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Coronavirus. Les salariés au chômage partiel perdront 16% de leur salaire

Au moins 30 000 salariés de quelques 2000 entreprises sont d’ores et déjà contraints au chômage partiel. Présentée comme une solution par le gouvernement, les travailleurs concernés perdront au moins 16% de leur salaire, les intérimaires leur emploi, à cause de l’épidémie de coronavirus. Une mesure qui rappelle que pour le gouvernement, il est normal de faire payer la crise aux travailleurs.

mercredi 11 mars

Crédit photo : ESTELLE RUIZ / NURPHOTO / AFP

« Notre stratégie est d’être pragmatique. Il ne faut pas pénaliser la vie économique », réagissait sur BFM TV Muriel Pénicaud, ministre du Travail, dimanche 8 mars après l’annonce de la mise en quarantaine de Venise et Milan. Et celle qui a fait passer la loi travail XXL par ordonnances à l’automne 2017, la réforme de l’assurance-chômage en catimini ensuite, deux attaques très importantes sur les épaules des travailleurs d’ajouter, « des dispositifs économiques existent pour accompagner les entreprises ».

Recette miracle dans cette conjoncture marquée par une forte baisse de la demande ? Le fameux chômage partiel, dispositif simplifié pour l’occasion par le gouvernement. Le quotidien libéral Les Echos détaille le procédé : « l’entreprise, qui en fait la demande auprès du ministère du Travail, peut faire chômer ses salariés si l’administration l’accepte, et les payer à 70 % du salaire brut. Dans ce cas, l’Etat et l’Unedic indemnisent la société à hauteur de 8,04 euros par heure chômée, c’est-à-dire le niveau du SMIC. ».

Problème de taille, si le patronat est aidé par le gouvernement, les travailleurs quant eux, ne percevront que 84% de leur salaire net ! Une chute de salaire plus importante encore si l’on prend en compte les heures supplémentaires qui ne sont pas intégrées dans ce calcul et ne pourront être réalisées. Pire en ce qui concerne les emplois les plus précaires tels les intérims et autres CDD, en tant que variables d’ajustement du patronat, ils risquent purement et simplement le chômage… A la longue listes de ceux qui subiront ce choc, on pourrait d’ailleurs ajouter les intermittents du spectacle et les auto-entrepreneurs, qui verront également leur activité chuter. Une problématique d’autant plus importante que l’épidémie s’étend en France et risque de voir le nombre d’entreprises ayant recours au chômage partiel s’étendre.

La CFDT, la CGT et FO appellent à renoncer à la réforme de l’assurance-chômage

Face à cette situation, différents syndicats se sont positionnés contre l’entrée en vigueur au 1er avril prochain de la réforme de l’assurance-chômage. En effet, entérinant des conditions plus drastiques pour accéder à l’assurance et réduisant les allocations, elle risque d’entraîner une précarisation accrue pour des centaines de milliers de travailleurs privés d’emploi, dont certaines et certains ne pourront même plus toucher d’allocation. En effet, depuis le 1er novembre, pour ouvrir des droits à indemnisation, il faut avoir travaillé au moins six mois sur les 24 derniers mois, contre quatre sur les 28 derniers, avant le passage de la réforme. Le seuil permettant un rechargement des droits a été fortement durci.

Comme l’explique la CFDT dans un communiqué, ce mardi, la réforme de l’assurance chômage aura « de terribles conséquences pour des centaines de milliers personnes qui travaillent en cumulant des contrats de courte durée ». En effet, « les emplois précaires (CDD de courte durée, intérimaires…) sont la première variable d’ajustement ». « Des mesures sont annoncées pour soutenir les entreprises et les secteurs en difficulté" à cause du coronavirus, "qu’en est-il des demandeurs d’emploi et des travailleurs précaires ? », questionne à juste titre le syndicat réformiste, et de poursuivre : « la réforme de l’assurance chômage décidée par le gouvernement en 2019 aura des impacts redoutables », alors que les nouvelles mesures « de baisse des droits auront plus pour effet d’accentuer la précarité des demandeurs d’emploi que de les inciter à un retour plus rapide à l’emploi durable ».

Face à cette situation la CFDT demande de décaler la mise en œuvre « de cette modification des règles de calcul de l’allocation ». De leur côté, la CGT et FO demandent au gouvernement d’abandonner le décret du 26 juillet 2019 qui casse les droits à l’assurance chômage mode de calcul de l’allocation chômage.
La CGT en a appelé dans un communiqué à « la responsabilité du gouvernement et du patronat pour les travailleurs privés d’emploi et/ou précaires ». La centrale de Montreuil rappelle que « les salariés permanents sont déjà victimes de pressions inacceptables et pour les CDD, intérimaires, intermittents, CDI à temps partiel, notamment pour les femmes, c’est à nouveau la double peine : des contrats sont annulés et leur accès aux droits sociaux, assurance chômage ou sécurité sociale, est menacé » .

Pour FO, la réforme « conduirait dès le 1er avril prochain à réduire l’indemnisation pour nombre de demandeurs d’emplois, notamment les plus précaires, voire à mettre fin à ce droit à indemnisation », alors que le contexte actuel « risque de conduire à ce qu’un plus grand nombre de salariés se retrouvent en situation de demandeurs d’emplois et donc de subir les conséquences restrictives de ces mesures ».

Pour une rémunération à 100% en cas de chômage partiel et une internalisation des intérimaires et autres contrats précaires !

La revendication du retrait de la contre-réforme de l’assurance chômage, passée sans mobilisation du côté des directions syndicales, est une mesure juste. Pour autant, elle paraît minimale dans à une situation qui cherche à faire peser le poids des conséquences économiques de l’épidémie aux travailleurs.

Alors que le gouvernement joue la carte de l’unité nationale, le traitement économique apparaît marqué par un clivage clair entre les travailleurs, dont les droits de retrait sont refusés même lorsqu’ils sont les plus exposés au coronavirus comme à la RATP, et les entreprises auxquelles le gouvernement « tend la main ». En ce sens il faut refuser que les travailleurs paient les conséquences de l’épidémie !

Outre les mesures de sécurité sanitaire qui doivent être les plus importantes possibles, il n’est pas admissible que le chômage partiel s’accompagne de pertes de salaires. En outre, plus que jamais, la situation rappelle la nécessité de lutter pour l’embauche des intérimaires et l’intégration en CDI de tous les contrats précaires, pour s’opposer à ce que les travailleurs constituent des variables d’ajustement face aux crises.




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