La catastrophe qui nous guette

Coronavirus, Etats faillis et impérialisme

Philippe Alcoy

Coronavirus, Etats faillis et impérialisme

Philippe Alcoy

La pandémie de Covid-19 menace de produire des désastres irréparables dans des pays dévastés par des années de guerre et de misère. L’intervention de la classe ouvrière, notamment dans les États impérialistes, est fondamentale pour éviter la catastrophe.

Il n’y a plus aucun doute : nous sommes face à une crise sanitaire majeure. Le Covid-19 parti de Wuhan en Chine a déjà tué plus de 12 000 personnes dans le monde et le nombre réel de contaminés est pratiquement impossible à connaître tant la plupart des gouvernements tardent (voire refusent) de mettre en place des campagnes de dépistage massif. L’Europe est devenue depuis quelques semaines l’épicentre de la pandémie, l’Italie étant le pays le plus touché avec près de 7 000 morts, dépassant ainsi la Chine dans ce macabre décompte. D’autres pays européens sont en train d’être fortement affectés provoquant des milliers de morts : Espagne, France, Grande Bretagne, Allemagne (même si dans ce pays le nombre de morts est moindre par rapport aux autres). Cette pandémie vient également exhiber les fissures de la société capitaliste, les failles des systèmes sanitaires qui se trouvent sous le feu des contre-réformes néolibérales depuis plusieurs décennies. Ainsi, nous assistons à des scènes désespérées où le personnel hospitalier se voit obligé de demander du matériel pour mener à bien cette mission si importante pour toute la société. Bien que cela puisse paraître surréaliste, dans les pays les plus riches au monde, il manque du gel, des masques, des gants, des lits, des blouses pour faire face au Covid-19 !

Parallèlement à cela, les mesures drastiques prises par les gouvernements, comme les confinements massifs, mettent à nu aussi les énormes inégalités, la précarité d’une grande partie de la population, notamment des femmes, de la jeunesse et des travailleurs immigrés, les injustices dont sont victimes certains secteurs de la classe ouvrière obligés d’aller travailler pour produire des biens qui ne sont nullement indispensables en ce moment. Par ailleurs, cette situation expose devant les yeux de millions de personnes le caractère irresponsable des gouvernements et leurs politiques qui mettent en danger la vie de l’ensemble de la population (à l’image du refus de mettre en place des tests massifs comme recommandé par l’OMS). Parallèlement, ces mêmes gouvernements expriment une tendance de plus en plus marquée à compenser leurs manquements par le renforcement du pouvoir des forces de répression.

Ces éléments que nous venons d’énumérer, et qui impliquent d’énormes souffrances principalement pour les travailleurs et les classes populaires, se développent dans les principales puissances mondiales, dans les pays les plus riches de la planète. Mais si le Covid-19 est en train de mettre à nu le caractère le plus dégradé des sociétés capitalistes dans les pays impérialistes, que se passera-t-il quand cette pandémie commencera à frapper de plein fouet des pays soumis à la domination impérialiste et dépendants, mais aussi des pays où tout a été déjà dévasté par la guerre, par d’autres épidémies, par la misère, par des crises sociales et politiques chroniques ou par des sanctions internationales ? Ces pays sont particulièrement vulnérables au Covid-19 mais aussi à toute autre épidémie. Les conséquences pourraient relever d’une catastrophe irréparable.

Les dévastations des guerres, un terrain propice pour la catastrophe

« Les missions médicales étrangères n’avaient pas été épargnées. Cinquante prêtres avaient succombé après avoir donné l’absolution aux mourants. Des quatre cents médecins environ que comptait l’armée serbe au début de la guerre, il en restait moins de deux cents. Et le typhus n’était pas le seul. Variole, rougeole, scarlatine, diphtérie se propageaient le long des routes jusqu’aux plus lointains hameaux, et il y avait maintenant des cas de choléra, qui ne pouvaient que se multiplier avec l’arrivée de l’été dans ce pays ravagé ; les champs de bataille, les villages et les routes étaient empuantis par les morts mal enterrés, et les cours d’eau étaient pollués par les cadavres des hommes et des chevaux ». Voilà comment décrivait le célèbre écrivain et militant communiste nord-américain, John Reed, la Serbie en plein Première Guerre Mondiale dans son livre La guerre dans les Balkans. Le chapitre décrit de façon succincte mais poignante cette Serbie ravagée par deux guerres balkaniques (1912-1913) et par les combats de la guerre mondiale, mais aussi assommée par les épidémies qui décimaient sa population et menaçait tout visiteur. De là le nom du chapitre : « Le pays de la mort ».

