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Politique

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Conférence de presse. Fillon se croit à confesse et ne convainc personne

« Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ». Pas tout à fait « maxima », en réalité, puisque François Fillon s’est surtout ingénié à ressasser tout au long des quarante minutes qu’ont durées la conférence de presse que tout ce qu’il avait fait était absolument légal et que Penelope avait fait du bon boulot. Il en faudra un peu plus pour qualifier la droite au second tour de la présidentielle et éviter une dérouillée aux élections législatives. Jean-Patrick Clech

lundi 6 février 2017

Devant 200 journalistes de la presse hexagonale et étrangère en guise de parterre militant après les meetings de Mélenchon, Macron et le Pen du week-end, le candidat favori des sondages jusqu’il y a peu a présenté ses excuses aux Français. « Faute morale », semble-t-il, que de faire travailler sa femme et ses enfants. En d’autres temps, les Anciens appelaient cela du népotisme. Fillon a donc battu sa coulpe,dit qu’il avait beaucoup fauté, gravement péché, par omission et par action. Tout s’est passé comme si le candidat élu par les cathos pratiquants et soutenu par la Manif pour Tous avait confondu le confessionnal avec l’agence bancaire de Sablé-sur-Sarthe.

Mais comme tout bon jésuite à la double morale, Fillon a aussi craché un peu sur ses petits camarades, accusant députés et sénateurs d’avoir eu les mêmes pratiques que lui, et alléguant qu’en dépit de son château dans la Sarthe, de sa résidence secondaire sur la côte basque, de ses comptes en banque et des salaires de Penelope, le couple ne payait pas l’Impôt de « Solidarité » sur la Fortune à la différence d’un certain Emmanuel Macron qui, lui, est en train de le doubler dans les sondages et recueille de plus en plus de soutien chez les électeurs de droite.

Si tout ce qu’il a fait était légal, Fillon s’est en revanche bien gardé de s’épancher sur la question des 100.000 euros reçus par sa femme pour dix compte-rendus de lecture pour la Revue des Deux-Mondes. Il n’a pas non plus approfondi la question du salaire de ses enfants, payés par les deniers publics alors qu’ils étaient étudiants. Sans doute Fillon confond-il les bourses du CROUS et l’aide aux enfants de députés-démunis.

La performance n’a pas convaincu, même dans son propre camp. Si Fillon s’est justifié sur la question de « l’emploi » de Penelope au Parlement, il a laissé d’autres brèches sur les affaires qui risquent de lui coller aux basques dans les prochains jours, plus encore s’il y a de nouveaux rebondissements. Le problème, pour la droite, c’est qu’il n’y a pas de Plan B. Fillon a fait les gros yeux aux juges, en leur faisant comprendre que s’il était mis en examen, c’était le chaos (comprendre l’élection de Marine Le Pen). Pour ses « amis » des Républicains, il dit être droit dans ses bottes. Ces derniers savent bien, si l’on en croit les confidences d’un de ses proches, que s’il se présente, ils ont « 15% de chance de gagner les présidentielles, mais 100% de chance de perdre s’il ne se présente pas ».

Personne ne souhaite prendre la relève, ni Juppé, qui ne saurait défendre le programme de son rival aux primaires sur sa propre candidature, et moins encore les Wauquiez, Bertrand ou Larcher qui n’ont aucune légitimité. « Quoiqu’on en pense, il faut le soutenir », a affirmé, après la conférence de presse, Georges Fennec, le premier ténor de droite qui était sorti du bois en exigeant tout haut ce que nombre de députés, inquiets de leur réélection, disent tout bas : « il faut que Fillon fasse un pas de côté. »

C’est donc reparti pour un tour pour cette mascarade. Et vu les zones d’ombre qui continuent à planer sur les affaires qu’il traîne derrière lui, Fillon aurait gagné du temps en convoquant une nouvelle conférence de presse dans les prochains jours. En effet, après son déplacement à Troyes, chez Baroin, puis à Poitiers, jeudi, chez Raffarin, comme si de rien n’était, il est probable qu’il ait à nouveau à passer au confessionnal pour se faire pardonner ses péchés. En revanche, si le noyau dur des trois millions d’électeurs de droite pourrait passer l’éponge, ce sera loin d’être suffisant pour construire, autour de sa candidature, une majorité de suffrages lors des présidentielles. La droite, aujourd’hui, est dos au mur.




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