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Monde

Confinement en Grèce : deux migrants blessés par balle au camp de Moria

Jeudi dernier, deux demandeurs d'asiles, un Iranien et un Afghan se sont fait tirer dessus par les autorités grecques pour être sorti du camp de Moria et donc « enfreint » les règles du confinement autoritaire. Les deux migrants ont subi une répression brutale, a l'image de la brutalité de la situation à Lesbos.

dimanche 26 avril

Dans le camp de Moria sur l’île de Lesbos en Grève, la crise sanitaire et le confinement est venu accroître la misère dans laquelle sont plongés les migrants dans le camp. Le camp de Moria est conçu pour accueillir 3000 personnes, et qu’aujourd’hui ce sont 21000 personnes qui sont entassés, sans nourriture et sans eau, dans une prison à ciel ouvert. La quarantaine généralisée, dans tous les pays du monde, est venu renforcer la répression que subissent les migrant de la part des autorités grecques.

La pandémie mondiale est venue approfondir la situation déjà extrêmement tendue dans les camps situés Lesbos et les îles avoisinantes. Début mars, l’offensive de Bachar El Assad à Idlib et les annonces du gouvernement turc sont venu augmenter l’afflux toujours plus importants de réfugiés vers l’île, plongeant ainsi les camps dans une précarité encore plus grande. Les trois îles de Lesbos, Samos et Chios accueillent le triple de leur capacité et le camp de Moria, comme les autres, sont saturés. Dans des abris faits de déchets, cartons les réfugiés s’agglutinent dans des habitations insalubres, souvent au péril de leur vie. Les réfugiés organisent régulièrement des grèves de la faim, pour protester contre leurs conditions de vie, et réclamer liberté.

L’arrivé de la droite au pouvoir, est venu renforcer la politique anti-migration du gouvernement grec : une loi a été adopté en novembre, afin de durcir la procédure pour les demandes d’asiles. En février dernier, le gouvernement grec, avait pour projet un « mur flottant » sur la mer, pour empêcher les migrants d’accéder aux îles égéennes. Cette escalade répressive contre les migrants a atteint son sommet avec des gardes côte qui tiraient sur les migrants, début mars. La politique nationaliste du premier ministre grec, qui multiplie les expulsions et la répression vient alimenter les haines nationalistes sur les îles grecques. En effet, des groupes anti-migrants d’extrême droite improvisent des « contrôles » violents sur l’île et s’en prennent aux migrants et aux organisations humanitaires.

Fin mars, le gouvernement prenait la décision de construire un nouveau camp fermé sur l’île de Lesbos, pour faciliter les expulsions. En effet, si les camps sont censés être une zone de passage, ils deviennent pour beaucoup une prison à ciel ouvert, en attendant l’expulsion. Contre la construction de ces camps, des migrants se sont mobilisés aboutissant à une violente répression policière sur le chantier. Cette situation est venue se crisper avec l’appel à la grève générale du Maire de Lesbos, Spiros Galinos, qui demande que l’île ne soit pas transformée en prison pour les migrants. Une employée d’une agence grecque pour l’asile, dit s’être mis en grève contre la décision politique d’Athènes et pour exiger « de meilleures conditions de travail » et un traitement « humanitaire » pour les réfugiés.

Le 22 avril, plusieurs dizaines de demandeurs d’asile ont organisé une manifestation devant le camp, du fait de l’aggravation de leurs conditions de vie depuis le début de la pandémie. En effet, le camp de Moira, est surpeuplé et les conditions d’hygiène et de sécurité y sont désastreuses. Dans la semaine, plus de 150 personnes ont été testés positives et porteurs du coronavirus sur l’île, ce qui représente un danger énorme pour les camps avoisinants. S’il n’y a pas de malade déclaré dans ceux-ci, c’est également qu’aucun test n’a été effectué. Mais le virus, si l’on confirme sa présence dans le camp va se répandre à une vitesse effrénée dans un endroit ou tout distanciation sociale est impossible. Les conditions d’accès aux soins sont désastreuses, et la propagation du virus serait une réelle catastrophe humaine.

Les migrants se sont rassemblés devant le camp pour exiger d’être libérés de cette cage, et transférés sur le continent grecque. Ils dénoncent la situation d’insécurité dans laquelle ils sont face au virus, et interpellent les autorités pour leur inaction. Ils demandent la libération immédiate, qu’ils puissent être installés dans de meilleurs conditions, sur le continent grec, et du matériel sanitaire pour faire face à la pandémie. Ici, dans une adresse poignante au monde, un migrant s’insurge face à la situation : « Vous avez cherché la guerre en Afrique, C’est à cause de vous que nous sommes ici ».

Message des réfugiés du camp surpeuplé de Moria ce matin pendant une manifestation de paix : « nous sommes abandonnés...

Publiée par Mortaza Behboudi sur Mercredi 22 avril 2020

« C’est de votre faute », derrière cette injonction, la rage d’un jeune homme qui met les grandes puissances impérialistes, et leur domination sur les pays semi-coloniaux, qui met les réfugiés dans cette situation aujourd’hui. En effet, ceux qui ont pillé et détruit l’Afrique, répriment violemment les migrants, et continuent à imposer leur domination notamment via leurs multinationales. La pandémie est venue accroître ces contradictions car l’arrêt de l’économie dans les pays impérialistes, comme la France, entraîne une dévaluation importante du Franc CFA, qui dépend de la Banque de France. Mais surtout, la pandémie mondiale vient aggraver la politique déjà mortifère de l’Union européenne en matière de migration. L’union européenne a annoncé une aide de 700 millions d’euros à la Grèce et le renfort de Frontex, agence européenne de défense, continuant ainsi à bâtir les murs d’une Europe forteresse et répressive.. Dans le camp de Moria, a l’image de la réponse autoritaire des Etats à travers le monde, on ne donne ni masques ni tests aux réfugiés, mais des balles et du mépris.

Aujourd’hui, les quarantaines généralisées et la fermeture des frontières viennent accroître la répression que subissent les réfugiés. En Europe, outre les avoir forcés à travailler, les frontières continuent à tuer les migrants en première ligne de la brutalité de l’épidémie. Sans toit, sans conditions sanitaires, ils sont les plus vulnérables dans cette situation, c’est pour ça, qu’aujourd’hui plus que jamais, il faut exiger la régularisation des migrants et des sans-papiers ! Mais surtout la liberté de circulation et d’installation de tous les migrants !




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