Offensive d’un côté, résistance et coordination de l’autre

Coordination dans l’aéro. Préparer la riposte

Coordination dans l’aéro. Préparer la riposte

Dans l’aéronautique, comme dans d’autres secteurs industriels, le patronat passe à l’offensive. On l’a vu cet été chez Derichebourg Aeronautics, et cela se confirme actuellement chez AAA, Latécoère, Figeac Aéro ou même Airbus. En effet, leur objectif est de faire payer la crise que traverse le secteur depuis la fin du printemps, déclenchée par la crise sanitaire du Covid-19, aux ouvriers, à coup de plans de licenciements et d’APC.
Le 17 septembre s’est tenue une rencontre réunissant des salariés syndiqués et non syndiqués de 19 entreprises du secteur à la Bourse du travail de Toulouse. Cette réunion avait pour but de briser l’isolement possible entre une boite et une autre et de réfléchir à une stratégie collective pour faire face à l’attaque de front que mène le patronat. L’objectif était également de faire émerger un front commun, une perspective précieuse dans un climat où le capital tente de jouer sur la division entre sous-traitants et donneurs d’ordre et le chacun pour soi dans l’espérance de préserver son emploi. Igor Krasno, pour RPDimanche, a rencontré les initiateurs de cette rencontre : Nathanaël est ex-salarié de Derichebourg et non-syndiqué, Gaëtan Gracia, est ouvrier aux Ateliers de la Haute Garonne et délégué syndical CGT de l’entreprise, Arnaud est ouvrier chez AAA et élu CFDT du CSE de l’entreprise et Damien est ouvrier chez un sous-traitant d’Airbus.

Igor Krasno : Comment a émergé l’idée d’organiser une réunion qui rassemblait le plus d’acteurs possibles du secteur ?

Nathanaël : En dressant le bilan de la lutte chez Derichebourg, on a pu constater qu’une des raisons de notre échec est clairement d’avoir lutté de façon trop isolée. En prenant en compte les réalités du secteur, la diversité de la sous-traitance ainsi que les disparités entre ces différentes entreprises qui parfois n’ont pas de syndicat, il nous fallait commencer par le commencement et rassembler un maximum de représentants d’entreprises différentes.

Gaëtan Gracia : Il est clair que le patronat est passé à l’offensive. Nous avons décompté dans le secteur, au moins trente plans de licenciements, nommés hypocritement Plans de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) rien qu’en Occitanie. Pourtant, les directions syndicales ne proposent pas de plan de bataille, pas d’initiative à la hauteur des attaques et la seule perspective proposée était la journée isolée du 17 septembre, qui n’allait être qu’une manifestation routinière sans lendemain. Du fait de ce manque de perspective qui menait plutôt à la passivité face à une stratégie de destruction de l’emploi du côté du patronat, nous avons décidé d’organiser ce premier pas pour envisager une riposte collective.

L’idée de la rencontre est venue du constat, fait au cours des deux dernières luttes dans l’aéronautique chez Derichebourg et chez AAA, que les salariés combatifs n’étaient pas syndiqués à la CGT, qui est historiquement le syndicat le plus actif dans le secteur. En effet, chez Derichebourg, les salariés qui avaient dirigé la lutte étaient à l’UNSA ou non syndiqués et, chez AAA, à la CFDT. Il est donc apparu clairement qu’il était nécessaire pour s’organiser de créer une structure qui rassemblait largement les salariés du secteur qu’ils soient à la CGT, à la CFDT, à l’UNSA ou non syndiqués.

Nous nous sommes d’ailleurs inspirés des initiatives des travailleurs des transports, qui l’année dernière s’étaient rassemblés en amont de la grève nationale contre la réforme des retraites au sein de la coordination RATP-SNCF pour proposer une initiative intersyndicale et inter-entreprise.

Arnaud : En ce qui me concerne, la première prise de contact a été avec les Derichebourg et notamment Nathanaël qui est à l’origine de la création du Collectif des Salariés de l’aéronautique. Après plusieurs discussions et après avoir rencontré Gaëtan, il en est ressorti qu’il était indispensable de nous organiser et de nous regrouper en créant une coordination de toutes les entreprises du secteur. C’est ainsi qu’a émergé l’idée de cette réunion.

