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Vers la guerre ?

Conflit Arménie / Azerbaïdjan : Les affrontements s’intensifient dans le Haut Karabakh

Les escarmouches de dimanche ont laissé place à des combats d’une grande intensité entre les séparatistes arméniens de la région du Haut Karabakh et l’armée azerbaïdjanaise. Les deux camps affirment avoir tués des centaines de militaires et détruits une quantité importante de matériel de guerre. S’il est difficile pour l’heure de confirmer ces annonces, il semble que le conflit déborde déjà les frontières de l’enclave à majorité arménienne et qu’il présage d’une guerre ouverte entre les deux nations.

mardi 29 septembre

Crédit : Handout / Armenian Defence Ministry / AFP

Des combats « féroces » qui commencent à déborder les frontières de la région contestée du Haut Karabakh

Les combats qui opposent les séparatistes arméniens, soutenus par le pouvoir d’Erevan, et l’Azerbaïdjan, soutenu ouvertement par la Turquie, sont en passe de devenir, en ce mardi 29 septembre, un conflit ouvert de haute intensité qui déborde les frontières de la région semi-autonome du Haut Karabakh, situé sur le territoire de l’Azerbaïdjan. Le journal Le Monde rapporte une déclaration du ministre de la défense arménien qui affirme que les séparatistes ont « détruit 49 drones, 4 hélicoptères, 80 tanks, un avion militaire et 82 véhicules militaires azerbaïdjanais depuis dimanche, et assure avoir infligé « d’importantes pertes humaines ». De son côté, Bakou affirme avoir « repris » plusieurs positions dans le territoire contesté et infligé de lourdes pertes à l’ennemi.

Plusieurs agglomérations et infrastructures civiles auraient également été touchées, causant de nombreuses morts civiles. Erevan a d’ailleurs exhorté la Cour Européenne des droits de l’Homme à condamner toute action militaire contre de telles cibles. Au delà donc de la rhétorique martiale adoptée par les belligérants, il semblerait que les affrontements se soient nettement intensifiés dans la nuit de lundi à mardi.

Un conflit à haut risque dans une région historiquement instable

Tandis qu’une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU est prévue mardi 29 au soir pour traiter du conflit qui oppose les deux pays du Caucase depuis dimanche, les puissances régionales majeures que sont la Turquie et la Russie font progressivement connaitre leur position. La première, qui soutient inconditionnellement Bakou, semble appuyer plus ouvertement dans le sens d’un conflit que la seconde qui en appelle à la résolution pacifique des différends.

L’enjeu pour Ankara est de retrouver la pleine maîtrise des oléoducs qui transitent par son territoire vers l’Europe occidentale depuis la mer Caspienne en passant par la Géorgie. Erevan a d’ailleurs dénoncé publiquement, bien que l’information ne soit pas encore confirmée par une autre source, l’envoi direct de soutiens militaires et certaines rumeurs mentionnent la probable présence de mercenaires Syriens, employés par la Turquie, aux frontières de l’Azerbaïdjan.

Intérêts croisés dans le Caucase

De son côté, la Russie s’inquiète d’un conflit militaire ouvert dans une région clé pour sa sécurité. Si les intérêts que poursuit la Turquie dans la région sont essentiellement économiques et liés à son ambition de devenir un intermédiaire majeur dans l’exportation de gaz vers l’Europe, la région représente pour la Russie un enjeu stratégique et militaire de grande importance. Liée à l’Arménie par un traité de sécurité, la Russie ne souhaite néanmoins pas voir ses relations avec l’Azerbaïdjan se dégrader, ce qui remettrait inévitablement en cause les accords signés entre les pays riverains de la mer Caspienne.

Pour Moscou, en effet, la pleine maîtrise des eaux de la mer Caspienne est un enjeu stratégique majeur. Elle a notamment pour but d’assurer à sa marine la liberté de s’y déployer pour intervenir au Moyen-Orient, sans se heurter à la concurrence des marines occidentales et notamment américaine. Le statut unique, fondé en 2018 par les puissances riveraines, de la mer Caspienne (qui ne possède officiellement plus d’eaux internationales) assure à la Russie et à l’Iran un souveraineté presque complète sur cette mer intérieure. C’est cette souveraineté militaire que la Russie cherche sans doute à préserver par ses appels à la « paix ».

Ce pas supplémentaire vers la guerre est une calamité de plus qui pèse sur les populations du Caucase mais également de toute la région et jusqu’à l’Europe. Pour combattre la guerre, il faut combattre les rivalités capitalistes entre les puissances impliquées, rivalités qui condamnent depuis plusieurs décennies, tout processus réel de paix dans cette région hautement stratégique.




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