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Notre classe

« vous pouvez compter sur nous… l’inverse reste à prouver »

Coup de gueule d’une hospitalière. “Devons-nous compter sur Macron pour gérer l’épidémie ?”

Dans son allocution, Macron n’a pas arrêté de remercier les efforts que les hospitaliers fournissent pour faire face à l'épidémie. Devant cette hypocrisie, voici ma réponse, en tant qu’hospitalière du CHU de Bordeaux.

samedi 14 mars

Crédit photo : twitter Dr Neurone

Depuis le début de l’épidémie du Coronavirus, mon quotidien n’a pas vraiment changé, je dois assurer la « continuité de service » me dit mon cadre. Cela signifie qu’au moindre arrêt-maladie d’un collègue, je dois assurer ses horaires, sans que mon salaire, gelé depuis 20 ans, ne soit augmenté. 

A l’heure d’aujourd’hui, il y a de moins en moins de patients aux urgences. Préfère-t-il restaient chez eux, en espérant que leurs souffrances s’estompe, en attendant que l’épidémie passe ? 

Si Edouard Philippe et Olivier Véran s’étaient rendu au CHU de Bordeaux le 2 mars avec comme principal objectif de montrer que la crise sanitaire est « sous contrôle », il faudrait plutôt dire que ce sont les hospitaliers qui sont « sous contrôle » de l’Etat. Les urgentistes l’ont bien ressenti pendant leur année de grève où les assignations abusives pleuvaient, portant atteinte au droit de grève.

Impossible de faire plus

Depuis des années, les soignants sont de moins en moins bien formés, alors que les technologies ne cessent de s’améliorer au fur et à mesure avec de meilleurs résultats pour les patients, mais aussi en permettant de limiter le personnel. En cas de « plan blanc » c’est-à-dire des réquisitions de soignants lors d’un grand afflux de patients tels des masques FPP2, il n’y aura pas beaucoup de soignants à réquisitionner, il ne resterait plus qu’à rappeler les retraités et même les jeunes étudiants pour pallier ce manque. Et Véran a bien préparé le terrain avec le déplafonnement des heures supplémentaires pour le personnel prenant en charge les patients atteints du covid-19. Cela veut dire que les soignants devront rester au chevet du patient pour une durée indéterminée. 

« Vous pouvez compter sur nous… l’inverse reste à prouver »

Cette phrase a été dite par Dr Salachas, neurologue à la Pitié-Salpêtrière, membre du collectif-interhospitalier, interpellant Macron lors d’une de ces visites marketing.

Elle reste toujours plus d’actualité pour les soignants pensant que le gouvernement peut faire des mesures suffisantes pour sauver l’hôpital. 
En tant que hospitalière, mais aussi militante à Révolution Permanente, il n’est pas possible pour moi de croire quoi que ce soit d’un gouvernement qui mutile des manifestants pendant le mouvement des Gilets jaunes, réprime les féministes car elles n’ont « pas suivi le trajet déclaré » selon Schiappa, et qui donne de la « reconnaissance » aux soignants alors que cela fais des années que l’on travaille à flux tendus, avec une vie privée de plus en plus fragilisée par le manque d’effectifs.

En tant que soignante, moi et mes collègues devront dénoncer chaque fois que le gouvernement met nos vies en danger dans notre lieu de travail, exercer le droit de retrait si nécessaire, pour montrer à Macron que nous ne sommes pas corvéables à merci ! 




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