Damien : Nous sommes autour de 100 000 salariés sur la seule région toulousaine à travailler sur les mêmes avions et, au final, pour le même donneur d’ordre : Airbus. Nous sommes tous impacté par la crise de l’aéronautique, il fallait impérativement nous réunir.

IK : On n’a pas l’habitude de retrouver au sein d’une réunion des syndiqués de différentes organisations, des non-syndiqués, des représentants syndicaux d’entreprises donneuses d’ordre et de sous-traitants. Pourtant, force est de constater que vous avez bien un objectif commun. Comment a-t-il été possible de s’entendre pour se réunir et convaincre ces militants de venir à la rencontre ?

Natanaël : En communiquant le plus largement possible entre salarié.e.s sur la rencontre, notamment par le biais des réseaux sociaux, en s’appuyant également sur le travail de fond de syndicalistes combatifs comme Gaëtan, qui ont su faire jouer leurs listes de contacts, et en dressant lors de nos actions des objectifs de prise de contacts. Pour le reste, l’ampleur de la crise économique qui frappe actuellement l’aéronautique fait qu’il y’a une prise de conscience de la nécessité d’une telle coordination, ce qui se passe souvent de longs discours persuasifs. C’est d’ailleurs pour cela que l’initiative a été autant salué.

Gaëtan : Jusque-là, les mobilisations, bien qu’assez médiatisées, n’ont pas suscité de grande solidarité de la part des travailleurs du reste du secteur. L’aéronautique, même en Occitanie, est très segmentée et il n’y a pas de véritable tradition d’unité. Les grévistes de Derichebourg sont donc restés assez isolés. Il nous semble que cela était une erreur et l’objectif de la rencontre était de permettre que cela ne se reproduise pas dans la période qui s’ouvre actuellement où de nombreux plans de licenciement sont à l’horizon ou en cours de négociation comme chez AAA. Il était donc important que l’appel émane de travailleurs qui avaient subi cette forme d’isolement dans leur lutte. En effet, les ex-grévistes de chez Derichebourg portaient un message qui était assez convaincant : se battre seul n’est pas une stratégie pour gagner et il faut s’organiser différemment. Cela a résonné avec le fait que dans de nombreuses entreprises de l’aéronautique les salariés, même sans être syndiqués, sont motivés et ne veulent pas se résoudre à la fatalité des licenciements. Ces travailleurs ont donc répondu favorablement à l’appel des salariés de Derichebourg auquel nous avions réfléchi collectivement. Il a ensuite fallu convaincre les différentes sections CGT du secteur de la nécessité de la rencontre, mais elles ont bien joué le jeu, et, enfin, obtenir la possibilité de se réunir à la bourse du travail de Toulouse, ce que l’Union Départementale CGT a fini par accepter. Finalement, de nombreux acteurs du secteur étaient présents à la rencontre.

Arnaud : Pour moi c’est assez simple ! Aujourd’hui il est indéniable que si nous luttons seuls dans notre coin, entreprise par entreprise, les batailles seront perdues d’avances. Il suffit de voir l’exemple des Derichebourg. Aujourd’hui le patronat est organisé et il faut vraiment que nous, les travailleurs de toutes ces sociétés, nous nous organisons pour mener une riposte d’ensemble.

IK : Votre réunion semble être le point de départ d’une dynamique qui a pour objectif de s’élargir à tous les travailleurs et travailleuses du secteur. Comment allez-vous procéder pour convaincre d’autres acteurs de participer à votre initiative ? Quelle stratégie leur proposez-vous ?

Nathanaël : D’abord on va se rendre sur les différents sites des entreprises qui n’ont pas encore été informés de la mise en place de la coordination, en discutant avec les salarié.e.s pendant la diffusion, sous forme de tract, de la déclaration rédigée collectivement dès la fin de la rencontre du 17 septembre.

Damien : Face à l’ensauvagement du capitalisme, on appelle à la solidarité sectorielle de tous les salariés de l’aéronautique pour ne pas laisser tomber leurs camarades déjà touchés. Car nous serons tous touchés, très bientôt ! Face à une telle catastrophe sociale, on ne peut plus laisser la division syndicale jouer ses petits jeux corporatistes. Face aux trahisons des uns, à la passivité des autres, au rejet très fort des syndicats de la part des travailleurs, la seule issue possible est l’auto-organisation des travailleurs par des rencontres, des assemblées générales, la création de collectifs capables de coordonner les luttes, de proposer des perspectives concrètes pour ne plus subir isolément et passivement les attaques du patronat. Eux savent s’organiser pour détruire le droit du travail et la combativité pour préserver leurs profits. La seule riposte possible passe par l’union des travailleurs !

