présenté de plan de bataille, il est donc légitime de chercher à faire des jeunes le fer de lance d’une mobilisation d’ampleur. En 2016, les organisations de jeunesse avaient ainsi été à l’initiative d’un appel unitaire, poussant les directions syndicales à se lancer dans la bataille contre la loi Travail avec une journée de mobilisation nationale le 9 mars. Cependant, le consensus concernant l’importance d’entraîner la jeunesse dans la bataille des retraites n’évacue pas le débat sur le plan de bataille à adopter pour arracher une victoire. De ce point de vue, les modalités d’action de cette journée du 21 janvier, consistant à manifester un samedi après-midi donne une première direction et tend à considérer que le rapport de force se construira en marge des lieux d’étude mais aussi des lieux de travail.

En effet, cela ancre de fait la colère de la jeunesse contre la réforme en dehors des universités, ce qui conduit à diluer le rôle du mouvement étudiant comme sujet politique propre. Pourtant, c’est bien par l’auto-organisation des étudiants directement sur leurs lieux d’étude que la jeunesse a pu déployer sa force de frappe par le passé : en 2016 et 2018, mais aussi en 2006, en 1986 et bien-sûr en 1968 où des dizaines de milliers d’étudiants ont bloqué et occupé leurs universités pour accompagner les grèves ouvrières.

D’autre part, bien que l’appel du 21 janvier pointe l’importance de construire « des grèves », il ne fait pas de cette orientation l’élément clé de la stratégie pour gagner. Pourtant, un des points forts du mouvement étudiant est précisément celui d’être capable d’entraîner derrière lui le monde du travail organisé. C’est à ce titre que les organisations de jeunesse, en formulant début mars 2016 un appel clair à « à se réunir, à débattre et à s’organiser dans les lycées, les universités, les quartiers et les entreprises », avaient permis au mouvement étudiant d’incarner « l’étincelle » du mouvement de grève contre la loi Travail qui suivit pendant plusieurs semaines.

L’appel du 21 janvier : un appui pour la grève générale, vraiment ?

Au-delà de la question de la participation ou non à la marche du 21 janvier, c’est donc en pointillé celles de la stratégie et du plan de bataille pour gagner face à Macron qui sont posées. Pour LFI qui a rapidement rejoint l’appel à la marche qu’elle a elle-même impulsée par le biais des organisations de jeunesse qu’elle dirige – Jeunes Insoumis, L’Alternative Etudiante – cette date sous-tend en définitive une stratégie qui place son centre de gravité sur le terrain de la bataille parlementaire.

Mélenchon affirmait ainsi sur son blog qu’avec la marche du 21 janvier contre la réforme des retraites « s’ouvrira la phase de lutte directe et frontale sur le thème central du quinquennat. » Tout en opérant un changement de pied sur le rôle que peut jouer la grève qu’il dit désormais être le « moyen d’action le plus efficace » - il fallait auparavant « économiser des jours de grève », il reste que LFI a une stratégie institutionnelle qui subordonne les luttes aux batailles parlementaires. Une stratégie qui nie par ailleurs la centralité de la classe ouvrière dans l’affrontement face aux classes dominantes. De fait, à l’instar de la marche du 16 octobre l’organisation de manifestations le weekend correspond à la défense de la primauté du rôle du peuple et du citoyen sur celui de la classe ouvrière.

Dans sa continuité, le 21 janvier ne parait pas jouer un rôle d’appui à la construction de la grève générale pour combattre Macron et sa réforme des retraites. Il tend en réalité à jouer un rôle plébiscitaire pour LFI, le parti cherchant à incarner le rôle de premier opposant politique au gouvernement autour d’une stratégie parlementaire et populiste qui s’est déjà exprimée à plusieurs reprises, que ce soit pendant la réforme XXL de la Loi Travail en 2017 ou pendant la grève contre la réforme du rail en 2018.

