^

Politique

Gifle

Complaisance avec l’extrême-droite : le Figaro décrit le gifleur royaliste comme un « geek fan du Moyen Âge »

Le traitement de l’affaire de la gifle sur Macron est exemplaire du deux poids deux mesure médiatique des événements impliquant l’extrême-droite et de la volonté d’euphémiser tout ce qui les concerne.

mercredi 9 juin

Depuis hier, la gifle reçue par le président de la république agite le monde médiatique et politique. Pour rappel, hier, dans le cadre de sa tournée électorale en préparation de 2022, Macron a reçu une petite gifle d’un homme, criant au passage un mot d’ordre de l’extrême droite royaliste : « Montjoie, Saint Denis ! ».

L’événement est l’occasion de constater le traitement médiatique si particulier réservé aux événements impliquant l’extrême-droite en France. Dans son article publié hier, et après avoir évoqué dans un premier temps l’acte d’un « anarchiste », le journal le Figaro (suivi par beaucoup d’autres) a choisi de présenter le gifleur comme un « amateur du Moyen Âge », de « mondes fantastiques, de kendo et de combat à l’épée médiéval ». Éléments condensés dans la formulation du titre de l’article : « Des geeks fans du Moyen Âge : l’improbable profil des deux gardés à vue ».

Pourtant, les éléments à la disposition des journalistes au moment de la parution de l’article indiquaient clairement un tout autre profil : celui d’un homme d’extrême-droite, royaliste, abonné sur YouTube à l’ensemble de la fachosphère (Papacito, Valleurs Actuelles, Henry de Lesquen, TV Liberté ou Julien Rochedy), qui semble avoir un attrait pour les sports de combat et les armes à feu. Des éléments que son cri royaliste où la publication de la vidéo par un compte Twitter arborant une fleur de lys et relayant des contenus d’extrême-droite annonçaient d’ores et déjà. Lors des perquisitions chez-lui et son ami qui l’accompagnait lors de l’événement, la police a d’ailleurs retrouvé pistolets et fusils, ainsi qu’un exemplaire de Mein Kampf.

Mais le traitement médiatique visant à euphémiser le lien de l’auteur de la gifle avec l’extrême-droite ne s’arrête pas là. De nombreux autres journaux tels que le Parisien ou L’Indépendant se sont en effet empressés de relayer le discours du « geek amateur du Moyen Âge ».

Ce traitement médiatique totalement complaisant, visant à évincer du tableau s’inscrit ainsi dans la droite ligne de l’affaire Papacito, youtubeur d’extrême-droite revendiquée qui, il y a quelques jours seulement, avait ouvertement appelé au meurtre des « gauchistes » et des « insoumis » dans une vidéo publiée sur sa chaîne. Un appel au meurtre perçu comme « ambigu », voire comme une « diversion » des Insoumis, par les médias dominants.

Les prises de position médiatique et politique sur ces deux affaires montrent bien la capacité à fermer les yeux sur les actes de l’extrême-droite. Alors qu’Éric Zemmour sur CNews, après avoir défendu Papacito qu’il considère comme un ami proche, a affirmé ce matin dans l’indifférence générale qu’Emmanuel Macron avait eu « ce qu’il méritait », il est aisé d’imaginer qu’elles auraient pu être les réactions de ces mêmes médias et politiques, si le gifleur avait été racisé, musulman ou militant de gauche ? Un deux poids deux mesures relevé avec humour sur les réseaux, notamment par la journaliste Sihame Assbague.

A l’inverse, on se rappellera de la mise sous silence médiatique d’actes racistes comme l’agression subie en avril dernier par Adil Sefrioui. La presse locale avait notamment choisi d’interviewer tranquillement son agresseur, tandis que Adil Sefrioui avait de son côté été convoqué au commissariat pour répondre de dégradations qu’il aurait commises sur la voiture de l’homme qui tentait de l’écraser tout en l’insultant de « bicot »…




Mots-clés

liberté de la presse   /    Macronisme   /    Emmanuel Macron   /    Extrême-droite   /    Politique