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Coup de com’ du ministère de l’intérieur. La place Beauvau illuminée contre les violences faites aux femmes

Ce lundi soir, après une interview de Marlène Schiappa au micro de Jean-Jacques Bourdin sur la Loi Sécurité Globale le matin même, la place Beauvau a été illuminée d’orange en hommage aux femmes victimes de violences. Encore une fois, le gouvernement instrumentalise les luttes féministes en même temps qu’il renforce son arsenal répressif et autoritaire.

lundi 23 novembre 2020

Capture d’écran : Ministère de l’Intérieur

Marlène Schiappa s’est faite ce matin la porte parole du gouvernement dans une interview montrant toute l’hypocrisie du gouvernement sur les questions féministes. Après être revenue sur un certain nombre de mesures prises par le gouvernement, Marlène Schiappa, désormais ministre déléguée au ministère de l’intérieur, a loué les actions de la place Beauvau dans la lutte contre les violences faites aux femmes, et annoncé que la place serait illuminée d’orange ce lundi soir, pour lancer la semaine de lutte contre les violences faites aux femmes dans le cadre d’une campagne de l’ONU.

Ce lundi soir donc, Marlène Schiappa a entamé son discours déclarant "être heureuse de lancer l’illumination en orange du ministère de l’Intérieur. C’est un signe fort de l’engagement des 290 000 femmes et hommes de la place Beauvau."

Rappelons tout de même que le « premier flic de France », à la tête de ce même ministère de l’Intérieur, est toujours visé par une enquête pour accusation de viol.

Parmi les mesures récentes annoncées par le gouvernement dans sa prétendue lutte contre les violences faites aux femmes se trouve notamment une collaboration avec une entreprise privée et la gendarmerie nationale. En effet, Marlène Schiappa annonçait fièrement ce matin au micro de Jean-Jacques Bourdin un partenariat entre la gendarmerie nationale et Carrefour : « sur le site de carrefour.fr, les femmes pourront déposer plainte et avoir des informations sur le dépôt de plainte tout en faisant les courses grâce à l’engagement de la gendarmerie nationale ». Les femmes victimes de violence pourront donc continuer à accomplir leur rôle de ménagère tout en s’informant sur les violences qu’elles subissent, et tout ça sur le même site internet ! Mais surtout, cette opération de communication ridicule vise à nous faire croire que les violences sexistes pourraient être combattues en alliance avec le géant Carrefour, cette même entreprise qui organise des plans de licenciements, licencie ses employées pour des motifs scandaleux et n’a pas été en mesure de les protéger pendant la crise sanitaire, à l’image de la mort d’Aïcha, caissière au Carrefour de Saint-Denis.

Les forces de police étaient dans le même sens au coeur de l’intervention de Marlène Schiappa ce soir place Beauvau. En plus de la présence de Sylvie Tellier, pour l’illumination du ministère de l’intérieur (directrice générale de la société Miss France), l’invitée principale était une gendarme engagée contre les violences intrafamiliales. Il s’agit d’Éloïse Lapaille, la gendarme ayant participé à La France a un incroyable talent, dont le compte twitter de la gendarmerie nationale s’est fait le relai hier soir. Dans cette petite vidéo, on peut voir cette gendarme expliquer son combat contre les violences, déplorant la mauvaise image de la gendarmerie nationale et des forces de l’ordre en la matière. Cette même gendarme a donné un concert ce lundi soir lors de la cérémonie.

Encore une fois, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est instrumentalisée pour essayer de redorer l’image des forces de police et du gouvernement alors qu’on ne compte plus le nombre de refus de dépôts de plainte et les humiliations envers les femmes osant dénoncer les violences subies. Seules 18 % des mains courantes aboutissent à une enquête et parmi elles 80 % des plaintes sont classées sans suite. Une réalité qui contraste avec les beaux discours de Marlène Schiappa, qui a osé déclaré que la cérémonie était "aussi un message que nous voulons adresser au nom du ministère de l’intérieur à ces policiers, policières, ces gendarmes qui mènent ce travail remarquable et tous les jours sauvent la vie de femmes". L’émancipation des femmes ne peut pas reposer dans les mains d’une police structurellement sexiste qui agresse qui tue et qui méprise les femmes quand elles osent prendre la parole et dénoncer les violences dont elles sont victimes. Cette volonté de redorer l’image de la police est également une réponse du gouvernement au mouvement Black Lives Matter et à la mobilisation de la jeunesse, ayant écorné un peu plus l’image de la police cet été et ainsi remis en cause un des piliers fondamentaux de l’État.

L’instrumentalisation de la lutte féministe sert le tournant répressif et réactionnaire du gouvernement. Le féminisme promu par le gouvernement et Marlène Schiappa n’est pas celui des classes les plus précaires et exploitées. Ce féminisme est xénophobe, comme le montre la proposition visant l’expulsion des citoyens étrangers coupables de violences faites aux femmes. À l’image de la création d’un délit de harcèlement de rue visant à réprimer les hommes des quartiers populaires, ce féminisme raciste s’inscrit également dans la politique islamophobe du gouvernement, comme le montre également le discours de Marlène Schiappa ce matin à la radio qui a particulièrement insisté sur la question des certificats de virginité ou du voile, qui vise une population bien précise.

À l’approche de la journée du 25 novembre, journée internationale contre les violences faites aux femmes, il paraît donc nécessaire de s’organiser en toute indépendance de l’Etat et des institutions instrumentalisant les luttes féministes.