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Edito

Coronavirus. Fermeture des restaurants, cafés, télétravail … et pour les usines « non essentielles » ?

Face au doublement de cas de virus en 72 heures, Edouard Philippe a annoncé le renforcement des mesures barrières de « distanciation sociale » pointant le manque de « discipline ». Fermeture des restaurants, cafés, cinémas, discothèques, ainsi qu’une incitation au télétravail pour tenter de ralentir la propagation du virus. Mais qu’en est-il pour les usines non essentielles ? Pourquoi ne sont-elles pas fermées ?

dimanche 15 mars

Le ton est grave. En effet, le bilan annoncé par Edouard Philippe est de près de 4.500 cas avérés de coronavirus, 300 cas grave de patients en réanimation - dont plus de la moitié ont moins de soixante ans, et 91 morts dans le pays. En moins de 72h, le nombre de cas a doublé, avec une forte croissance des cas en réanimation. Près de 830 nouveaux cas ont été recensés en France en 24h. Une augmentation très importante qui justifie le passage au stade 3. Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a pointé une évolution « vers une épidémie généralisée ».

Face à cette accélération foudroyante de la propagation du virus et du nombre de personnes hospitalisées en réanimation, Edouard Philippe a annoncé le renforcement des mesures de « distanciation sociale », en appelant à la fermeture dès ce soir minuit de tous les lieux recevant du public « non indispensable » : restaurants, cafés, cinémas, discothèques. Il a affirmé que les lieux de culte resteront ouverts, mais que les cérémonies se devaient d’être reportés. Les commerces seront également fermés sauf ceux indispensables à l’essentiel, comme les commerces alimentaires, pharmacies, stations-essence, tabac. Les services publics, jugés essentiels, resteront ouverts. De même, les transports urbains resteront en marche avec des plans de circulation réduits. Les élections du premier tour seront également maintenues.

Fermeture des écoles, restaurants, cinéma : et pour les usines non essentielles ?

« Je le dis avec gravité, nous devons tous ensemble montrer plus de discipline dans l’application de ces mesures » a ainsi tenu à pointer le premier ministre, incitant à ce que la population se déplace le moins possible. Limiter les déplacements interurbains, les rencontres amicales et familiales, les sorties uniquement pour les courses essentielles. « Nous devons éviter au maximum de se rassembler, limiter le réunions amicales et familiales, n’utiliser les transports en commun que pour aller au travail (si cela n’est pas possible de le faire chez soi), pour faire ses courses essentielles et pour aller voter », a continué le premier ministre. « Il faut une action massive de télétravail pour permettre au plus grand monde de rester à domicile ».

Face au doublement du nombre de cas, les mesures prescrites par le premier ministre s’apparentent en réalité à une incitation au confinement. Mais celles-ci qui sont de santé publique pour éviter la propagation du virus ne concerne que certaines catégories de salariés, ceux qui travaillent dans les lieux recevant du public « non essentiel ». Qu’en est-il pour les travailleurs qui bossent dans les entreprises non essentielles ? Notamment ceux qui travaillent en usine, et ne peuvent bénéficier du télétravail ? Ce sont pourtant des entreprises qui concentrent parfois des milliers de travailleurs dans un espace confiné, comme dans les usines de montage notamment. Si l’on doit limiter nos déplacements, nos interactions pour limiter la propagation du virus, pourquoi doit-on continuer à construire des voitures ou des camions de chantier ?

Pour stopper la propagation du virus, qui est propagée par l’interaction humaine, comme l’expliquait le directeur général de la Santé, il s’agirait aussi de fermer toutes les usines non essentielles dans lesquelles nombre de travailleurs se concentrent, et utilisent les transports en commun, et même de manière interurbaine. Pour ce qui concerne les travailleurs, comme les hospitaliers, si comme l’affirme Edouard Philippe, il s’agit de « soutenir nos personnels soignants, à l’hôpital comme en ville », et que « tout soit mis en œuvre », il ne suffira pas seulement de les transporter ou de garder leur enfant, mais surtout de leur garantir les moyens de protection les plus efficaces au travers de distributions massives de masques ou la désinfections si nécessaire des lieux de travail. Des dispositifs de préventions, et protections qui doit être immédiatement étendu à tous les personnels des services utiles à la continuité de société.

Pour Philippe fustige le manque de « discipline ». Mais les premiers responsables, c’est le gouvernement !

Dans son discours, le gouvernement a également fustigé le « non-respect des consignes » par trop de Français, le manque de « discipline », le mettant en parallèle avec le doublement du nombre de cas observés en 72 heures. Pourtant, alors que tout présageait un scénario à l’Italienne pour l’hexagone, le premier responsables de ce doublement de cas, c’est le gouvernement.

Face à un virus des plus imprévisibles, souvent asymptomatique, ces mesures préventives auraient pu être mises en œuvre combinées à des dépistages accessibles à tous comme en Corée du Sud, qui pour l’heure a réussi à domestiquer l’épidémie après avoir notamment « mené une campagne de test à grande échelle sans équivalent en Europe », explique l’article du Figaro. « Le pays a déjà testé plus de 210.000 personnes, avec une capacité de 18.000 tests par jour, loin devant l’Italie, record pour le Vieux Continent avec 50.000 tests. Une prouesse logistique rendue possible par la mobilisation de l’appareil industriel et un investissement social massif, car le test est pris en charge pour toute personne jugée « à risque ». Une approche systématique qui accouche du taux de mortalité le plus faible du monde, à 0,6 %, bien en dessous de ceux de l’Italie ou de la France ou de la Chine ».

Face à un virus imprévisible qui peut en une semaine passer de symptômes bénins à la détresse respiratoires, rester confiné chez soit en attendant que cela se passe ne peut être une solution suffisante. Pour stopper la propagation du virus, ce dont il s’agirait à minima, ce serait une campagne de tests efficaces, gratuits qui soient accessible à tous, un service de conseil d’urgence, ainsi qu’un investissement massif et pérenne pour notre système de santé, et la mise à contribution immédiate des cliniques privées au service de la population. De même, il s’agirait de faire un investissement massif pour l’élaboration d’un vaccin seul à même de stopper l’épidémie à terme. Cette tâche ne peut être seulement confiée aux grands laboratoires privés. Pour financier ces investissements massifs, il s’agirait de taxer les grandes entreprises.

« Nos vies valent plus que leurs profits ! »




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