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Politique

Crise en Macronie

Congé de deuil d’un enfant : une « erreur » qui peine à cacher la faiblesse du gouvernement

Alors que les députés LREM avaient voté pour des raisons économiques contre l'allongement de la durée de congé de 5 à 12 jours lors de la perte d'un enfant, face aux réactions engendrées par ce vote, les parlementaires ont du faire machine arrière. Une « erreur » qui pourrait bien coûter sa place à la ministre du travail Muriel Pénicaud !

mardi 4 février

Crédit photo : AFP

Depuis Jeudi, le vote à l’assemblée par les députés LREM ayant abouti au rejet de l’allongement de 5 jours à 12 jours de la durée de deuil lors du décès d’un enfant donnant droit à un congés ne cesse de faire polémique. Le motif du rejet ? Comme l’a expliqué la député LREM Sereine Mauborgne, « Quand on s’achète de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c’est quand même un peu facile ». La consigne de vote avait été donnée par la ministre du travail Muriel Pénicaud elle-même, qui l’avait alors défendu lors des débats à l’assemblée en expliquant que la mesure ne reposerait pas sur la solidarité nationale mais serait « payée 100% par l’entreprise ». Dans le cas ou le gouvernement viendrait à chercher un bouc émissaire, la ministre pourrait bien y laisser sa place, même si pour le moment Edouard Philippe dit assumer cette erreur en disant « merde » (sic) à ceux qui chercheraient à nuire à la ministre !

Ce « vote de la honte » a été fortement contesté au sein de la sphère politique et a même fait l’objet d’une déclaration du Medef (par l’intermédiaire de Laurence Parisot puis de son actuel président Geoffroy Roux de Bézieux) indiquant ne pas s’opposer à l’allongement. Dans un contexte de forte impopularité et face au tollé déclenché par ce vote, le président de la république a dû lui-même s’exprimer sur le sujet en demandant au gouvernement de « faire preuve d’humanité ». Des termes que l’on peut légitimement questionner quand on sait la violence des politiques néolibérales qu’il n’hésite pas à appliquer froidement !

Ayant déjà suivi aveuglément les consignes du gouvernement lors du vote de la loi, les députés de la majorité se sont alors empressés de faire machine arrière, évoquant une « erreur collective » et assurant qu’ils étaient prêts à revoter la loi tout en cherchant à se dédouaner individuellement de leurs votes !

Ainsi la député Olivia Grégoire reconnaissant une « erreur collective » appellera néanmoins à « un peu d’humanité dans le traitement des députés » (resic), tandis que le député Mounir Mahjoubi expliquait pour sa part que les députés de la majorité avaient rejeté cette proposition car ils souhaitaient justement étendre ce congé à plusieurs semaines…

De la même manière, Aurore Berger se dédouanait de son vote en expliquant qu’elle n’était pas présente (mais avait bien donné procuration pour suivre les consignes du groupe à l’assemblée…) tout en rejetant – à juste titre – la responsabilité sur le gouvernement : « Nous sommes pris entre deux feux : d’un côté, l’opinion qui, à raison, dit qu’on a déconné et de l’autre, une partie de l’exécutif qui nous traite de cons. Les cons, ce sont des députés qui ont juste été loyaux à l’égard du gouvernement. »

Cynisme ou ridicule, décidément La République en Marche n’a peur de rien…

Au-delà du vote en lui-même, cette polémique et ce revirement d’opinion traduisent une grande fébrilité du gouvernement étant donné la situation explosive dans laquelle il se trouve.

Macron se retrouve fortement fragilisé par une mobilisation massive contre le projet de réforme des retraites qui réhabilite la grève comme moyen de lutte. La colère massive de nombreux secteurs de la population qui s’exprime notamment au travers du mouvement des gilets jaunes depuis plus d’un an mais aussi la large contestation de la répression – physique, patronale et judiciaire- et la mise en cause des méthodes violentes des forces de l’ordre sont autant de failles à exploiter pour contrer la politique d’un gouvernement aux abois.

D’autant plus que cette polémique et ce revirement de situation s’inscrivent clairement dans la lignée des brèches qui s’ouvrent également « par en haut » alors que les élections municipales arrivent à grande vitesse : dissidences dans le cadre de candidatures, avis négatifs du Conseil d’Etat sur le projet de réforme des retraites et sur la circulaire Castaner visant à minimiser l’ampleur de la probable défaite à venir lors des municipales, débats sur la réforme des retraites pas encore clôturés, réforme Blanquer et blocage des épreuves de contrôle continu (E3C)…

Face à ces difficultés croissantes que rencontre le gouvernement il est impératif de tirer un bilan des obstacles rencontrés jusque-là afin de s’engouffrer dans ces brèches et d’obtenir le retrait de cette réforme. Un premier pas vers le renversement du gouvernement et l’instauration d’une société où la vie de nos enfants ne serait pas mise en balance avec leurs profits !




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