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Notre classe

Privatisation des transports

Contre la casse du service public, les syndicats de la RATP appellent à une « grève massive » le 19 novembre

Dans un communiqué commun, différents syndicats de la RATP appellent à « une grève massive le jeudi 19 novembre » contre le « démantèlement » de l'entreprise au profit du privé. Si les salariés laissent faire, c'est en effet une casse historique des conditions de travail et du service public des transports qui s'annonce, et son lot de conséquences néfastes pour les usagers.

mardi 3 novembre

Quelques mois après le mouvement historique contre la réforme des retraites, les travailleurs de la RATP retournent au front. En effet, c’est dans un communiqué unitaire publié le 27 octobre dernier que des syndicats de l’entreprise – CGT RATP, UNSA RATP, SAT RATP, Solidaires RATP et SUD RATP – ont appelé à la grève pour le 19 novembre prochain. Ils dénoncent l’ouverture à la concurrence qui s’annonce dans les transports publics d’Ile-de-France. Cette attaque historique prévoit notamment la perte du statut, le transfert des personnels vers le privé, et une dégradation sans précédent des conditions de travail, comme nous l’avions révélé en septembre. Mais surtout, il s’agit de la destruction progressive du service public des transports au profit d’une logique de rentabilité dont les conséquences seront aussi catastrophiques pour les usagers. Augmentation des tarifs, fermeture des services et lignes jugés « non rentables », mise en danger des usagers en économisant sur la maintenance et les effectifs... les raisons de se mobiliser sont nombreuses.

La journée DE GREVE du 19 NOVEMBRE doit être entendu par le gouvernement comme un véritable coup de semonce, pour un...

Publiée par CGT RATP BUS sur Lundi 26 octobre 2020

Si l’attaque vise dans un premier temps le secteur bus, il y a un enjeu à mobiliser plus largement, comme l’affirme Ahmed Berrahal, délégué CGT sur le dépôt de bus Flandre à Pantin : « que ça soit à bus, au métro, à la maintenance... toute la RATP est concernée. Pour l’instant ils s’attaquent au secteur bus mais derrière c’est tout le monde qui va suivre. Ils voudraient qu’on ne se mobilise pas tous au même moment mais on ne doit pas rentrer dans ce jeu de la division et stopper leurs plans tous ensemble ! » Alors sur le terrain, les équipes syndicales combatives se démènent pour mobiliser les collègues : « On fait des tournées dans les dépôts de bus, poursuit Ahmed. Pendant les heures d’information syndicale (HIS), on parle beaucoup de tout ça avec les collègues et ils se sentent concernés, ils prennent conscience que le 19 doit être une journée noire, pour tirer la sonnette d’alarme et montrer qu’on est conscients de ce qui va arriver. Ensuite il faudra préparer une grève illimitée et vraiment aller à la guerre. Parce que comme pour la réforme des retraites, c’est un sujet très grave. Ils veulent nous faire revenir à l’âge de pierre ! C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a un appel de quasiment tous les syndicats des agents RATP, c’est plutôt rare ».

Agent de maintenance au dépôt Belliard à Paris 18e et militant CGT, Faouzi est dans le même état d’esprit : « Les collègues sont déterminés à faire grève. Depuis qu’on leur a sorti le rapport gouvernemental, ils ne sont pas prêts à se laisser manger comme ça. C’est comme un lapin qu’on vient de tuer et à qui on va enlever sa fourrure... on ne veut pas se retrouver à poil ! » Il se félicite de la convergence qui commence à se mettre en place entre des secteurs qui ont peu l’habitude de se côtoyer au sein de l’entreprise : « Pour une grande première, on a tenu une HIS commune avec les collègues de bus et de la maintenance, c’est historique ! On a discuté entre nous et plus on avançait dans les discussions, plus on voyait quelque chose dans le regard des gens qu’on n’avait jamais vu avant. Alors le 19 j’appelle tous les collègues, que ce soit au métro, au tramway, partout... à se déclarer gréviste et à nous suivre ».

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Cet appel à la grève coïncide avec un sentiment de ras-le-bol plus général parmi les salariés des transports, au-delà même de la RATP. En effet, les récentes déclarations de Jean-Baptiste Djebbari, ministre des transports, et de Catherine Guillouard, PDG de la RATP, expliquant à longueur d’antenne qu’il n’y avait pas de risques de contamination dans les transports publics ont légitimement exaspéré les travailleurs qui, eux, sont en première ligne face au virus depuis le début de la crise sanitaire.

C’est dans ce contexte que des salariés de différentes entreprises des transports de région parisienne, ayant pour beaucoup lutté ensemble un an plus tôt, ont commencé à s’organiser pour « construire l’unité contre la privatisation ». De la RATP à la SNCF, en passant par des filiales et entreprises privées comme Keolis, Aero Piste, Savac et Transdev, ils sont convaincus de la nécessité de faire front pour défendre le service public et tirer vers le haut les conditions de travail de l’ensemble des salariés des transports, dans un contexte de crise économique où les attaques pleuvent contre le monde du travail. Ils appellent en ce sens les agents des transports à une deuxième rencontre, virtuelle cette fois, ce samedi 7 novembre à 14h.

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Dans ce contexte, l’appel à la grève du 19 novembre apparaît comme un symptôme de la colère qui gronde parmi les salariés. A ce titre, la mobilisation du 13 septembre 2019, qui avait débouché sur le plus gros mouvement de l’Histoire dans les transports publics français, doit servir d’exemple pour la suite. Car il est évident qu’en soit, une seule journée de grève ne suffira pas à faire plier le gouvernement et la direction de la RATP. Au contraire, c’est dans un mouvement dur et reconductible, en convergence avec d’autres secteurs comme celui de l’Education Nationale qui se met en marche en cette rentrée de la Toussaint, qu’il sera possible de construire un rapport de force à même d’entrouvrir les portes de la victoire.




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