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Culture et Sport

Refusons l'instrumentalisation

Condamné pour l’exemple : le rappeur Maka écope de 21 mois de prison ferme pour une chanson

Ce jeudi, le rappeur Maka âgé de 18 ans a été condamné à 21 mois de prison ferme pour apologie du terrorisme. Le tribunal a accompagné sa décision d’un mandat de dépôt, conduisant à l’incarcération immédiate du jeune homme. Une peine lourde pour l'exemple en pleine offensive liberticide du gouvernement.

samedi 28 novembre 2020

Capture d’écran du clip de Maka

Celui-ci est à l’origine d’un clip de rap, mis en ligne mi-novembre sur YouTube, qui fait référence à l’assassinat de Samuel Paty le 16 octobre dernier. Dans le texte, on trouve la phrase suivante « on découpe comme Samuel Paty, sans empathie » reprochée au rappeur.

Le président du tribunal correctionnel de Meaux identifie ainsi des « faits extrêmement graves, avec un clip qui peut susciter des vocations » et poursuit : « vous êtes sous contrôle judiciaire, en sursis probatoire, avec un clip tourné le 30 octobre au soir, dans une période de couvre-feu, soit une logique de confrontation à l’Etat ». Dans le même sens, le Ministère public dénonçait un acte « extrêmement choisi et réfléchi » selon lequel « sans empathie » voudrait dire « sans pitié pour monsieur Samuel Paty ». De son côté, le prévenu s’excuse et décrit une volonté de faire le buzz.

Il s’agit sans aucun doute d’une phrase provocatrice et déplacée, résultat de l’aspiration probable du jeune chanteur à être connu dans le milieu du rap. Néanmoins, la lourdeur de la peine interroge. Presque deux ans de prison pour quelques mots dans une chanson, comparés d’emblée aux vidéos qui circulaient sur les réseaux sociaux avant l’assassinat de Samuel Paty et assimilé au délit « d’apologie du terrorisme ».

Tout d’abord, la référence très malvenue à l’assassinat de Samuel Paty n’est pas employée pour revendiquer l’acte terroriste ou appeler à en commettre un autre. Le flou de la notion « d’apologie du terrorisme » permet ici d’incriminer lourdement des faits en l’absence de toute articulation tangible avec de tels actes.

Mais ensuite, il semble que la justice pénale n’ait pas toujours été aussi ferme. On a en effet pu voir Luc Ferry appeler à tirer à balle réelle sur des manifestants ou des responsables politiques menacer de mort des militants sans que personne ne s’en émeuve.

Si Maka aurait certainement du éviter une telle référence par respect pour la mémoire de l’enseignant décédé dans les conditions horribles que nous connaissons, la sanction dont il écope est le signe d’autre chose. Dans le contexte de contestation de l’impunité policière une nouvelle fois révélée par la terrible agression de Michel Zecler et de la volonté d’imposer les dispositions liberticides de la loi Sécurité globale, cette condamnation cherche à faire un exemple.

Le meurtre de Samuel Paty semble ici justifier une interprétation extensive de la notion « d’apologie du terrorisme » et un contrôle accru des contenus sur les réseaux sociaux qui envoient en prison un jeune de 18 ans pour une chanson. 




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