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Politique

Discours présidentiel

Coronavirus. Macron s’érige en Jupiter mais laisse beaucoup d’inconnues

Macron s’est exprimé en direct, à 20 heures, sur les grands médias. Des déclarations pour annoncer des mesures radicales et montrer qu’il prend la crise sanitaire au sérieux, mais qui ressemblent surtout à de belles promesses électorales à quelques jours des municipales sans aucune garantie.

vendredi 13 mars

« Les écoles, les collèges, les lycées, les universités seront fermés… à partir de lundi », décrétait le président ce jeudi soir. Mais d’ici-là, le premier tour des municipales se déroulera comme prévu, car pour lui « rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes ». Un confinement à deux vitesses pour un gouvernement hypocrite, qui après avoir tout fait pour casser l’hôpital public se met à faire l’éloge de « l’Etat-providence » et du système de santé : « pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. »

Avec l’annonce de mesures fortes, qui visent à montrer que le gouvernement français prend la crise sanitaire au sérieux, Macron cherche à s’ériger en homme de la situation, renouant avec la figure jupitérienne du début de son quinquennat. Déclarant que « il y aura sans doute des mesures de fermeture de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes » et « à l’échelle de l’Europe », il affirme sa volonté de rassembler l’Europe contre l’absence de réponse coordonnée face à la pandémie, et une détermination à aller chercher Trump et Merkel notamment, se posant ainsi en grand défenseur du multilatéralisme.

Une apparente position de force, et un discours politique assumé, qui relocalise Macron – et derrière lui LREM – à l’approche des municipales. Ce discours, c’était aussi un discours électoral, qui avait pour objectif de rebattre les cartes à l’approche du scrutin, où la formation présidentielle était bien mal engagée.

Derrière les promesses de Jupiter, aucune garantie

Mais le discours présidentiel laisse un important flou autour de l’application concrète des mesures annoncées. En premier lieu, derrière son apparente position de force et sa revendication du multilatéralisme, Macron pourrait bien se confronter à des déconvenues à l’échelle internationale, face à Trump ou Merkel, lorsqu’il tentera d’appliquer les mesures – encore floues – annoncées ce jeudi. Aussi convaincu soit-il de cette nouvelle localisation dirigeante à échelle européenne et internationale, rien n’est dit sur sa capacité à entrainer derrière lui des puissances qui entendent elles-mêmes imposer leur propre stratégie d’endiguement du virus. Cela pourrait en réalité crisper rapidement ses rapports avec les Etats-Unis ou l’Union européenne. Déjà recadré par Trump après avoir voulu jouer les médiateurs dans le conflit irano-américain, désavoué par le rejet de sa candidate Sylvie Goulard au poste de Commissaire européen : des difficultés de la Macronie à s’imposer sur le terrain international malgré de multiples tentatives qui dévoilent des fragilités importantes pour le gouvernement, en pleine situation de pandémie.

Par ailleurs, derrière l’hommage rendu aux « héros en blouses blanches », Macron ne dit rien quant aux conditions de travail des soignants, en première ligne face à l’épidémie. L’hôpital public, que les gouvernements successifs et actuel se sont appliqués à détruire depuis des décennies, fonctionne aujourd’hui à flux tendus, et se trouve dans l’incapacité de gérer l’afflux de patients atteints du Covid-19, en dépit de l’apparente assurance du président. Pas un mot non plus sur les modalités de dépistage et les éventuelles solutions médicales, si ce n’est le report des opérations considérées comme non prioritaires pour libérer des lits et le report sur la médecine de ville des cas sans rapport avec le coronavirus.

