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Politique

Mise au pas de la jeunesse

Cours de matraquage, tir laser : la police initie des élèves de primaire à la répression à Saint-Denis

À Saint-Denis, les élèves d'une école primaire ont participé à une "journée sportive citoyenne" animée par une association de policiers nationaux et municipaux. Au programme de ce dispositif : initiation au port de la matraque et au gilet pare-balle, ou encore au tir au pistolet laser.

mardi 4 octobre

Le 27 septembre, les élèves de CM1 et de CM2 de l’école Langevin de Saint-Denis ont participé à une journée « sport et citoyenneté » animée par la police municipale et nationale, organisée par la mairie avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale et de la préfecture, sous l’égide de l’association "Raid Aventure Organisation". 

Selon le site de Raid Aventure, on peut trouver notamment au programme de ses animations une "initiation aux techniques de maîtrise d’un individu et de self-défense", des "démonstrations du savoir-faire des forces de sécurité", un laser-game gonflable ou encore un "atelier de découverte des gestes et techniques professionnels en intervention" (maniement de matraques , menottage, palpation, techniques d’interpellation, etc…) visant à ce que "lors d’un prochain contrôle, les gestes des policiers ne soient pas interprétés." (sic !). Les vidéos de présentation sur le site nous projettent dans tout un univers répressif : maniement du tonfa, fillettes vêtues de gilets pare-balle, adolescents déguisés en CRS - le tout sur une musique lounge visant à banaliser ce qui n’est rien de moins qu’une initiation à la répression à destination d’enfants de 10 ans. 

Cette journée a fait l’objet d’un tollé auprès des parents d’élèves et des organisation syndicales de l’école. Dans un communiqué, des parents d’élèves de l’école ont indiqué que des données personnelles ont même été demandées aux enfants, et ce en dehors de tout encadrement puisque, toujours selon eux, "des groupes d’enfants n’étaient même pas accompagnés d’un enseignant". En lieu et place de dispositifs de ce type, le communiqué de la FCPE de l’école Langevin demande plutôt à ce que des moyens soient mis dans l’éducation : "S’il y a des moyens disponibles, qu’ils servent à remplacer les enseignants absents, à remettre en place notre réseau d’aide (les 4 enseignants de notre RASED ont disparu cette année), à
recruter des enseignants titulaires et non des contractuels à Pôle emploi. Et pour la Ville à embaucher suffisamment d’animateurs et animatrices pour nos enfants, à ne pas rationner le pain à la cantine, à ne pas externaliser au privé le personnel d’entretien des écoles
".

Les parents interrogent la mairie, la préfecture et l’Éducation nationale : "Que devons-nous conclure de tout cela ? Que les enfants des quartiers populaires sont considérés comme de futurs délinquants dont il faut prévenir la violence, et que, pour eux, les policiers peuvent se substituer aux enseignants ? [...] Que nos enfants sont utilisés par le maire pour affirmer la présence de la police municipale dans la cité Péri où lui-même se déplace en gilet pare-balle ?" On savait que Mathieu Hanotin, le maire PS de Saint-Denis, ne loupait pas beaucoup d’occasions pour faire la promotion de sa police municipale. Le 1er octobre, par exemple, lors d’une journée consacrée à la condition animale, un stand avait été accordé à sa police, afin de présenter sa brigade cynophile. Mais avec ce dispositif policier, réservé aux quartiers populaires pour "modifier les comportements réciproques entre les jeunes et les policiers" et "promouvoir la citoyenneté et les valeurs de la République", toujours selon le site de l’association, la mairie PS de Saint-Denis va plus loin en relayant directement la politique de mise au pas de la jeunesse que tente d’imposer le gouvernement, en premier lieu à travers le dispositif du Service National Universel (SNU). Et à regarder les sponsors de l’association, on ne s’y trompe pas : ce sont les grandes fortunes françaises qui souhaitent voir les enfants des quartiers populaires jouer aux apprentis policiers. Les familles Mulliez (Decathlon), Bettencourt (Fondation Bettencourt-Schueller), Bouygues (TF1) ou bien Dassault font parti des nombreux financeurs de cette initiative.

Les parents d’élèves ont raison de dénoncer cette opération de cooptation de la jeunesse au nom de la "prévention de la violence" et de réclamer des moyens pour le personnel enseignant plutôt que pour la répression. Alors que les meurtres policiers s’enchaînent et que la police réprime les lycéens, le gouvernement arrose la police de cadeaux pendant que l’Éducation nationale traverse une crise profonde. À l’heure où le gouvernement se prépare à faire passer ses réformes par la force face à la possibilité d’une forte contestation sociale, c’est par l’auto-organisation des parents d’élèves et du personnel enseignant et au moyen de la grève, en lien avec les autre secteurs du monde du travail, que des moyens massifs pourront être arrachés à l’État pour les services publics.



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