Plus d’un siècle plus tard, le monde n’est pas traversé par une guerre mondiale, bien que les logiques du capitalisme, les crises qui exacerbent les tensions entre les États et au sein des États, font toujours pendre sur nous le risque de voir une déflagration de cette ampleur. Cependant, ces mots nous projettent dans des situations potentiellement semblables dans beaucoup de pays aujourd’hui. En effet, ces dernières années et décennies ont été marquées par d’importants conflits nationaux et régionaux particulièrement dévastateurs. La région du Moyen Orient a été l’une des plus touchées avec les guerres les plus destructrices de la planète, notamment en Syrie et au Yémen, mais aussi en Irak, en Afghanistan ou en Palestine.

Tous ces conflits ont créé une « armée » géante de nécessiteux ; dans le monde on compte aujourd’hui 70 millions de personnes déplacées, dépendantes de l’aide humanitaire internationale. Dans les camps où habitent ces personnes, la notion de « gestes barrière » devient une cynique abstraction. Des familles entières (très jeunes et anciens compris) partagent souvent une même tente, les mêmes toilettes, les cours d’eau. Il n’y a aucun doute : dans ces conditions, l’apparition d’un cas de Coronavirus pourrait être létale pour des milliers de personnes. Et les voies de contamination pourraient être multiples, notamment dans des pays comme la Turquie où l’on fait déjà face à des cas de Covid-19. Le problème qui se pose dans ces camps de réfugiés n’est même pas celui de l’existence d’un système de santé faible mais celui de la totale inexistence d’un système sanitaire capable de venir en aide aux potentiels malades et encore moins aux potentiels patients graves.

À cela s’ajoute un autre problème : l’aide humanitaire internationale normalement dédiée aux réfugiés se verra sans doute affectée par le fait que les pays plus riches se trouvent eux-mêmes en lutte contre l’épidémie. Comme on peut le lire dans un article de Foreign Policy : « L’agence des Nations Unies pour les réfugiés a lancé un appel aux dons de 33 millions de dollars pour faire face à la crise, mais de nombreux États qui pourraient habituellement faire des dons luttent pour contenir leurs propres épidémies. Les réfugiés vont devoir faire face à une concurrence sans précédent pour les ressources médicales d’urgence, car des organisations comme Médecins sans frontières, qui aident habituellement les plus vulnérables du monde, envoient des équipes dans des endroits comme l’Italie. Dans cette compétition pour les ressources sanitaires mondiales, les réfugiés risquent de perdre ».

Dans les « temps normaux », la bourgeoisie est obligée d’atténuer avec un voile de charité les aberrations provoquées par le capitalisme afin de maintenir une certaine légitimité de son système auprès des plus opprimés et exploités ; afin de montrer qu’en fin de comptes le système est bénéfique « pour tout le monde ». L’aide humanitaire dans les zones de guerre a ainsi une fonction pragmatique (assistance aux personnes en détresse) mais aussi idéologique. La pandémie de Covid-19 est en train de faire sauter ce « voile » et d’exposer ce que sont les véritables « priorités » pour la bourgeoisie dans les pays centraux : gérer le désastre au sein de leur propre territoire. Logiquement, elle est prête à sacrifier des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers, voire des millions de vies dans les pays dominés par l’impérialisme où c’est celui-ci le principal responsable de la misère et destruction.

Yémen : la destruction des installations sanitaires comme stratégie de guerre

Arrêtons-nous sur le cas du Yémen. Dans ce pays de la péninsule arabique, se déroule la pire crise humanitaire de la planète. 24 millions de personnes sont dépendantes de l’aide humanitaire internationale. Depuis le début du conflit qui oppose les rebelles Houthis (soutenus par l’Iran) et le gouvernement « officiel » (soutenu par l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et la « communauté internationale ») en 2015, 100 000 personnes ont perdu la vie. En plus des bombes et des affrontements, le pays a été ravagé par des épidémies de dengue, de malaria et de choléra.

Cette situation fait craindre le pire dans ce pays en cas de nouvelle épidémie, comme celle du Covid-19. En ce sens, Kristine Beckerle de l’ONG Mwatana for Human Rights basée au Yémen explique : « Des années d’accès restreint et de dégâts sur les infrastructures, ainsi que des attaques contre les hôpitaux et autres installations, ont rendu le système de santé du pays incapable de répondre aux maladies évitables, sans parler d’une pandémie (…) On ne parle pas d’acheter du gel hydro-alcoolique pour les mains ou du désinfectant. Les gens ne peuvent même pas acheter de savon dans certains endroits. Vous devez penser aux mesures de base que les gens prennent pour se protéger - elles pourraient être largement inaccessibles aux habitants du Yémen. Pendant la guerre, le système de santé a été mis à rude épreuve par des maladies évitables, et la défaillance du système de santé a entraîné la plus grande épidémie de choléra de l’histoire moderne, qui a atteint plus d’un million de cas. Avant la guerre, le Yémen était fortement dépendant des travailleurs médicaux étrangers - dont beaucoup sont rentrés chez-eux - et importait pratiquement tous ses produits pharmaceutiques et équipements médicaux ».