Gaëtan : Cette première rencontre a permis de faire émerger une déclaration qui a l’avantage de ne pas être seulement une initiative CGT puisque d’autres syndicats sont signataires ainsi que des collectifs de salariés non syndiqués. Cela permet de convaincre des salariés des sous-traitants qui n’ont pas encore participé à la rencontre et où il n’y a pas de tradition syndicale que cette initiative n’est pas une tête de pont de la CGT pour s’étendre et gagner de nouveaux adhérents, mais plutôt un collectif de lutte où tout le monde a son mot à dire. La stratégie que nous leur proposons, c’est l’unité, la solidarité et la combativité. C’est le fait de dire : si vous choisissez de relever la tête contre les attaques, on sera là pour vous soutenir ; si vous vous décidez à vous mettre en grève, on viendra sur les piquets ; si vous mettez en place des caisses de grève on sera là pour vous aider à les remplir. En réalité, nous en sommes encore à un stade préparatoire. Pour l’instant, il s’agit de faire vivre le collectif et de rassembler largement, pour que quand les attaques se concrétiseront davantage et que les salariés se mobiliseront, il y ait un collectif large pour les soutenir. Comme je le disais au micro de France 3 lors de la rencontre, le but, c’est de revendiquer que s’ils touchent à l’un d’entre nous, c’est l’ensemble du secteur qui réagira. Notre objectif n’est pas d’accepter sagement que les licenciements soient une réalité : nous ne voulons pas négocier les poids de nos chaînes comme le disaient les Derichebourg, nous voulons constituer un front de lutte qui fasse reculer les patrons.

IK : La région Occitanie rassemble une bonne partie des acteurs du secteur et malgré les difficultés qu’il peut y avoir à faire cause commune dans un secteur très segmenté, vous avez l’avantage de pouvoir assez facilement vous retrouver du fait de la proximité géographique. Qu’en est-il des acteurs présents dans la région de Nantes et des alentours, ou des pôles autour de Tarbes, Bordeaux, de la Mecanic Valley ou d’ailleurs ? Prévoyez-vous de leur proposer une stratégie commune ? Y a-t-il une ébauche de rassemblement à portée nationale ?

Nathanaël : Un rassemblement à portée nationale fait partie de nos objectifs mais, pour ce faire, il faudra que toutes les régions actrices du secteur se fédèrent. Une stratégie commune serait un excellent point de départ, reste à la déterminer clairement et collectivement.

Arnaud : Je pense qu’il faut que ce rassemblement prenne une ampleur nationale. Pour ma part j’ai eu quelques contact avec des salariés de Bordeaux , de l’Ouest (Nantes) et du Nord (Méaulte) qui aimeraient s’organiser mais nous n’avons pas encore pu concrétiser cela.

Gaëtan : Ce qui était inattendu, c’est que des salariés de la CGT Toray, pourtant issue de la confédération chimie et d’un autre département, soient présents à la rencontre. Ils ont entendu parler de l’initiative sur les réseaux sociaux et ont fait 4h de route pour venir de la région de Tarbes. Ce qui est intéressant et positif, c’est que notre rencontre a eu des échos partout en France, et des salariés de l’aéronautique de la région de Bordeaux, par exemple, qui ne pouvaient se déplacer, ont accepté de rester en contact avec nous en vue d’une autre rencontre, parce qu’ils étaient réceptifs à la nécessité de tisser des liens de solidarité pour les mobilisations à venir. Ce qui semble fortement envisageable, c’est que d’autres rencontres de ce type se déroulent dans les autres lieux de concentration d’entreprises du secteur, en région parisienne, dans le Lot et ailleurs.

IK : L’initiative dont vous avez fait preuve donne de l’espoir dans une période où les salariés sont dans l’hésitation du fait de la mauvaise conjoncture économique et de la peur du licenciement. Les PSE et les APC sont devenus monnaie courante dans tous les secteurs de l’industrie. Quel message adresseriez-vous aux travailleurs qui hésitent à réaliser des initiatives similaires à la vôtre ? Quels conseils pourriez-vous leur donner pour surmonter les difficultés ?

