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Genres et Sexualités

Le fruit d'une lutte collective et acharnée

Corée du Sud. Jugée anti-constitutionnelle, la loi qui interdit l’avortement est levée.

Ce jeudi 11 avril, la Cour constitutionnelle de la Corée du Sud a jugé que l'interdiction et la pénalisation de l'avortement étaient anti-constitutionnelle. La juridiction sud-coréenne a alors ordonné la modification de la loi. Une victoire qui est en réalité le fruit d'une lutte collective et acharnée des sud-coréennes.

vendredi 12 avril

La Corée du Sud est l’une des dernières économies développées limitant le droit à l’avortement au viol, à l’inceste ou au risque pour la mère. Les peines encourues jusqu’ici pour avortement illégal sont d’un an de prison pour la mère et deux pour le médecin. Pourtant ce jeudi, la Cour constitutionnelle a jugé cette loi anti-constitutionnelle à 7 voix contre 2, et a alors ordonné la levée de cette interdiction. La loi devrait alors tomber automatiquement dès le 1er janvier 2021. La Cour constitutionnelle a également ordonné la modification de la loi de 1953 réprimant l’IVG. Dans un communiqué, la Cour écrit : « L’interdiction de l’avortement limite le droit des femmes à accomplir leur propre destin et viole leur droit à la santé en restreignant leur accès à des procédures sûres en temps opportun ».

C’est une victoire pour les femmes sud-coréennes qui pourront désormais pratiquer légalement ce qu’elles faisaient déjà beaucoup clandestinement. En effet, on recense 50 000 femmes sud-coréennes ayant eu recours à un avortement clandestin en 2017. Ce chiffre colossal montre à quel point cette pratique est fondamentale pour les femmes.

Cette décision ne sort d’ailleurs pas de nulle part. En Corée du Sud, la lutte pour le droit à l’avortement fut longue et combative, et les femmes révoltées. Le gouvernement en 2016 a décidé de garder le cap sur l’interdiction de l’IVG- pour des questions démographiques et économiques, et de menacer de punitions renforcées. Cette décision a attisé la colères des femmes, qui ont donné lieu à des organisations, comme le collectif « Les Protestations Noires ». Des médecins ont même entamé une grève de la pratique de l’IVG afin de protester. La loi a finalement été mise en révision constitutionnelle l’été dernier, suite à un changement de gouvernement.

Ces avortements clandestins, même s’ils deviennent légaux, sont le miroir d’un fort antagonisme de classe.. Les hôpitaux qui pratiquent l’IVG clandestinement le font à des prix très élevé, ne rendant la pratique accessible qu’aux plus riches. Ainsi, toute une classe sociale n’ont pas accès à cette possibilité, tandis que certains peuvent y accéder avec de l’argent, en partant à l’étranger par exemple. Si l’on peut se réjouir de cette victoire en Corée du Sud, il ne faut pas oublier que cela ne gommera pas certaines choses. Un avortement légalisé ne sera pas forcément accessible de la même manière pour tout le monde.

La lutte pour le droit à l’avortement trouve un écho dans le monde entier depuis quelques années. En Argentine par exemple, les femmes du mouvement #NiUnaMenos luttent de façon combative pour leur droit. Ces luttes de femmes s’inscrivent dans un contexte de résurgence des luttes de femmes ces dernières années, de plus en plus combatives, avec des mobilisations de de plus en plus massives, à l’image de ce 8 mars dernier, suivi dans de nombreux pays.




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