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Politique

Lutte contre l’islamophobie

Contre la déferlante islamophobe, près de 2000 personnes rassemblées à Paris

Ce samedi 19 octobre, près de 2000 personnes se sont réunis place de la République à Paris contre l’islamophobie. Se sont retrouvés sur la place des jeunes des quartiers populaires, les femmes voilées dont on parle depuis une semaine et à qui on ne donne pas la parole, des gilets jaunes et des militants politiques et syndicaux, tous venus dénoncer l’offensive islamophobe du gouvernement sur le terrain de l'extrême-droite.

lundi 21 octobre

A l’origine de la déferlante islamophobe ces dernières semaines, il y a le discours de Macron suite à l’attentat de la préfecture de police Paris il y a 3 semaines. Le président de la République y appelait à combattre « l’hydre islamiste » et à dénoncer les « signes de radicalisation », que le ministre de l’intérieur Christophe Castaner présentait comme le port du voile, de la barbe, la pratique du ramadan ou de la prière, assimilant ainsi les musulmans pratiquants à des terroristes. Cet appel à la délation a d’ailleurs vite été décliné par la direction de l’université de Cergy, qui envoyait une « fiche de détection » à ses 1.800 personnels lundi dernier, leur enjoignant de signaler les personnels, enseignants et étudiants de la fac portant une barbe, un voile un pantalon qui s’arrête au mollet, ou ne buvant pas d’alcool... Un comble pour Macron, élu président en 2017, qui prétendait faire barrage au Rassemblement National de Marine Le Pen. Il est pourtant clair que c’est ce discours ouvertement islamophobe qui donne aujourd’hui des ailes à l’extrême-droite d’autant plus lorsque le ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer, interrogé sur l’agression d’une mère voilée accompagnant son enfant en sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne France-Comté par Julien Odoul, élu RN, expliquait tranquillement que les femmes voilées « ne sont pas souhaitables dans notre société ».

Le rassemblement de samedi Place de la République à Paris, était appelé par le Collectif des Mères des Jeunes du Mantois, les mères de ces lycéens mis à genoux l’an passé à Mantes-la-Jolie pendant le mouvement des Gilets Jaunes, en réponse au racisme d’Etat et à l’offensive islamophobe du gouvernement et de l’extrême-droite. Après une prise de parole de la mère voilée agressée par Julien Odoul, une liste d’intervenants ont pris la parole, allant de Geneviève Bernanos, mère du militant antifasciste incarcéré à la prison de la Santé suite à un acharnement policer et judiciaire contre lui, et Amal Bentounsi, du collectif Urgence Notre Police Assassine, à Danièle Obono, députée France Insoumise, en passant par Julien Salingue du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Myiam Pougetoux étudiante et militante à l’UNEF, le syndicat Solidaires, et Françoise Vergès, féministe décoloniale, ainsi que des jeunes femmes musulmanes venues raconter la réalité du racisme au quotidien.

Dans une série d’interview réalisées par Révolution Permanente, des femmes voilées présentes au rassemblement témoignent. « Je ne comprends pas en quoi je suis différente », raconte l’une d’elle, faisant part de son incompréhension face à la déferlante médiatique. En effet, depuis l’agression de la maman voilée qui accompagnait son enfant par un élu RN le 11 octobre dernier, pas moins de 85 débats télévisés ont eu lieu, avec 286 intervenants, et pas une seule femme voilée. Un signe que ceux qui prétendent défendre l’émancipation des femmes en voulant interdire le voile dans l’espace public, ne font que bien peu de cas de la réalité de ces femmes, qui ne sont pas plus « soumises » que les autres, comme certains tentent de les présenter, dans dans une société structurellement patriarcale, et où elles subissent le racisme au quotidien. Nombreuses sont celles qui font le lien entre le racisme d’Etat et la police dans les quartiers populaires qui agit comme « comme si elle avait tous les droits », à la stigmatisation sur les lieux de travail, et à l’ensemble des agressions au quotidien, et affirment leur volonté de se battre ensemble pour ne plus subir cette « mise à l’écart des musulmans » dénoncée par une autre manifestante comme provoquée par la politique des gouvernements successifs.

Par ailleurs si le capitalisme français a été bâti sur l’exploitation et l’oppression des peuples colonisés, et est aujourd’hui l’une des principales puissances impérialistes intervenant en Afrique et au Moyen-Orient sous couvert de lutte contre le terrorisme islamiste, il faut aussi souligner que cette offensive islamophobe n’intervient pas à n’importe quel moment de la vie politique, pratiquement un an après le début du mouvement des Gilets Jaunes qui a fait trembler le gouvernement, alors que Macron se prépare à faire face à une mobilisation d’ensemble contre la réforme des retraites. Lutter contre le racisme d’Etat, l’islamophobie, et le sexisme anti-musulmanes est donc une nécessité pour empêcher la division de notre camp social. Il faudra donc être encore plus nombreuses et nombreux pour la grande manifestation contre le racisme, le 8 décembre prochain, deux jours après l’anniversaire de l’épisode où des policiers mettaient à genoux 151 lycéens de Mantes-la-Jolie, et un an jour pour jour après une des journées d’affrontement les plus radicales du mouvement des Gilets jaunes contre le gouvernement Macron, réprimé à coups de matraque et de flashballs par la police, comme le sont de trop nombreux jeunes des quartiers populaires au quotidien.




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