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Afrique subsaharienne

Coup d’Etat en Guinée. Nouveau casse-tête pour l’impérialisme français en Afrique

La situation du pays était particulièrement instable depuis la décision d'Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Le coup d'Etat de dimanche soir est un signe d'une accélération de la déstabilisation de la région.

lundi 6 septembre

La situation en Guinée était particulièrement instable depuis octobre dernier. Après les graves conséquences de l’épidémie ébola, la région dans son ensemble se trouvait profondément déstabilisée à la suite des coups d’État au Mali et au Tchad cette année. Et en Guinée, le président Alpha Condé, au pouvoir depuis déjà plus de 11 ans, avait décidé de modifier la constitution et s’était adonné à une manœuvre antidémocratique afin de pouvoir briguer un troisième mandat présidentiel, dans des conditions timidement dénoncées par l’ONU et la France. Cette situation avait abouti à d’importantes manifestations contre le pouvoir, très durement réprimées par le gouvernement et l’armée et faisait craindre une déstabilisation possible du pays.

Ce dimanche 5 septembre Mamady Doumbouya lieutenant-colonel à la tête du Groupement des forces spéciales de l’armée Guinéenne et ancien militaire de la légion étrangère, rappelé par Alpha Condé lui-même dans le pays, a mené un putsch et capturé le président. Sur les réseaux sociaux, il est apparu en tenue militaire et a annoncé la suspension de la « constitution ainsi que des institutions politiques du pays », cette annonce a été suivie par la mise en place d’un couvre-feu dans l’ensemble du pays.

Après des doutes quant à la réussite du coup d’État, une vidéo d’Alpha Condé détenu par les militaires a finalement été publiée sur les réseaux sociaux.

Mamady Doumbouya a par ailleurs convoqué l’ensemble de l’opposition et des ministres de Condé, les menaçant en cas de refus de les considérer comme les acteurs d’une rébellion contre le pouvoir militaire.

La France, l’Union Africaine, la CEDEAO ainsi que de nombreux États comme la Chine et les États-Unis ont demandé la libération d’Alpha Condé et des membres du gouvernement. La France notamment, l’une des principales puissances impérialistes dans la région, craint un scénario à la malienne, où la déstabilisation du pouvoir a abouti à un coup d’État militaire et au recul de l’influence française, dans l’une des positions stratégiques centrale de la France.

Pour autant, l’impérialisme français porte une responsabilité centrale dans cette situation. Malgré la timide dénonciation des manœuvres antidémocratiques d’Alpha Condé, l’État français soutient militairement, financièrement et politiquement de nombreux autres gouvernements ayant usé de méthodes similaires comme plus récemment Ouattara en Côte d’Ivoire.

Et la France participe aussi activement à la formation des forces militaires des États de la région. Comme l’explique l’association Survie : « De même, en décembre 2019, Bruno Baratz, commandant des Éléments français du Sénégal (la base militaire de Dakar), a effectué une visite en Guinée afin de "renforcer la coopération militaire entre la Guinée et la France dans divers domaines, notamment dans le soutien apporté à la montée en puissance du Groupement des Forces spéciales », groupement précisément dirigé par Mamady Doumbouya, lieutenant-colonel à la tête du coup d’État.

La situation est particulièrement grave pour la population guinéenne. Une partie de celle-ci semble avoir accueilli favorablement le coup d’Etat alors que depuis 2019 des mobilisations ont eu lieu contre le régime et l’hypothèse d’un troisième mandat de Alpha Condé. Des manifestations auxquelles le pouvoir a répondu en muselant la presse et en réprimant dans le sang la contestation. Pourtant, loin de constituer une réponse aux problèmes soulevés par la population, c’est un nouveau tournant autoritaire qui risque d’être mis en oeuvre par l’armée et le groupements des forces spéciales au pouvoir, alors même que les intérêts de ce dernier sont encore peu connus et pourraient être liés au coup d’État perpétré plus tôt cette année au Mali.

Le coup d’État est par ailleurs un élément de déstabilisation des intérêts impérialistes dans la région. La Guinée est la principale réserve de bauxite au monde, minerai nécessaire à la production d’aluminium, dont les pays comme les États-Unis, la Chine, l’Allemagne et la France sont des importateurs nets. La France organise tout particulièrement à travers ses réseaux diplomatiques et économiques la spoliation de millions de tonnes de ressources chaque année pour enrichir les principales grandes richesses françaises comme Xavier Niel ou Anne Lauvergeon alors même que la Guinée reste un des pays où la pauvreté touche le plus durement la population. Or, à la suite du coup d’État, le prix de l’aluminium a connu un bond énorme en bourse, le plus haut depuis 2010. La déstabilisation du pays pourrait ainsi mettre en danger les intérêts de grandes entreprises comme Rio Tinto et le géant américain Alcoa en compromettant la production d’une ressource industrielle essentielle. Quel que soit le scénario politique qui suivra la prise de pouvoir par les militaires, elle s’inscrit dans une déstabilisation générale d’une région d’influence essentielle pour la France.

Face à ce coup d’État qui n’apportera aucune solution aux problèmes à la population guinéenne, il est nécessaire d’apporter une solidarité internationaliste aux travailleurs et à la jeunesse de Guinée et d’affirmer le refus de toute ingérence étrangère, notamment de l’impérialisme français.




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