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Politique

Issue du « Grand débat »

Conférence de presse. Macron maintient son cap : une invitation à poursuivre la mobilisation !

Ce jeudi 25 avril, l’effet « waouh » était censé sortir Macron de l’impasse. Repoussées à de multiples reprises, les annonces de Macron devaient clore la séquence du grand débat conçu comme un sas de décompression du mouvement des Gilets jaunes ouvert il y a plus de 5 mois. Mais le résultat est sans équivoque : si Macron compte sur un changement de méthode pour briser la verticalité dans laquelle il s’est enfermé, sur le fond, il persiste et signe pour continuer, voir accentuer le cap des réformes néo-libérales.

jeudi 25 avril

Après plus de 5 mois de mouvement des Gilets Jaunes, les annonces maintes et maintes fois repoussées visaient à clore l’épisode pour lancer « l’acte 2 » du quinquennat. S’il avait initialement prévu de faire ses annonces non pas en direct, mais au travers d’une vidéo pré-enregistrée, l’incendie de Notre-Dame a changé les plans tout en constituant une nouvelle opportunité pour peaufiner son discours suite à la fuite de ses « mesures » dans la presse. En effet, celles-ci ont suscité d’emblée une large critique du fait de leur inconsistance au regard de la profondeur de la crise ouverte depuis 5 mois par le mouvement des Gilets jaunes.

Acculé, le président a donc choisi de changer de format, et de prendre la parole en direct dans une conférence de presse, pour contrebalancer sur la forme ce qui convainquait peu sur le fond. L’ajustement en dit long, et il a été relevé par de nombreux journalistes : apparaître plus comme un « président » et moins comme un « technocrate » isolé. Là était l’enjeu d’un pari finalement pas si risqué compte tenu de la « timidité » des journalistes qui lui faisaient face.

Changer de « méthode » pour mieux ne rien changer sur le fond

Macron a commencé son allocution sur le terrain des questions démocratiques pour tenter d’apporter une réponse sur le thème des institutions. Il a d’emblée refusé les revendications des Gilets Jaunes, réaffirmant la démocratie représentative contre la démocratie directe, balayé le RIC et la reconnaissance du vote blanc. À l’image des divers chèques en blancs donnés par Macron, il prétend vouloir « simplifier les règles » du Referendum d’Initiative Partagée. À partir d’un million de signataires d’une pétition, le parlement pourrait être contraint de... discuter un texte.

Ces « réformes » cosmétiques reprennent une partie de son programme sur la question institutionnelle, repoussée suite à l’affaire Benalla, comme la « proportionnelle » ou encore la réduction de parlementaires. Elles permettent en définitive d’habiller le régime pourrissant de la cinquième République pour mieux le renforcer.

Et sur le terrain social ?

Sur le terrain social, Macron a souhaité être clair : « Tout arrêter serait faire fausse route ». En ce sens, rien de substantiel, même s’il a tenté de balayer large. S’il indexera les retraites de moins de 2000 euros d’ici à 2020, la seule mesure réellement chiffrée, quoique peu concrète en terme de réelles retombées, concerne la baisse des impôts sur le revenu. Après qu’une journaliste lui en ait demandé le détail, il l’a chiffré à 5 milliards d’euros, soit bien moins que les mesures annoncées le 10 décembre, mais aussi encore moins que la baisse des impôts sur le revenu opérée sous le précédent quinquennat (6,3 milliards).

Par ailleurs, quel en sera le prix ? La « baisse des dépenses publiques », l’austérité dans les services publics, et la nécessité que les « français travaillent plus ». Ainsi, c’est autour d’une rhétorique classique sur l’augmentation de l’espérance de vie (qui est pourtant en recul depuis 2014), des voisins chez lesquels on travaille plus (la France étant pourtant le 3ème pays d’Europe avec le temps de travail hebdomadaire le plus élevé) que Macron a tenté de convaincre autour du désormais connu « travailler plus pour gagner plus ». En clair, pas un mot sur l’augmentation des salaires, des retraites et des pensions.

Sur d’autres terrains, il ne s’est pas permis d’avancer concrètement sur le reste de ses réformes les plus offensives, restant flou sur l’objectif de suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, rejetant l’idée d’augmenter les 35 heures ou encore la suppression de jours fériés. S’il a affirmé en filigrane qu’il faudra travailler davantage, il n’est pas allé non plus jusqu’à reculer clairement l’âge de départ minimal à la retraite.

En clair, les mesures annoncées visent avant tout à adresser à son socle électoral du premier tour tout en tentant de l’élargir sur l’électorat de droite, avec lequel il entend dialoguer par sa rhétorique de l’augmentation du temps de travail.

Macron à l’offensive pour capter l’électorat LR et RN

Ainsi, le Macron du 25 avril n’a clairement pas l’aplomb du fraichement élu président de mai 2017. Mais ce qui marquera surtout ses prises de paroles, c’est la tentative une fois de plus de dévier la discussion sur un terrain ultra-réactionnaire. S’il prétend avoir « compris les inquiétudes » exprimées au travers du mouvement, Macron a mis en avant parmi ses axes principaux la question migratoire, le renforcement des frontières, et la lutte contre le « communautarisme dans certains quartiers », autant de questions qui sont absentes des mots d’ordres des Gilets Jaunes bien qu’omniprésentes dans les débats télévisés.

En difficulté face au RN qui monte dans les sondages, En Marche sait sur quel terrain électoral il lui faut chasser, de même que le président préférerait que le débat public soit à nouveau monopolisé par des thématiques xénophobes plutôt que par des thématiques sociales et la remise en question des institutions réactionnaires de la 5ème république. Mais c’est aussi pour s’adresser à l’électorat LR, dont le choix des électeurs est le plus volatiles, que Macron a tenté de placer le débat sur le terrain de la « préservation des fondamentaux français ».

Pour défaire Macron, ce sera dans la rue

Ainsi, Macron n’a donné rien d’autre à se mettre sous la dent qu’un discours pseudo humaniste qui ne lui colle pas franchement à la peau, lui qui -comme il l’a redit- a récemment « découvert » la pauvreté et les conditions de vie difficile, à l’image de celles des mères isolées.

S’il faut retenir de ces annonces leur vide en termes de réponses sur le terrain social et démocratiques aux aspirations des Gilets jaunes, la volonté de Macron de poursuivre ses attaques anti-sociales est claire.

Ainsi, cette conférence de presse sonne en réalité comme un appel à descendre à nouveau dans la rue ces prochains jours. Tout d’abord, ce samedi 27 avril, lors d’une manifestation de convergences entre militants de la CGT, Gilets jaunes, associations et partis politiques. C’est aussi la journée de mobilisation du 1er mai, qui s’annonce comme une journée des plus importantes, ou encore le 9 mai, journée de grève de toute la fonction publique. Ce sera par nos grèves et nos mobilisations que l’on pourra empêcher Macron de poursuivre voire d’accentuer ses politiques anti-sociales et néo-libérales.

Crédits photo :
PHILIPPE WOJAZER REUTERS




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