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Corruption d’agents publics : la société Bourbon prise la main dans le sac

L'entreprise Bourbon qui comparait aujourd'hui devant le tribunal de Marseille pour des affaires de corruption d'agent publics dans trois pays africains.

lundi 18 mars

« Bourbon ne commet pas d’actes de corruption, c’est interdit par sa charte », voici la piètre défense de Christian Lefèvre, directeur général de l’entreprise Bourbon qui offre des services maritimes auprès des installations pétrolières offshore. L’entreprise cotée en Bourse, présente dans plus de 45 pays avec ses 500 navires, vient de voir huit de ses cols blancs mis en examen à Marseille pour « corruption d’agents publics » dans au moins trois pays africains : le Nigeria, le Cameroun et la Guinée équatoriale.

L’origine de ce procès pour corruption tient presque de la farce tant il montre à quel point l’impérialisme français est sans gêne pour réaliser ses malversations. En octobre 2012, Marc Cherqui, directeur fiscal chez Bourbon, ne réceptionne pas son bagage en soute à son retour de Lagos au Nigeria. Retrouvés par les agents de la douane, ces derniers y découvrent 250 000 dollars en petites coupures cachés dans la doublure du sac, soit une somme avoisinant les 200 000 euros. Interrogé, le directeur fiscal révèle vite un système généralisé de corruption de fonctionnaires pour réduire les impôts de la firme multinationale qui génère près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires par an.

La ligne de défense de l’entreprise a d’abord été de retourner l’accusation. Ce ne sont pas eux qui corrompent les pays africains, ce sont ces derniers qui ont une culture du bakchich qui impose quelques règlements en espèces plus ou moins transparentes et officielles. Mais l’enquête menée par le juge d’instruction Guillaume Cotelle révèle « une volonté effective et assumée de soustraction au paiement des impôts légitimement dus » de la part de Bourbon. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour échapper à un redressement fiscal de 11 millions d’euros au Cameroun, le groupe a soudoyé deux inspecteurs fiscaux camerounais avec 150 000 euros. Même scénario en Guinée équatoriale où Bourbon dépense 400 000 euros pour échapper à un redressement fiscal d’une hauteur de 8 millions d’euros. Jackpot encore au Nigeria où, pour 2,7 millions d’euros, Bourbon réussit à ne payer que 4,5 millions pour un redressement fiscal d’un montant de 227 millions d’euros. En somme, l’entreprise se montre habile en optimisation fiscale et en corruption de fonctionnaires.

Parmi les huit accusés, Gaël Bodénès, Christian Lefevre et Laurent Renard, occupant respectivement les postes de directeur général et de directeur général adjoint pour le dernier, sont tenus pour responsables de « corruption active d’agents publics étrangers ». Les cinq autres prévenus sont accusés de complicité. Marc Cherqui, par qui le scandale est arrivé, s’est livré à des aveux complets quant aux pratiques de l’entreprise, véritable « système organisé visant à payer le moins d’impôts possible en France et à l’étranger ». Des écoutes téléphoniques confirment même ces pratiques de corruption au Nigeria.

L’impérialisme français s’illustre ici dans toute sa vérité, celle d’une mainmise économique sur ses anciennes colonies. Il n’hésite pas à corrompre et soudoyer au nom de profit les États africains et leurs fonctionnaires afin de réaliser l’optimisation fiscale qui lui permet de conserver le pouvoir sur l’or noir.

Crédit photo : TOMASZ MOROZ / AFP




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