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Politique

La santé n’est pas une marchandise

Coronavirus. Pouvons-nous laisser notre santé entre les mains de Macron et son gouvernement ?

Les politiques de Macron et de ses prédécesseurs ces 40 dernières années ont miné la capacité de l’hôpital public à répondre à une éventuelle crise sanitaire.

jeudi 27 février

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Ce jeudi Emmanuel Macron, dans une opération de communication évidente, a visité l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière afin de « rassurer » face à une probable épidémie qui serait « devant nous ». Ces déclarations contredisent les paroles beaucoup plus tranquillisantes du ministre de la santé, Olivier Véran, qui mercredi minimisait la possibilité d’une épidémie.

Plus tard, cela a été le tour du premier ministre, Édouard Philippe, de se montrer rassurant et mobilisé face au risque sanitaire. Ce dernier, aux côtés du ministre de la santé, a reçu l’ensemble des chefs des partis d’opposition et de groupes parlementaires afin de créer une sorte « d’unité nationale » face au coronavirus. Le ton grave de Macron pourrait s’expliquer en effet par cette recherche d’unité nationale.

Il est clair que le gouvernement a tiré des leçons de sa gestion catastrophique de l’affaire Lubrizol en septembre dernier où il a essayé de dissimuler la gravité des conséquences de l’incendie de ce site classé Seveso. Désormais il tente d’apparaître plus « transparent » et « sincère » face à la menace d’épidémie de Covid-19 en France. En effet, Lubrizol avait révélé le manque de confiance profond de la population vis-à-vis de la parole politique. Et c’est cela que le gouvernement tente aujourd’hui de nuancer, voire de retourner la situation à sa faveur.

Ainsi, Macron et son gouvernement cherchent à exploiter le coronavirus comme une opportunité politique pour récupérer une partie du capital politique dilapidé ces derniers temps. Une gestion du dossier coronavirus où le gouvernement renvoie une image de sérieux et de rassembleur de la nation face au danger, pourrait lui être d’une certaine aide à court terme, notamment vis-à-vis des élections municipales dont le premier tour sera le 15 mars prochain et qui s’annoncent catastrophiques pour le parti présidentiel. Même si cela semble pour le moment peu probable et que le gouvernement l’a démenti, on commence aussi à faire des allusions à un éventuel report des élections municipales (ce qui arrangerait beaucoup en ce moment le gouvernement) si l’épidémie en venait à gagner la France.

Le coronavirus et la destruction de l’hôpital public

Pour le moment il y a eu 38 cas de coronavirus en France dont deux patients qui en sont morts et un qui se trouve en état critique. L’un des patients morts était un touriste chinois de 80 ans et l’autre était un enseignant français qui n’avait pas visité les zones à grand risque (la Chine et le nord de l’Italie) et son décès serait dû à une autre maladie aggravée par le coronavirus. Le reste des patients a déjà guéri ou ne présente pas de signes inquiétants. En ce sens, même s’il y a un danger encore élevé d’épidémie en France, les risques mortels restent moindres. Cependant, comme l’explique Eric Caumes, chef de service des Maladies infectieuses et tropicales de la Pitié : « le problème va être l’effet nombre à gérer. Si on a 1.000 personnes, le système n’aura aucun problème pour prendre en charge. Si c’est 100.000 ou 10 millions de personnes dans un espace très réduit de temps, on va avoir de grosses difficultés ».

Ces déclarations qui projettent une situation assez catastrophique (le nombre de malades au niveau mondial n’atteint pas encore les 100 000 personnes) mettent en lumière aussi le manque de moyens dans l’hôpital public. Car sans arriver à 100 000 malades en France, il est clair que les politiques néolibérales qu’applique le gouvernement Macron et qui ont été appliquées par ses prédécesseurs, ont pour conséquence, dans le secteur de la santé (ainsi que dans d’autres), de dégrader la qualité du service public et d’accentuer les inégalités entre les classes sociales mais aussi entre les territoires vis-à-vis de l’accès aux soins.

L’accès à l’hôpital devient de plus en plus compliqué pour les classes populaires des grandes villes ainsi que pour les habitants de certains quartiers ouvriers, de petites villes ou des zones rurales. C’est en partie ce que le mouvement des Gilets Jaunes dénonçait. Il est, dans ce contexte, évident qu’en cas d’épidémie ce seraient ces populations les plus exposées au virus.

Notre santé n’est pas une marchandise

« Quand il a fallu sauver Notre-Dame, il y avait beaucoup de monde pour être ému. Là il faut sauver l’hôpital public, qui est en train de flamber à la même vitesse que Notre-Dame a failli flamber. Ça s’est joué à rien et là, en ce moment, ça se joue à rien », a lancé un médecin de la Pitié à Macron lors de sa visite. Le président de la république a feint d’être à l’écoute. Mais en réalité, Macron entend poursuivre sa politique agressive contre les travailleurs et les classes populaires, des politiques qui visent, en fin de compte, à privatiser tout un pan du secteur de la santé mais aussi de l’éducation, des retraites, entre autres, et ainsi créer de nouveaux marchés pour les investisseurs avides de profits.

Mais c’est tout le contraire de cette politique ultralibérale qu’il faut faire. Le coronavirus et la menace d’épidémie montrent qu’il faut investir de toute urgence dans la santé et dans tous les services publics. Il faut embaucher massivement des médecins, des infirmiers et infirmières, des personnels soignants de tout type ; il faut mettre fin à la très grande précarité qui existe dans ce secteur.

Cependant, la crise de coronavirus met en lumière d’autres questions fondamentales pour la santé publique comme la question des médicaments. Le capitalisme transforme notre santé en une marchandise sur tous les aspects et ainsi l’industrie pharmaceutique est l’une des plus rentables au monde et contrôlée par une poignée de laboratoires privés géants qui poursuivent leurs propres logiques financières. Pour faire face aux problèmes de santé publique, il faudrait nationaliser tout le secteur pharmaceutique et mettre à disposition les moyens nécessaires pour la recherche.

Au contraire de « l’unité nationale » face à un risque aussi important d’épidémie d’une maladie dont on ne connaît pas encore la vraie portée ni la dangerosité, c’est le moment de dénoncer les tentatives de capitalisation politique de la part du gouvernement mais aussi de la part de certains courants comme le Rassemblement National de Marine Le Pen qui fait de la démagogie réactionnaire appelant à l’application de mesures rétrogrades totalement inefficaces. C’est le moment aussi pour pointer le caractère néfaste du système capitaliste dont la logique met en danger la vie de millions de personnes. Pour toutes ces raisons nous ne pouvons pas faire confiance au gouvernement, ou à une opposition réactionnaire incarnée par Marine Le Pen, pour protéger notre santé.




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