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Coronavirus. La crise du Grand Est : un résultat des mesures néolibérales sur l’hôpital public

Hier, encore six nouveaux décès étaient décomptés dans le Grand Est, épicentre de l’épidémie qui compte déjà 1.563 cas et 51 morts. La liste s’alourdit donc ainsi que la crise de l’hôpital dans la région. Une crise qui n'est pas nouvelle, et qui a commencé l’année passée avec notamment la mise en place de la réforme des urgences à l’hôpital de Mulhouse et un manque de moyen toujours plus important pour les soignants.

mercredi 18 mars

Crédits photo : SEBASTIEN BOZON / AFP

Le premier foyer de contamination en France reste le Grand Est et particulièrement le Haut Rhin, où le nombre de cas et de mort ne fait qu’augmenter. L’épidémie avance dans la région de manière exponentielle, avec plusieurs morts par jour et des chiffres en hausse. Une explosion clairement liée au manque de moyen et à la surcharge à laquelle doivent faire face les services hospitaliers de la région. Comme l’expliquait un travailleur hospitalier de Mulhouse : « Les équipes commencent à s’épuiser, avec un absentéisme qui grandit lié à des cas positifs, même si la solidarité est importante. Les lits de réanimation de la région sont saturés, et impossible de trouver des respirateurs pour ouvrir de nouveaux postes de réanimation. »

Le président a annoncé lundi soir le déploiement d’un hôpital militaire pour aider les soignants de la région à supporter la crise alors qu’elle est de plus en plus critique. Une mesure prise en urgence et clairement insuffisante au vue de la situation, rien n’ayant été proposé en termes de matériels et de moyens pour l’hôpital. Des conditions de travail scandaleusement précaire et qui mettent en danger les hospitaliers, qui avaient pourtant alertés sur la situation et protestent depuis l’année passée contre les réformes du gouvernement sur la santé qui ont détruit l’hôpital public.

Manque de matériel, services surchargés : des conditions insoutenables

De fait, le Grand Est fait face à une pénurie des plus importantes en termes de matériels pour prendre en charge l’épidémie. Des manques de masques ou du gel hydroalcooliques – des produits de première nécessité – à ceux de lits ou matériels médical, les hôpitaux semblent bien en deçà des moyens de la crise. De fait, les soignants racontent des conditions de prise en charge plus que désastreuses, comme un urgentiste del’hôpital de Colmar cité dans Le Point : « même si le personnel médical et paramédical de nos urgences est formidable, et malgré un soutien indéfectible de notre direction, c’est le matériel qui manque (…). Nos stocks fondent à vue d’oeil. »

Première région où les établissements scolaires ont été fermées et tous les rassemblements annulés, le Haut Rhin avait pourtant vite été détecté comme un foyer de l’épidémie. Mais aujourd’hui par manque de prise en charge rapide, l’épidémie n’est absolument pas contrôlée et retombe sur les bras d’un hôpital déjà bien faible. Comme l’expliquait ce week-end Jean-François Cerfon, président du conseil départemental de l’Ordre des médecins : « nous n’avons plus de marge, on est à flux tendu, c’est un casse-tête permanent ».

Une saturation clairement critique alors que le service de réanimation à Strasbourg, par exemple, ne dispose que de 100 lits, un nombre qui va être élevé à 200 avec les moyens du bord et qui pose des problèmes importants. De fait, comme en Italie, les médecins se voient obligés en France de commencer à choisir qui sera soigné ou non, des méthodes barbares forcées par la manière scandaleuse dont l’épidémie a été gérée. Comme l’expliquait Delphine au Parisien  : « Oui, on commence à trier les patients. ». Elle explique : « C’est comme en médecine de guerre, il va falloir faire des choix. Ce sera en fonction de l’âge ou de l’état de santé. ». La guerre à la Macron c’est ça : choisir entre tel ou tel patient, laisser mourir une personne de 70 ans comme ça a été le cas à Mulhouse.

Une crise de l’hôpital signalée par la mobilisation des soignants depuis l’année passée

Car oui la crise, c’est celle des méthodes néolibérales de Macron. De fait, elle était entamée depuis bien longtemps en vérité, alors qu’à l’hôpital de Mulhouse par exemple de nombreux soignants avaient décidé l’année dernière de démissionner face à leur condition de travail, épuisés. Ils dénonçaient les nouvelles réformes austéritaires et un service d’urgence devenu le « laboratoire » des réformes néolibérales. Dix-sept internes en formation ont ainsi décidé d’arrêter de travailler, soumis à des conditions de stress intenables et présentant des signes de Burn out. Avec seulement sept titulaires, ils dénonçaient des conditions de travail intenables. Des forces supplémentaires avaient été obligées d’être mobilisés pour répondre à cette crise d’ampleur.

Un soignant expliquait : « ils se retrouvent à prendre des décisions très graves. Quand c’est de l’extrême urgence vitale, il faut prendre la décision tout de suite, et ça c’est pas une décision d’étudiant, c’est une décision de praticien sénior ». De fait, c’est la mort d’une patiente, laissée de côté pour s’occuper du reste des patients qui a mis le feu au poudre dans l’hôpital, et poussé les internes à se mettre en grève. Un manque de personnel et de formation criant et qui avait causé le surmenage des jeunes médecins. Comme l’expliquait Sophie, urgentiste, : « On fonctionne sur vingt-quatre heures. En général, on prend notre poste à 8h30 jusqu’au lendemain matin 8h30. Ou on peut également faire du douze heures, de 8h30 à 18h30 ou de 18h30 à 8h30 le lendemain matin. »

Crise du coronavirus ou crise du néolibéralisme ?

Mulhouse, un exemple parmi tant d’autres de la situation atroce dans laquelle se trouvent les hôpitaux, conditions de travail intenables, manque de moyens et de personnel, les soignants alertent en vérité depuis plus d’un an les autorités. Des collectifs inter urgence et inter hôpitaux montés à la hâte et qui ont été de toutes les mobilisations pour marquer leurs craintes et leurs besoins et qui avaient alerté bien en amont du gouvernement de la nécessité d’agir vite.

La crise était à prévoir quand on sait les dysfonctionnements qui existe dans le système néolibérales et les coupes budgétaires effectués par Buzyn. Aujourd’hui le Grand Est est le premier foyer, mais les soignants parisiens craignent à raison que la situation soit la même en France. Sur France 2 ce soir en face d’un Philippe toujours aussi démagogue sur leur situation expliquait le manque de matériel auquel font face les équipes. Des carences qui s’accroissent et une défaillance de plus en plus visible alors que nous traversons une crise sanitaire des plus graves.

Que pouvons-nous attendre d’un gouvernement qui n’a rien fait pour répondre à la détresse des hospitaliers pendant si longtemps ? Il faut revendiquer d’autres mesures, des moyens importants, la réquisition des entreprises pour produire du matériel de soin, une campagne de dépistage massif ou encore la fermeture des usines et entreprises « non essentielles » alors qu’à Mulhouse encore la population est obligée de travailler, comme les guichetiers par exemple à la SNCF.




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