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Monde

Les hôpitaux débordés

Coronavirus : par manque de moyens, on laisse mourir les personnes âgées en Italie

L'Italie, principal foyer européen du coronavirus, fait état à l'heure actuelle de plus de 10 000 cas d'infection et de 631 morts. Face à cette crise sanitaire historique, une note confidentielle à destination des personnels des hôpitaux a été rendue publique par un groupe de médecins : elle préconise de ne pas traiter les personnes âgées en priorité.

mercredi 11 mars

Crédits photo : AFP
L’Italie est le pays européen le plus touché par l’épidémie de coronavirus, avec plus de 10 000 cas recensés et plus de 630 morts. Des mesures drastiques ont été prises par le gouvernement pour faire face à la pandémie, avec notamment la mise sous quarantaine de l’ensemble du pays, et de nombreuses restrictions en termes d’activités, de déplacement, de sortie, etc.

Cette mise en quarantaine historiquement exceptionnelle s’accompagne d’annonces du gouvernement sur le soutien à l’économie de la part de l’État, avec un déblocage de 25 milliards d’euros, ce qui ferait pâlir le plus keynésien des économistes dans cette période de libéralisme aiguë et de privatisation des services publics, dont l’hôpital public.

Ce lundi 9 mars, près de 733 personnes étaient en unité de soins intensifs, et ont donc besoin de matériel d’assistance respiratoire pour être maintenus en vie. Or, la dégradation perpétuelle du service public hospitalier, conséquence des politiques autoritaires néolibérales appliquées en Italie, en partie promues par l’Union Européenne, donne lieu à une situation où il n’y a pas assez de matériel pour prendre en charge le nombre croissant de personnes en situation grave.

Dans ce contexte, une note confidentielle produite par un groupe d’experts et de médecins a été envoyée à l’ensemble des établissements de soins pour répondre à cette problématique comme le rapportait ce lundi le docteur Christian Salaroli, anesthésiste-réanimateur en Lombardie, dans un entretien au Corriere della Sera.

Quelle solution est apportée ? C’est simple, la note fait état de 15 critères de sélection des patients à placer sous assistance respiratoire de manière prioritaire. Ces critères qui portent notamment sur l’âge des patients, sachant que l’Italie a la moyenne d’âge la plus élevée d’Europe. Cela signifie en réalité, que les soignants doivent faire des choix sur les patients à sauver et ceux qu’il faut laisser à leur sort.

Une responsabilité effroyable pèse donc sur les hospitaliers, qui se sont engagés pour sauver des vies et se retrouvent à faire des choix coûtant la vie à de nombreuses personnes, conséquence dramatique de la destruction permanente de l’hôpital public. La solution apportée par la fameuse note ne fait que dévoiler la logique profondément capitaliste qui guide la prise en charge des patients : laisser mourir ce qui ne sont plus utiles au capital, qui ne peuvent plus travailler et qui en plus sont coûteux pour l’État au niveau des pensions de retraites.

Cette inadmissible réponse à la crise sanitaire, faisant reposer la responsabilité du choix de vie ou de mort sur les personnels de soin, fait éclater au grand jour la logique que le gouvernement italien défend : soutenir l’économie avec injection de 25 milliards d’euros, et laisser mourir ceux qui ne peuvent plus soutenir cette économie capitaliste. Evidemment, tout cela sur fond de crise de l’hôpital public générée par la logique capitaliste.

Aussi, face au discours médiatique dominant en France, se voulant rassurant vis-à-vis de l’hôpital public, il est important de pointer du doigt la crise profonde de notre milieu hospitalier qui n’a rien à envier au système italien ; le personnel hospitalier s’est d’ailleurs mobilisé depuis plusieurs mois, notamment au niveau des urgences, contre leurs conditions de travail et la casse de l’hôpital, dont le gouvernement Macron est l’un des principaux responsables. L’évolution de la situation en France n’est pas encore écrite, mais l’on peut aisément imaginer qu’en cas d’aggravation, la crise engendrée par le coronavirus sera du même ordre que celle qui sévit actuellement en Italie.




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