Au-delà de l’annonce de la fermeture des établissements scolaires, rien – ou pas grand-chose – n’est dit non plus des dispositifs de garde d’enfants qui pourront être mises en œuvre. Si les soignants pourront bénéficier de garderies mises en place par les régions, de nombreux autres parents devraient donc être obligés de garder leurs enfants, sans aucune garantie d’être payés le temps que durera le confinement. Quant à l’indemnisation du chômage partiel qu’il promet, qu’en sera-t-il vraiment ? Et qui la financera ? Les grandes entreprises ? Rien n’est moins sûr quand on a expérimenté avec la réforme des retraites, l’ardeur du gouvernement à défendre les intérêts des plus riches, quitte à faire travailleurs les salariés jusqu’à la mort.

Pas grand chose non plus sur l’enseignement à distance qui semble être la piste privilégiée par le gouvernement. Les raisons de cet éparpillement sont sans doute à chercher du côté de l’absence d’homogénéité parmi les ministres sur la manière de résoudre la crise, à commencer par Michel Blanquer qui assurait encore ce jeudi au matin que les écoles ne fermeraient pas. Mais rien d’étonnant sachant qu’à quelques heures de l’allocution, ce seraient l’opposition et le Conseil constitutionnel qui auraient convaincu le Chef d’Etat de maintenir les Municipales. Une décision dans le sens de paraitre ferme, mais prise sous le coup de la pression extérieure.

En d’autres termes, Emmanuel Macron s’en sort bien en laissant le soin à ses ministres d’annoncer le détail des politiques les plus impopulaires qu’implique son allocution. Ce vendredi, Edouard Philippe annoncera les mesures visant à interdire tout type de rassemblement, qui concerne notamment le droit à manifester. Il laisse le soin à Blanquer de gérer la fermeture des écoles. Véran fait office de fusible face à la situation catastrophique rencontrée par le personnel hospitalier. Les seules garanties réelles données par Macron ce jeudi, c’est au patronat, lorsqu’il annonce que tout sera mis en œuvre pour « sauver les entreprises », qui pourront si elles le souhaitent reporter leurs cotisations et impôts du mois de mars.

Refusons l’union sacrée

En mal de popularité, Macron cherche à se refaire une santé… sur le dos de la crise sanitaire. En appelant à « faire bloc », à l’union sacrée face à la pandémie, il cherche à enterrer l’énorme contestation qu’il a dû affronter ces dernières années – depuis la bataille du rail à celle des retraites, en passant par la mobilisation des Gilets jaunes.

Mais Macron et le système qu’il défend sont à l’origine de l’impossible gestion de ce qu’il définit lui-même comme étant « la plus grave crise sanitaire depuis un siècle ». Il s’agit pour le gouvernement de rallier derrière lui l’ensemble des forces politiques de l’hémicycle pour éviter d’affronter cette crise d’envergure de façon isolée, et de ne pas supporter seul l’échec de sa gestion. En somme, une alliance du gouvernement et des partis politiques qui se sont alternés au pouvoir ou dans les institutions, pour voter les coupes budgétaires dans les services publics, la santé, la recherche.

Et avec un discours présidentiel jonché de contradictions, l’union sacrée pourrait venir aggraver le phénomène de tiraillement du gouvernement entre repentance vis-à-vis du néolibéralisme et allusions protectionnistes.

Il s’agit, pour les travailleurs, les jeunes et les plus âgés, les plus précaires – qui sont exposés aux conséquences les plus dramatiques du virus – de refuser de tomber dans le piège de l’unité nationale qui voudrait faire croire que les contradictions sociales s’effacent en période d’épidémie. Comme c’est déjà le cas en Italie, mais aussi en France, à PSA ou dans le secteur des transports en commun où les salariés sont envoyés au travail au risque d’être contaminé, il n’y a aucune illusion à avoir dans le gouvernement pour garantir la sécurité des travailleurs, qui ne peuvent compter que sur leur propre mobilisation. Le coronavirus et son impact sanitaire et économique désastreux sont une conséquence des politiques néolibérales de casse de l’hôpital public et de la recherche, menées par Macron et ses prédécesseurs, et nous n’avons aucun intérêt à faire front avec des pompiers-pyromanes.




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