Loin de permettre à la jeunesse d’incarner l’étincelle d’un mouvement d’ampleur contre les retraites, cette politique risque donc au contraire de diviser travailleurs et étudiants en faisant de ces derniers un point d’appui au service d’une bataille principalement parlementaire. De quoi rendre d’autant plus questionnable la participation du NPA Jeunes à l’appel du 21 janvier. Pourtant animé par les tendances composant la scission qui s’est opposé à l’aile droite de l’organisation – Anticapitalisme & Révolution et l’Etincelle, hostiles à la liquidation du parti dans la NUPES – le fait de prendre part à la construction d’une date qui dévalue le rôle du mouvement ouvrier et l’importance de la grève pour affronter le gouvernement conduit nécessairement à mettre le secteur jeune du NPA à la remorque des ambitions institutionnelles de LFI.

Pour un mouvement étudiant aux côtés des travailleurs, qui défende la perspective de la grève générale

Autrement dit, pour que le mouvement étudiant joue pleinement son rôle « de figure de proue des luttes sociales », il ne suffit pas d’initier une date de manifestation avant les directions syndicales : il s’agit surtout de chercher à construire une mobilisation sur les lieux d’études et de travail qui puisse poser la perspective de la grève générale.

En ce sens, il y a urgence à tenter de renouer avec le meilleur de la tradition du mouvement étudiant, à savoir l’alliance avec les travailleurs et l’auto-organisation. De fait, c’est au travers des Assemblées générales, comités de mobilisation et cortèges que la jeunesse étudiante devient sujet politique, et peut décider démocratiquement de la voie et de la stratégie à suivre pour faire gagner le mouvement. Les récentes mobilisations de jeunesse comme les marches pour le climat et les luttes féministes, malgré leur ampleur, se sont d’ailleurs heurtées au manque d’auto-organisation et à l’absence d’implantation sur les lieux d’étude à même de favoriser une structuration et une coordination du mouvement.

De la même façon, alors que la clé du rapport de force se situe au niveau du blocage de l’économie, le rôle progressiste de la jeunesse pourrait être notamment celui d’encourager à l’élaboration d’un plan de bataille sérieux qui ait pour centre de gravité la grève reconductible dans différents secteurs du monde du travail. Un enjeu d’autant plus brûlant que le pays est secoué par une multitude de grèves pour les salaires venant mettre en difficulté le patronat, sans pour autant parvenir à se coordonner dans un mouvement d’ensemble à défaut d’une stratégie et d’un programme conséquent. En ce sens, la jeunesse étudiante devrait non seulement porter la revendication du départ à taux plein à 60 ans, mais l’articuler également aux revendications sur les salaires face à l’inflation.

Face à la précarité étudiante grandissante, l’instauration d’un revenu étudiant à hauteur du SMIC financé par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes pourrait notamment constituer une réponse. Plus généralement, il s’agira de porter la nécessité d’augmenter immédiatement les salaires, les pensions, et de les indexer sur l’inflation afin de répondre aux préoccupations immédiates de l’ensemble des classes populaires et des jeunes frappés de plein fouet par la vie chère.

Ainsi, pour à la fois donner des perspectives à la jeunesse et bousculer le plan de manifestations saute-mouton que vont nous concocter les directions syndicales, il est temps de faire le test d’un possible mouvement étudiant à la rentrée. Cela passe par la coordination des organisations de jeunesse pour convoquer des Assemblées générales dans toutes les universités, qui lancent un appel au monde du travail à rejoindre la mobilisation contre la réforme des retraites et l’inflation. Cela est déjà le cas dans quelques universités comme à l’EHESS et à l’Université de Paris, ce qui doit encourager les étudiants à faire de même partout ailleurs. Une mobilisation qui s’ancre sur les lieux d’étude et de travail, et qui se réapproprie le slogan qui fit de mai 68 la plus grande grève de l’histoire du mouvement ouvrier français : « étudiants-travailleurs unis nous vaincrons ».



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