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Politique

Affaire Benalla

Commission d’enquête : Benalla a décidé qu’il ne répondrait pas

Mis en examen pour utilisation abusive de passeports diplomatiques après son licenciement, Alexandre Benalla a refusé de répondre aux questions de la commission d’enquête en se retranchant derrière l’instruction judiciaire.

mardi 22 janvier

Crédit photo : Gonzalo Fuentes / Reuters

Au mois de décembre, en pleine mobilisation des Gilets Jaunes, l’affaire Benalla prenait un nouveau rebondissement. Mediapart publiait un document démontrant que le barbouze de Macron avait utilisé des passeports diplomatiques après son licenciement, le 31 juillet dernier. Cela a conduit à l’ouverture d’une enquête et à la reprise des travaux de la commission du Senat, déjà entamés le 19 septembre dernier après le passage à tabac des deux manifestants Place de la Contrescarpe à Paris. 

En s’étant servi une vingtaine des fois, entre le 1er aout et le 31 décembre, de deux passeports diplomatiques et de deux autres, dits « de service », alors qu’il avait déjà été licencié de l’Elysée, la commission d’enquête souhaitait, ce lundi, l’interroger sur les conditions de délivrance et l’utilisation qu’il avait fait des passeports. Les révélations sur les activités d’Alexandre Benalla démontraient qu’il avait utilisé les passeports lors d’une série de voyages d’affaires auprès de chefs d’Etat, comme lorsque celui-ci allait rencontrer le président du Tchad Idriss Déby. De même, ces révélations montraient qu’au moins jusqu’au 11 janvier, Benalla avait encore un téléphone sécurisé Teorem, un appareil réservé aux plus hauts responsables de l’État. 

Cependant, lors de la commission d’enquête, l’(ex)collaborateur d’Emmanuel Macron a ignoré à plusieurs reprises les principales questions des sénateurs et a refusé d’y répondre en se retranchant derrière l’instruction judiciaire. Toujours fidèle et conscient de la position de faiblesse dans laquelle se trouve le gouvernement du fait du mouvement des Gilets Jaunes, Benalla balayait toutes les questions avec la rengaine de l’« information judiciaire en cours ». 

Les rares fois où il n’a pas esquivé les questions sous le couvert de cette excuse formellement invalide durant la commission d’enquête, ses réponses étaient partielles et n’ajoutaient pas d’informations aux révélations déjà faites. Car même si Benalla avouait avoir « avisé des personnes de l’ensemble de [ses] déplacements à l’étranger », parmi lesquels « des membres de la présidence de la République », il refusait de détailler leur identité, leurs fonctions ou toute information qui, évidemment, aurait pu approfondir encore plus la crise que traverse l’exécutif.

Dans cette mise en scène où Benalla peut bien tranquillement ignorer les questions posées par des sénateurs, faisant semblant de s’indigner en lui rappelant des lois qu’il a pu toujours ignorer avec le soutien de l’Elysée, c’est une justice à deux vitesses qui est mise en évidence. Le barbouze de Macron impuni après le passage à tabac de manifestants le 1er mai rencontre des chefs d’Etat autour du monde et continue d’être lié aux affaires d’Etat sans que la justice le dérange, tandis que les Gilets Jaunes sont condamnés à de la prison ferme pour avoir appelé à manifester ou pour s’être défendu contre des violences policières. 




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