À cela, il faut ajouter une caractéristique particulière que les conflits sont en train de prendre ces dernières années, qui parle d’ailleurs du caractère néfaste du capitalisme : la destruction volontaire des infrastructures sanitaires et les attaques contre le personnel médical. Ainsi, 2019 a été l’année record en attaques contre les travailleurs du secteur sanitaire dans les zones les plus en besoin. En effet, alors qu’on estime qu’en 2020 168 millions de personnes auront besoin d’aide humanitaire dans la planète, en 2019 on a recensé 951 attaques contre des installations médicales et 179 morts, contre 778 attaques et 156 morts en 2018 (ce qui était déjà énorme). Pour le cas particulier du Yémen, un rapport signale 120 attaques contre des installations médicales dans le pays entre 2015 et 2018. Ces attaques ont été perpétrées par tous les camps belligérants : les rebelles Houtis mais aussi la coalition internationale menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, deux alliés des puissances occidentales. Quant à la Syrie, qui vient de connaître son premier cas officiel de Covid-19, 912 professionnels de la santé ont été tués depuis le début de la guerre et rien qu’en 2018 on constate 257 attaques contre des travailleurs de la santé, des ambulanciers ou des installations hospitalières.

Il va sans dire que l’arrivée du Covid-19, avec la force avec laquelle il se déploie en Europe, pourrait faire des ravages dans ces pays dévastés par les guerres. Cependant, il n’y a pas que les guerres qui minent les capacités d’un pays à faire face à ces épidémies.

Haïti : 2 cas confirmés, 47 respirateurs mécaniques, 124 lits de soins intensifs, 10,2 millions d’habitants

La semaine dernière, toutes les alarmes ont été activées en Haïti quand on a appris les deux premiers cas de Covid-19. Il s’agissait de deux personnes, sans relation entre elles, revenant d’Europe. La nouvelle a suffit pour déclencher la panique dans le pays. Et c’est complètement compréhensible. Haïti se trouve submergé dans une profonde crise sociale et politique, où le président Jovenel Moïse est fortement contesté et où des bandes armées attaquent les résidents des quartiers populaires contestataires.

Mais à cela, il faut ajouter une situation catastrophique du système de santé : le pays possède seulement 47 respirateurs artificiels, 124 lits de soins intensifs, il manque de l’oxygène aux soins intensifs, les urgentistes n’ont pas de gants, ce qui les pousse à faire grève pour leurs conditions de travail… Le tout pour plus de 10 millions d’habitants. Vus les chiffres de la pandémie en Europe, il n’est pas très difficile de se rendre compte des dégâts que le Covid-19 pourrait faire parmi la population. Même les médecins ont peur de cette situation. Ainsi, la docteure Renée Alcé déclarait récemment : « Le Covid-19 qui nous menace représente un grand souci, pour nous personnel médical. Le mode de transmission, le manque de matériel et d’infrastructures, la situation sociodémographique du pays, tous ces facteurs constituent un grand souci, car nous devrions malheureusement nous exposer afin de prodiguer les soins nécessaires. Et je peux vous assurer que tout le monde est réticent à l’idée d’être dans un centre de référence pour le coronavirus. Nous ne possédons pas les structures indispensables pour faire face à ce fléau et il nous sera très difficile de prendre en charge les complications ».

Du côté des autorités, la principale réponse a été d’instaurer des mesures de confinement répressives : couvre-feu de 20h à 5h du matin, fermeture d’écoles, de ports et d’aéroports, interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes. Pour ceux et celles qui ne respecteraient pas ces consignes, le président a promis que l’État les sanctionnera. En ce sens le journal Le Nouvelliste ironisait : « En écoutant le président Moïse, on a l’impression que l’État Haïtien a retrouvé son autorité à la faveur de l’arrivée du coronavirus dans le pays (…) Nous savons que notre système sanitaire fournit des soins au rabais en temps normal. L’État d’urgence va-t-il changer quelque chose ? Les hôpitaux publics seront-ils équipés ? Le personnel médical sera-t-il à son poste ? Les malades du coronavirus trouveront-ils les soins que nécessitera leur cas ? Le président Jovenel Moïse fait ce que d’autres pays ont fait pour combattre le coronavirus : restreindre les libertés individuelles et suspendre momentanément la jouissance de certains droits. Il manque cependant un élément fondamental sur la table dans notre cas : comment l’État va économiquement aider les citoyens, surtout ceux qui vivent au jour le jour, à traverser le dur moment que va leur imposer la lutte contre la pandémie ».

