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Crise sanitaire

Coronavirus. Nouveau foyer en Alsace : « Nous sommes dans le déni total de la part des autorités ! »

Avec deux nouveaux morts ce vendredi, le bilan de l'épidémie de CO-VID19 en France s'alourdit à 9 morts et 613 cas de contamination. La découverte d'un nouveau foyer de contamination en Alsace dévoile un « déni total des autorité », selon le Dr Vogt cité dans l'Alsace.

vendredi 6 mars

Jean-Michel Blanquer déclarait ce vendredi matin sur Radio Classique que 150 écoles et établissements scolaires sont fermés et que 45.000 élèves et 3.000 enseignants sont confinés par mesure de précaution, en particulier dans l’Oise et le Morbihan, ces deux départements étant jusque-là présentés comme les principaux foyers de l’épidémie de coronavirus dans le pays. Mais dans la journée, on apprenait que 130 nouveaux cas ont été détectés en Alsace – 81 dans le Haut-Rhin et 49 dans le Bas-Rhin. C’est dans la foulée de ces annonces que le préfet a décrété le passage à la phase 2 renforcée, qui signifie l’interdiction à partir de ce samedi des manifestations et rassemblements à (hormis ceux ayant lieu à huis-clos), des visites des mineurs à des personnes fragiles dans des établissements de santé, ou hébergeant des personnes âgées et handicapées, ainsi que la fermeture de certains établissements scolaires, concernant entre 30.000 et 40.000 élèves supplémentaires.

Des informations contradictoires avec les premières déclarations de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et la préfecture du Haut-Rhin, qui minimisaient l’étendue de l’épidémie dans la région. Après la tenue du 17 au 24 février d’une cérémonie religieuse à l’église de Bourtzwiller à Mulhouse, pendant laquelle entre 2.000 et 3.000 personnes venues de plusieurs pays d’Europe, des Antilles et de Guyane, ont entretenu une promiscuité « à risque », de nombreux participants ont déclaré présenter des symptômes grippaux. Tout porte donc à croire que cette cérémonie a joué le rôle de cluster, c’est-à-dire de foyer de circulation du virus. Mais contrairement à Beauvais dans l’Oise, où le préfet a pris la décision d’interdire un rassemblement syndical le 5 mars, instrumentalisant la lutte contre le coronavirus pour réprimer le mouvement social, aucune prise en charge sérieuse n’a en revenche été mise en place pour les personnes ayant été exposées au CO-VID19 en Alsace. Un traitement sélectif à géométrie variable qui questionne la capacité du gouvernement a gérer une telle crise.

Tandis que les autorités ne reconnaissaient qu’une vingtaine de cas de contamination, le docteur Vogt interrogé par L’Alsace raconte que suite à cet épisode, le SAMU a reçu « plusieurs centaines d’appels par jour, environ 600, [qui] décrivent tous la même chose, la survenue d’un syndrome grippal d’intensité et de durée plus faible que la grippe saisonnière. » Selon le praticien, « vu le nombre d’appels quotidiens supplémentaires au 15, on peut estimer qu’il y a actuellement plusieurs centaines de cas par jour », et continue « nous sommes sans doute le plus grand foyer de coronavirus de France. Et pendant ce temps, l’Agence régionale de santé et la préfecture du Haut-Rhin annoncent que nous sommes toujours en phase 2 avec une vingtaine de cas seulement… (…) À Mulhouse, nous ne sommes plus en phase 2 mais en phase 3 de diffusion massive du virus. Nous sommes dans le déni total de la part des autorités !  » Un déni qui n’a pas été sans entraîner avec lui une prise en charge largement en-deça des enjeux de santé publique.

En effet, un lecteur mulhousien du quotidien alsacien, dont le père a participé à la cérémonie et a présenté les symptômes du virus, témoigne dans les colonnes du journal : « il a appelé le 15, le médecin du Samu lui a demandé de rester confiné, de porter un masque s’il sort, mais lui a dit aussi que les cas suspects ne sont plus testés car il y en a trop. Je trouve incroyable cette hypocrisie, qui consiste à prêcher la transparence, d’un côté, et à ne pas tester, de l’autre. » De son côté, la Direction Générale de la Santé a affirmé que le tri des patients à hospitaliser se fait « au cas par cas » par le SAMU, mais que « les personnes qui ne présentent que des symptômes relativement bénins, comme ceux d’une grippe, sont invitées à se soigner chez eux, en évitant les contacts. »

Une prise en charge qui dévoile donc les carences des services de santé publics, asphyxiés par les coupes budgétaires en série qui sont allées en s’aggravant ces dernières années, à l’image de l’ex-ministre de la santé Agnès Buzyn, et désormais candidate LREM à la mairie de Paris, qui annonçait en 2018 une coupe de 960 millions d’euros (soit près de 2% du budget total dédié à la santé) dans les finances des hôpitaux. De même, alors que l’épidémie s’étend progressivement avec plus de 3.400 morts et 100.000 cas recensés dans 85 pays, la France n’étant pas en reste avec bilan de 9 morts et 613 cas contaminés allant de travailleurs de la RATP à jusqu’à un député LR en passant par un salarié de l’hémicycle, les chercheurs peinent à trouver un remède pour se prémunir contre ce virus hautement contagieux, et affirment qu’un vaccin ne pourra pas être disponible avant l’automne prochain.

Mais là encore, les coupes budgétaires des gouvernements néo-libéraux contre l’enseignement supérieur et la recherche n’y sont pas pour rien, à l’instar des 331 millions de baisse de budget décidée par le gouvernement Macron pour l’année 2018. . Comme en témoigne Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS interviewé par France Info au sujet de la recherche sur le coronavirus : « On retravaille sur le coronavirus, à la suite de l’émergence [en Chine]. Mais la majorité des projets qu’on avait sur ce virus étaient en stand-by, en partie à cause de problèmes de financement et de difficultés à renouveler les contrats de recherches pour financer ce genre d’activités. Nous avions été obligés de "shifter" une partie des projets de recherches vers des projets qui étaient financés. On n’avait donc pas complètement arrêté nos recherches, mais elles avaient été largement diminuées, et donc forcément, ces projets tournaient au ralenti. » On voit donc bien là que c’est l’ordre néo-libéral qui ordonne les dépenses en fonction des appétits court-termistes des grandes entreprises privées, qui est directement responsable de la crise sanitaire et de l’incapacité du système de santé à prendre en charge ses conséquences de l’épidémie.




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