Nathanaël : Je leur dirais de foncer pour ne pas nourrir les regrets, que leur peur est légitime face à toutes ces attaques et l’incertitude qui règne. Selon moi c’est bien de la peur que naît leur hésitation, mais celle-ci ne les protégera malheureusement pas des attaques patronales. Et si cette peur l’emporte sur leur mobilisation et les paralyse, alors il n’y aura pas de riposte. Pour ce qui est des difficultés rencontrées, je leur conseillerais de faire les choses le plus collectivement possible et de ne pas hésiter à nous contacter pour y faire face. La solidarité, selon moi, c’est le levier qui permettrait de faire émerger une coordination aéronautique combative.

Arnaud : Aujourd’hui toutes ces attaques ne sont pas la fatalité ! Sans les salariés, les patrons ne sont rien ! Il ne faut pas avoir peur de nous battre face à eux. Nous, les salariés, nous sommes la richesse du pays. Le conseil que je donnerais, donc, c’est de se réunir, tous ensemble, et de faire bloc. Il faut vraiment passer à l’offensive, notamment en s’organisant en amont, en mettant en place des collectifs de salariés syndiqués ou non, en faisant des AG et, bien sûr, en imposant un rapport de force avec le patronat par la grève. Pour imposer leurs intérêts, il faut que les travailleurs soient consultés avant chaque prise de décision importante, par le vote direct des salariés mobilisés, par exemple, et que ces décisions ne soient pas le privilège des représentants du personnel qui, parfois, font primer leurs intérêts personnels

Gaëtan : Il n’y a pas de recette miracle et on ne peut pas simplement exporter une expérience d’une entreprise à une autre de manière systématique. Cependant, je crois que certains mécanismes sont importants à mettre en place. On l’a vu chez Latécoère, ces dernières années, et c’est toujours vrai chez les sous-traitants actuellement : l’initiative et la motivation ne viennent pas forcément des équipes syndicales installées, au contraire. Les équipes syndicales sont parfois enclines à négocier dans l’objectif d’obtenir un compromis qui est toujours en défaveur des salariés. Bien souvent, l’énergie revendicatrice provient des travailleurs syndiqués de la base ou des travailleurs non syndiqués. Il semble donc central, pour préparer une mobilisation, de s’adresser à l’ensemble des salariés. L’initiative dont nous avons fait preuve est aussi le fruit d’un travail sur la longueur où les relations se sont construites au fil des mois. Ce n’est pas parce que le secteur professionnel n’a pas de tradition de luttes que la bataille est perdue d’avance. Il faut toujours tenter de se lancer, parce qu’on peut être surpris du résultat, sans être naïf et attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes.

IK : On parle souvent de luttes défensives dans l’industrie, du fait que les mobilisations se déclenchent souvent suites à des offensives patronales. Vous semble-t-il possible d’envisager de front une lutte pour préserver, réellement, les emplois et également pour passer sur le terrain offensif de manière à imposer des défaites au patronat ?

Nathanaël : Oui. Cela est compliqué mais possible. Cela demande une prise de conscience générale et de déjouer les pièges des directions ainsi que de la bureaucratie syndicale qui est très ancrée dans le secteur. Dès lors que les salarié.e.s de l’aéronautique se rassembleront et décideront massivement de devenir les acteurs et actrices de cette lutte, la peur changera de camp et nous pourront envisager de passer à une offensive même si, pour le moment, il s’agit d’être combatif dans notre défense et de n’attendre après personne.

Gaëtan : Cette question est centrale dans la perspective d’une stratégie à long terme. La lutte pour les revendications minimales, le maintien des emplois et des conditions de travail sont nécessaires dans la période actuelle et nous allons devoir mener les mobilisations en ce sens. Cependant, il s’agit bien souvent de lutter pour le maintien du statu quo qui ne remet pas en question la propriété privée des moyens de production qui est à la base de l’exploitation capitaliste que les travailleurs vivent au quotidien dans les industries. A l’opposé, les luttes offensives permettent de remettre en question le pouvoir du patronat. Il ne s’agit pas de verser dans le gauchisme et de déclarer unilatéralement la lutte immédiate pour la révolution mondiale, mais nous nous devons de politiser les luttes que l’on mène. Cela permet d’avoir des perspectives positives à défendre, de mettre au centre le pouvoir de décision du collectif et de faire des propositions sur ce que doit être un programme d’action. Cela permet de tisser des liens avec d’autres secteurs et de créer des collaborations avec d’autres milieux.