La crise sanitaire comme prétexte pour accentuer la domination impérialiste

Les situations que nous venons d’évoquer ci-dessus sont évidemment loin d’être exhaustives des calamités qui menacent des millions de personnes à travers le monde dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Ce qui est certain, c’est que ces situations découlent directement d’une division du monde entre une poignée de nations impérialistes très riches qui dominent économiquement, politiquement et militairement l’écrasante majorité des pays, condamnés à la dépendance et au sous-développement. C’est cette même division impérialiste du monde qui est en train de mettre en danger aujourd’hui la vie de centaines de millions de personnes. Les puissances mondiales sont complices (soutien politique et/ou financier) et/ou responsables directes des pires conflits armés en cours. Mais les puissances impérialistes sont aussi directement responsables de la misère et du sous-développement dans lesquels se trouvent tant de pays à travers le monde, dont les richesses nationales sont systématiquement spoliées à la faveur de multinationales appartenant à des capitaux des pays centraux. Et cela sans parler des agences internationales d’appauvrissement telles que le FMI ou la Banque Mondiale.

Cette crise sanitaire d’ampleur historique se combine actuellement avec une crise économique qui va jeter au chômage des millions de personnes dans le monde. À la lumière des premières mesures prises dans les pays impérialistes contre les travailleurs (remise en cause d’acquis sociaux, de vacances, suspension du droit de grève, etc.), il n’y a aucun doute que les gouvernements des États centraux vont essayer d’utiliser la crise pour améliorer le rapport de forces des capitalistes vis-à-vis de la classe ouvrière au sein de leur pays. Mais ils tenteront aussi d’accentuer la domination des puissances impérialistes sur les pays semi-coloniaux et dépendants.

En 1916, dans sa brochure « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme » Lénine affirmait la chose suivante : « L’impérialisme, qui signifie le partage du monde et une exploitation ne s’étendant pas uniquement à la Chine, et qui procure des profits de monopole élevés à une poignée de pays très riches, crée la possibilité économique de corrompre les couches supérieures du prolétariat ; par là même il alimente l’opportunisme, lui donne corps et le consolide. (…) L’impérialisme tend à créer, également parmi les ouvriers, des catégories privilégiées et à les détacher de la grande masse du prolétariat ». En ce sens, dans la situation actuelle, augmenter la pression et l’exploitation vis-à-vis des pays dominés serait une façon pour les impérialistes « d’acheter la paix sociale » et de calmer dans leurs pays le mécontentement généré par les contradictions exposées lors de cette crise sanitaire. Ainsi, le prolétariat, les classes populaires des centres urbains et les paysans dans les semi-colonies seront non seulement surexposés aux dangers de la pandémie mais aussi soumis à la pression des capitaux internationaux pour faire augmenter le taux d’exploitation et leurs profits.

Par ailleurs, malgré des gestions particulièrement désastreuses de l’épidémie dans plusieurs pays impérialistes européens (Italie, Espagne, France, Grande Bretagne), les gouvernements ont pu mettre en place certaines mesures palliatives (même si, pour les secteurs les plus précaires, la situation demeure encore très difficile et incertaine). Les États de la périphérie capitaliste dominée sont en train d’émuler certaines dispositions prises dans les pays impérialistes, telles que les quarantaines répressives, comme nous l’avons vu dans le cas d’Haïti. Ils imitent également le rejet obscurantiste de mener des campagnes de tests massives. Cependant, tous ces États seront dans une totale incapacité de prendre des mesures minimales pour venir en aide aux salariés suspendus pour cause de confinement, aux travailleurs informels, à tous les « pauvres urbains », les petits vendeurs, entre autres.

Ces États ont moins de capacités pour créer des amortisseurs sociaux capables de calmer et de canaliser la colère populaire comme dans les États impérialistes (qui eux, sont déjà en difficulté). Des explosions sociales et des révoltes face à la nécessité sont plus que prévisibles. C’est en ce sens que les mesures de confinement répressif donnant une légitimité accrue aux forces de répression constitue un élément central pour les classes dominantes dans les pays de la périphérie capitaliste, aussi bien que pour la bourgeoisie dans les pays impérialistes pour mater les éventuelles contestations.

