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Politique

Entre-deux tours

Contre Le Pen et le "tout sauf Macron", l’impasse du barrage

Les appels au barrage des derniers jours passent à côté du "tout sauf Macron" qui conduit de nouveaux secteurs des classes populaires à envisager le vote Le Pen. Face à cette tendance mortifère, le vote Macron ne peut être une réponse, il faut une troisième voie.

mercredi 20 avril

© Reuters

Les appels au barrage qui se multiplient ces derniers jours sont en train de passer à côté du « tout sauf Macron », inédit au sein de notre classe. Une haine viscérale du Président des riches conduit des travailleur·se·s, y compris racisés, à vouloir voter Le Pen. Chercher à les convaincre du vote Macron est une impasse, une abstraction idéaliste.

Or, arithmétiquement, le vote Le Pen le plus dangereux réside justement dans ce « tout sauf Macron ». C’est en effet ce sentiment qui peut mobiliser une partie de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et des abstentionnistes nécessaires à l’élection de l’extrême-droite, dont le socle électoral (aussi large soit-il aujourd’hui) est insuffisant pour battre Macron.

Le « tout sauf Macron » est un phénomène social profond. Il est révélateur de la haine suscitée par Macron que certains sous-estiment. Pour ceux qui ont vécu pendant 5 années les attaques sociales, le mépris, les attaques racistes, les tribunes et raisonnements du « moindre mal » seront largement inefficaces.

A l’inverse, le meilleur moyen de s’attaquer au « tout sauf Macron », qui constitue une impasse profonde pour les classes populaires, serait qu’une troisième voie se dessine par en bas. Une perspective contre Le Pen et Macron, qui démontre qu’il est possible de lutter au-delà de cette alternative électorale pourrie

Les élections traduisent des dynamiques sociales. Raisonner et agir uniquement sur le terrain électoral est absurde, même quand on parle d’élection. D’un point de vue « social », une troisième voie dans la rue briserait l’idée que Le Pen est le seul « barrage » à Macron, et que toutes les résistances ont été annihilées.

Elle redonnerait de l’espoir à ceux qui, par dépit, croient que la seule issue réside dans le vote Le Pen. La démoralisation actuelle est en effet un terreau fertile pour l’extrême-droite. Elle est le produit d’une atonie conjoncturelle des luttes, dont la dynamique a été freinée par le Covid ainsi que par l’absence de plan de bataille national des directions syndicales.

Sur ce plan, il faut d’ailleurs noter que les fondements de la logique du « tout sauf Macron » ont des points communs avec ceux du vote « barrage ». Même réduction de la politique dans la présidentielle au seul vote, logique fausse qui nous enferme dans une alternative réactionnaire. Même postulat que les 5 années de luttes intenses qui viennent de s’écouler sont évaporées, et qu’il n’y aurait plus aucun espoir sur ce terrain.

Dans ce cadre, les manifestations de samedi dernier auraient pu être un point d’appui pour changer la tendance et faire émerger cette troisième voie. Seulement, il n’y a eu aucune volonté réelle de mobiliser du côté des directions syndicales comme de la direction de l’UP. Tous deux privilégient le terrain institutionnel – préparation du dialogue social pour les uns, législatives pour les autres.

A l’inverse, la jeunesse a montré la voie à la Sorbonne et dans les manifs samedi. Son « ni ni » ne signifie pas que Macron et Le Pen seraient la même chose comme s’offusquent certains. Il indique un refus de cette alternative néfaste et la nécessité de s’organiser. Ceux qui y voient un simple folklore inoffensif devraient écouter ce qu’en disent les bourgeois.

Pour Christophe Barbier, l’occupation de la Sorbonne est rien moins que « le fait le plus important de cette première semaine de campagne », indicateur d’un rejet du deuxième tour et d’une radicalité qui pourrait exploser à l’automne. Il en va de même pour l’abstention, massive au premier tour qui s’inscrit dans un rejet du système. A ce titre, avant le 1er tour, le Financial Times dessinait déjà une situation marquée par de profonds clivages, voués à exploser dans le cadre du prochain quinquennat.

Cette perspective d’une reprise de la lutte de classes, il y a urgence à la préparer dès maintenant. Pour cela, il faut sortir de l’alternative dans lequel l’élection nous enferme, et qui conduit à des logiques contradictoires. Par exemple, la pression au barrage conduisait samedi beaucoup à refuser les slogans anti-Macron, considérant à tort que ceux-ci feraient le lit de l’extrême-droite. C’est l’inverse : c’est à condition de dénoncer l’extrême-droite tout en dialoguant avec la colère anti-Macron qu’on peut préparer une réponse aux offensives à venir et mobiliser notre classe.

Les manifestations « symboliques » de 2002, réunissant des millions de personnes pour soutenir le vote Chirac, sont impensables aujourd’hui. Pour mobiliser, il faut inscrire les luttes de l’entre-deux tours dans la préparation d’un plan de bataille unifiant notre classe contre Le Pen et Macron.

Une telle perspective n’est ni utopique ni abstraite, mais elle implique de sortir d’une logique capturée par les dilemmes institutionnels réactionnaires. Elle implique également une bataille politique décisive contre les directions de la gauche et du mouvement ouvrier, qui ne montrent aucune disposition au combat. C’est cette voie d’indépendance de classe que nous défendons avec Révolution Permanente, la seule qui permettrait de faire face à la situation et l’ensemble de ses dangers.



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