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Pour le droit à l’autodétermination de la Corse !

« Autonomie » de la Corse : Darmanin manoeuvre pour canaliser la colère

Alors que la mobilisation en Corse ne faiblit pas suite à la tentative de meurtre contre le militant nationaliste Yvan Colonna, le gouvernement tente des négociations et se dit « prêt à aller jusqu’à l’autonomie ». Face à ces négociations au rabais qui ne discutent pas de l’élément central qu’est le droit à l’autodétermination du peuple corse, il s’agit de pousser la mobilisation jusqu’au bout.

jeudi 17 mars

Crédits photo : AFP / Pascal POCHARD-CASABIANCA

Ce mercredi, Gérald Darmanin a annoncé être « prêt à aller jusqu’à l’autonomie » de la Corse. Une tentative de calmer la mobilisation qui met sous la table la question du droit à l’autodétermination du peuple corse, pourtant centrale chez les manifestants.

Face à la mobilisation, le gouvernement tente la négociation

Depuis le 4 mars et l’agression du militant nationaliste Yvan Colonna, la mobilisation ne faiblit pas et le gouvernement navigue entre matraque et négociations. À Ajaccio, Bastia, Corte ou encore Calvi, des milliers de personnes sont sorties à l’appel de plusieurs organisations, avec 10 000 personnes rassemblées à Bastia ce dimanche. Parmi les manifestants, une frange radicale se détache, principalement composée de lycéens et d’étudiants. Le 8 mars, plus de 300 lycéens bloquaient ainsi leurs établissements scolaires et manifestaient devant la préfecture. Devant cette radicalité, comme à son habitude, l’État a répondu par la répression : six lycéens ont été blessés, dont un jeune de 14 ans, touché à la gorge par un tir de LBD.

D’un autre côté, le gouvernement a tenté des négociations pour calmer la mobilisation. Et pour cause : à l’approche de l’élection présidentielle, la mobilisation en Corse apparaît comme une épine dans le pied et le place dans une situation délicate. Le 8 mars au soir, le gouvernement a ainsi annoncé la levée du statut de « détenu particulièrement signalé » d’Yvan Colonna, une mesure prise comme une insulte par les manifestants : le militant étant dans le coma, l’annonce est prise comme une vaine tentative d’apaisement. Le gouvernement a également levé le statut de DPS pour Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, également prisonniers politiques ; une mesure bien tardive qui ne change rien aux conditions d’incarcération ignobles et dont l’unique but était bien de baisser la pression et calmer la mobilisation.

Ce mercredi, c’est Gérald Darmanin qui a été chargé de la mission d’apaisement. Le ministre de l’Intérieur s’est rendu sur l’île pour y rencontrer « les élus et les forces vives de l’île », soit éteindre l’incendie déclenché par la tentative de meurtre contre Colonna. Dans un entretien à Corse-Matin, le ministre a à ce propos reconnu une part de responsabilité de l’État, expliquant : « il y a une responsabilité de l’État en tant que protecteur des personnes qui sont sous sa responsabilité, en l’occurrence des prisonniers ». En cherchant à calmer la mobilisation et la colère du peuple corse, le gouvernement botte en touche et évite soigneusement de parler du respect des droits des prisonniers.

Surtout, Darmanin a annoncé qu’il allait engager une « discussion sans précédent autour de la question institutionnelle », s’annonçant « prêt à aller jusqu’à l’autonomie ». Par ces déclarations, le gouvernement cherche à calmer la mobilisation, tout en évitant d’aborder la question au cœur des mobilisations, celle de l’autodétermination du peuple corse. Dans le même temps, la police et la gendarmerie sont toujours présentes, et aucun mot n’est prononcé sur le respect des droits des prisonniers politiques, pourtant revendiqué par les manifestants. L’enjeu est clair pour le gouvernement : il s’agit de gagner du temps et de freiner la mobilisation, en laissant le dossier à la prochaine mandature, puisque selon le ministre, le processus sera « logiquement engagé pendant le second mandat du président de la République ». Une manière de se projeter tout en repoussant le dossier à plus tard.

Bien entendu, l’ouverture du dialogue ne se fera que s’il y a un retour au calme, la « condition sine qua none » pour le ministre de l’Intérieur. « Il ne peut pas y avoir de dialogue sincère en démocratie sous la pression des bombes agricoles », a-t-il affirmé auprès du journal corse. Sur le contenu des réformes promises, le ministre est resté évasif : « il faut qu’on en discute. Et cela prend du temps. » Les réformes consisteraient dans l’ensemble à adapter le droit à au territoire insulaire. Quant aux droits des prisonniers, et notamment au rapprochement carcéral, le ministre affirme : « il ne peut pas y avoir de rapprochement des détenus [...] dans des conditions de pression de la rue ». Et pour ce qui est des revendications culturelles, Darmanin est clair : « ce que n’acceptera pas la République française, c’est de créer deux types de Français. »

En résumé, le gouvernement décide de botter en touche et d’agiter la question de l’autonomie pour calmer la mobilisation. Mais en réalité, ces promesses ne sont que des miettes ; et ne parlons même pas de la situation immobilière ou du chômage sur l’île, préoccupations centrales du peuple corse auxquelles le gouvernement ne semble pas avoir prévu de remédier.

Pour obtenir le droit à l’autodétermination, une seule solution : la mobilisation !

Gilles Simeoni, président autonomiste du conseil exécutif de Corse, a réagi aux déclarations de Gérald Darmanin en affirmant auprès de RTL : « un long chemin reste à parcourir et cette déclaration de principes mérite d’être précisée et confirmée ». Faisant mine de ne pas courber l’échine devant le gouvernement, Simeoni continue néanmoins : « Personne ne peut douter de ma volonté ferme et réitérée de construire la paix […] Je n’ai jamais varié de cette ligne. Si on veut enraciner la paix et détourner les jeunes des chemins de la révolte, c’est de montrer que la démocratie fonctionne. » Pour le gouvernement comme pour les responsables politiques corses, il s’agit en réalité de calmer la mobilisation et de ne pas se laisser déborder par cette dernière.

De fait, la mobilisation déborde les nationalistes qui sont à la tête des institutions et a davantage fait reculer le gouvernement en deux semaines qu’en sept ans de négociations. Dans ce contexte, les responsables politiques veulent éviter l’approfondissement de la mobilisation, étant bien conscients qu’une frange importante du peuple corse soutient largement ceux qui portent la mobilisation dans les affrontements les plus radicaux. À rebours d’une telle logique, la mobilisation a montré que c’est dans la rue et dans la rue seule que le droit à l’autodétermination pourra être conquis.

Alors que la mobilisation ne faiblit pas et que le gouvernement n’a que la matraque ou la négociation pour réponse, il devient plus évident que jamais que l’État français impose depuis bien longtemps sur ce territoire une domination de type colonial, à l’image des autres territoires colonisés par la France. C’est dans ce cadre qu’il faut exiger la lumière autour de l’agression de Colonna, le respect des droits minimaux des détenus, mais aussi le droit à l’autodétermination du peuple corse, un droit qui lui est systématiquement refusé par l’État français.



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