Un autre élément qui va être central dans la nouvelle phase qui s’ouvre : les tentatives de reconfiguration des rapports de forces entre les puissances impérialistes elles-mêmes. Depuis plusieurs années déjà, les puissances mondiales sont dans une spirale conflictuelle. Cette double crise peut également devenir le terrain propice pour avancer sur tel ou tel projet, ce qui pourrait mener la planète vers une situation de grand risque d’affrontement entre puissances mondiales.

Un plan de solidarité internationale sous le contrôle des travailleurs

Lénine, dans le même texte que nous avons cité, rappelle que « ce qu’il ne faut pas oublier, ce sont les forces dressées contre l’impérialisme en général et l’opportunisme en particulier ». En ce sens, pour éviter que la bourgeoisie et les forces politiques réactionnaires ressortent renforcées de cette double crise, la classe ouvrière et les autres secteurs exploités et opprimés de la société doivent agir et imposer leurs propres solutions. Dans certains pays comme ceux que nous avons évoqués plus haut, la misère, les épidémies, la répression et surtout les guerres ont pu affaiblir moralement et détruire physiquement une partie importante de la classe ouvrière. Les impérialistes et leurs partenaires locaux et régionaux participent à la destruction des moyens de production, des services publics élémentaires, mais aussi des personnes. Pourtant, la menace de l’épidémie est là et il y a urgence à apporter une réponse de classe pour éviter une catastrophe encore plus grande. Il n’y a aucun doute que les travailleurs et travailleuses des pays impérialistes ont un rôle déterminant à jouer pour faire face à la crise dans leur propre pays évidemment, mais aussi pour apporter la solidarité, le soutien et l’assistance urgente au prolétariat et aux classes populaires des pays dominés.

Les masses ne peuvent rien attendre des capitalistes et des impérialistes. Ils sont en train de dévoiler tout leur caractère parasitaire et leur égoïsme. Les beaux discours sur la « solidarité européenne » se traduisent aujourd’hui par la fermeture des frontières, par l’isolement de l’Italie qui est obligée de se tourner vers des pays comme Cuba, le Venezuela ou la Chine pour faire face à l’épidémie. Les États-Unis et l’Allemagne tentent de leur côté d’avoir le monopole sur un possible vaccin.

C’est pour tout cela que la production devrait être réorganisée et mise sous contrôle ouvrier afin de prioriser la lutte contre la propagation de l’épidémie sur les profits des capitalistes. Mais cette lutte est globale comme la pandémie elle-même ; il n’y a de place pour aucune pseudo « solution nationale ». Le contrôle ouvrier de la production permettrait de garantir la sécurité sanitaire des salariés mais aussi la production massive et effective de produits d’hygiène tels que le gel hydro-alcoolique, le savon, les masques, les gants mais aussi les respirateurs mécaniques. Les travailleurs pourraient garantir au niveau international la production et la distribution de ces produits essentiels dans toute la planète, à tous les États qui seraient en besoin, à commencer par ceux dont les infrastructures sont incapables de répondre à l’urgence sanitaire.

Les recherches pour trouver un vaccin contre le Covid-19 ne doivent être entravées par aucun intérêt privé ou national, elle doit reposer sur la collaboration de toute la communauté scientifique au service de toute l’humanité. Aucun brevet ou commercialisation ne doivent être tolérés dans un secteur aussi fondamental.

Lié à cela, il est nécessaire de rappeler que l’Iran est l’un des pays non-impérialistes les plus touchés par la pandémie. Le mouvement ouvrier et notamment le mouvement ouvrier dans les pays impérialistes doit exiger la fin de toutes les sanctions qui pèsent sur les États tels que l’Iran, le Venezuela, Cuba et autres, sanctions qui mettent en danger des millions de personnes face à la pandémie.

Les impérialistes utilisent l’exploitation et la spoliation des populations dans les pays dominés pour corrompre des secteurs de la classe ouvrière et ainsi faire de ceux-ci une partie importante de leur légitimité sociale et politique ; ils alimentent le nationalisme, le colonialisme et le soutien à l’impérialisme national parmi les exploités dans les États centraux. Cela, en même temps, renforce la domination des capitalistes des pays impérialistes sur leur propre prolétariat. Les travailleurs dans les pays impérialistes sont aujourd’hui parmi les principales victimes du Covid-19, souvent par la négligence des gouvernements néolibéraux. La solidarité internationale, la lutte pour le contrôle ouvrier pour répondre à cette situation d’urgence, seront une façon d’éviter des catastrophes irréparables dans les pays les plus détruits par l’impérialisme et en même temps renforcera la lutte des travailleurs et travailleuses dans les pays centraux.

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