IK : Il semble important de permettre aux travailleurs d’imposer leurs intérêts et d’avoir leur mot à dire sur le fonctionnement de l’entreprise. Quelles revendications vous semblent aller dans cette voie ?

Nathanaël : Les revendications qui concernent le partage du temps de travail, du transfert de nos compétences vers d’autres industries qui, de surcroît, devrait être lié aux enjeux écologiques réels. Dès lors que l’on s’aperçoit que le greenwashing et les solutions proposées par Airbus ne sont pas à la hauteur de ces enjeux, on comprend que nous sommes plus à même de prendre certaines décisions.

Damien : Le passage en chômage partiel pour beaucoup d’entreprises, sur du 30h/semaine pour beaucoup de salariés, rend plus concrète la revendication de la réduction du temps de travail sans perte de salaire. Le contrôle ouvrier sur la production pour ne pas céder aux logiques purement capitalistes du profit à tout prix, surtout au détriment des ouvriers. Le contrôle ouvrier sur la transition écologique, reconversion de la production aéronautique vers des transports et énergies décarbonées.

Gaëtan : Certaines revendications sont des revendications offensives qui servent dans les luttes défensives. C’est le cas de la revendication de l’ouverture des livres de compte des entreprises : cela permet de remettre en question l’argumentaire économique que de nombreux chefs d’entreprise mettent en avant lors des PSE. En ayant un regard sur les finances réelles d’une entreprise, il est possible de battre en brèche la stratégie patronale de la destruction de l’emploi.

Il existe aussi des revendications offensives qui ouvrent très largement le champ de réflexions que l’on peut mener entre collègues pour remettre en question le pouvoir patronal. L’écologie est un thème qu’une grande partie de la société s’est approprié et qui peut remettre profondément en question les fondements de la société capitaliste. En effet, il est possible d’envisager le contrôle ouvrier, et par ce biais la reconversion de la production pour subvenir aux besoins réels de la société, notamment dans le cadre de la transition écologique. Il est nécessaire de réfléchir à ces questionnements car ils permettent d’envisager de manière concrète ce que peut apporter à la société la perspective d’un contrôle ouvrier des outils de production.

Le trafic aérien est l’une des causes réelles du dérèglement climatique et les travailleurs du secteur devraient avoir leur mot à dire sur la manière dont les transitions nécessaires vont être mises en place. En plus, si ce n’est pas le cas, ce sont les patrons avec la collaboration des Etats bourgeois qui vont imposer des transitions à grand renfort de greenwashing, sans véritable solution durable ni de remise en question de la production capitaliste (qui est une des principales causes de la catastrophe climatique à venir) tout en imposant des conditions de travail toujours dégradées en utilisant l’argument de l’écologie.

Des exemples concrets ont fait la une de la presse dernièrement : Airbus va toucher des sommes colossales de la part de l’Etat dans le cadre du plan de sauvegarde de l’industrie aéronautique pour développer un avion à l’hydrogène qui, d’après la campagne de communication de l’entreprise relayée en l’état dans les médias, serait écologique puisqu’il n’émettrait quasiment aucun CO2. Or, si la combustion de l’hydrogène ne produit pas de dioxyde de carbone responsable en grande partie du réchauffement climatique, la production de cet hydrogène est elle-même loin d’être vraiment propre. La production d’hydrogène aujourd’hui, dans sa majeure partie, est polluante, et la proportion "d’hydrogène vert", produit par électrolyse et avec des énergies d’origine renouvelable, est extrêmement réduite. Cet exemple montre bien qu’il y a une nécessité à trouver des solutions qui permettent aux ouvriers d’utiliser pleinement leur savoir-faire tout en profitant de l’expertise de la communauté scientifique mobilisée contre le changement climatique et d’une part importante de la population comme le mouvement « Youth for climate », qui a à cœur de trouver une solution à la crise climatique.

Propos recueillis par Igor Krasno

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