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Course internationale au vaccin sur fond de deuxième vague

A l’heure où la France connait une recrudescence inquiétante de cas recensés et que le spectre d’une deuxième vague grandit, la concurrence entre grandes entreprises pharmaceutiques et Etats redouble d'intensité pour qui trouvera en premier un vaccin commercialisable.

jeudi 13 août

Credit photo : AFP

Une deuxième vague dans les starting blocks ?

Lundi dernier, la barre des 20 millions de personnes, dans le monde, déclarées atteintes par le Covid-19 était franchie, selon un comptage réalisé par l’AFP. Un chiffre qui témoigne d’une évolution à la hausse de cas contaminés et qui ne fait que raffermir la probabilité d’une deuxième vague.

Ainsi, selon les chiffres de Santé Publique France (au 11 août), une augmentation de près de 1 400 cas confirmés en 24h a été observée et plus de 5 000 personnes sont actuellement hospitalisées sur l’ensemble du territoire français. Une tendance inquiétante qui s’observe également à l’échelle internationale. Dans le monde, les chiffres n’ont en effet pas diminué et de nouveaux foyers apparaissent. Selon Johns Hopkins University, le Brésil a dépassé dimanche la barre des 100 000 morts, les Etats-Unis ont hier encore recensés plus de 46 800 nouveaux cas et la Nouvelle-Zélande observe une résurgence de cas après plus de 100 jours sans aucune contamination.

L’épidémie a déjà causé plus de 740 000 morts et face au spectre d’une deuxième vague, avec tous les dégâts sociaux et économiques qu’elle causerait, la nécessité de trouver un vaccin se fait donc de plus en plus urgente. Pourtant, à une gestion catastrophique de la crise s’ajoute désormais une stratégie tout aussi lamentable quant à la recherche d’un vaccin. Avec à ce jour, 135 projets de vaccins au stade pré-cliniques (non testés sur les humains), et près de 30 vaccins expérimentaux en essais cliniques, selon le New York Times, la concurrence internationale entre laboratoires ne semble guère aller dans le sens de cette urgence et prouve une nouvelle fois l’impossibilité pour le capitalisme de faire passer les intérêts de l’humanité avant ses profits.

Le « Spoutnik V » envoyé dans la galaxie des potentiels vaccins

Mardi 11 aout, le Président russe, Vladimir Poutine, annonçait dans une vidéoconférence que « Ce matin, pour la première fois au monde, un vaccin contre le nouveau coronavirus a été enregistré », s’affichant par là en tête du peloton dans cette course au vaccin contre le Covid-19. Poutine continuait en indiquant que ce vaccin, nommé « Spoutnik V » est « efficace » et « donne une immunité durable », l’ayant fait tester sur une de ses filles et sur des cobayes dans l’armée russe.
Un coup de com’ plus qu’une découverte certaine puisque d’une part, aucun résultat n’a été communiqué et, d’autre part, la phase 3 – c’est-à-dire l’essai à plus grande échelle de ce vaccin – ne débutait qu’hier. En outre, à la suite de cette annonce, l’OMS a rapidement fait part de son scepticisme sur l’efficacité du « Spoutnik V » et appelle à la prudence. Selon Le Monde, l’organisation aurait d’ailleurs rappelé la Russie « au respect de lignes directrices et de directives claires en matière de développement de ce type de produit » après l’observation en mai de méthodes de test hors des protocoles conventionnels (l’injection par les chercheurs de leur trouvaille pour accélérer le processus).

Une affirmation donc prématurée qui s’inscrit bel et bien dans cette logique concurrentielle et de course aux profits livrée par les différents Etats. En effet, la précipitation avec laquelle le président russe a annoncé ce « nouveau vaccin » en dépit de l’incertitude et du manque de recul sur son efficacité, témoigne des conflits entre Etats qui vont croissants avec la crise économique et dont une dimension importante se joue sur le terrain sanitaire. Tout est histoire de « première place ».

D’ailleurs, loin d’être anodin, le nom donné à ce potentiel vaccin contre le Covid-19 reflète de manière limpide cette guerre économique et géopolitique entre les gouvernements. Le « Spoutnik V » fait évidemment référence au « Spoutnik », premier engin spatial mis en orbite et envoyé par l’URSS durant la guerre froide contre les Etats-Unis. Une guerre qui se rejouerait aujourd’hui sur le terrain scientifique et médical.

Néanmoins, l’annonce du « Spoutnik V » est loin d’être le premier exemple de cette logique concurrentielle mise en place par le capitalisme. En effet, les laboratoires et centres de recherches se livrent depuis le début de la crise une guerre sans merci pour mettre au point, en premier, un vaccin efficace.

Ainsi, en mars, les Etats-Unis et l’Allemagne se livraient un bras de fer pour le monopole d’un vaccin contre le coronavirus. Un scandale qui avait éclaté après les révélations par le journal allemand Die Welt, sur les tentatives de Washington pour convaincre, le laboratoire privé allemand CureVac, de délocaliser ses recherches sur le vaccin contre le coronavirus vers les Etats-Unis, qui auraient alors eu le monopole de sa commercialisation. En mai dernier, l’entreprise pharmaceutique française, Sanofi, avait fait polémique à son tour après que son directeur général, Paul Hudson, ait annoncé à l’agence Bloomberg que les Etats-Unis seraient prioritaires sur un éventuel vaccin puisque plus « efficaces » dans leur financement pour la recherche que l’UE.

Dans la soirée du 12 août, le président américain Donald Trump annonçait de son côté un contrat de 1,5 milliards de dollars pour la livraison de 100 millions de doses du vaccin expérimental de la biotech Modena. De Moscou à Washington la course effrénée des grandes puissances pour trouver en premier un vaccin s’accélère. Dans le même temps, plus de 9000 Brésiliens et 1500 volontaires indonésiens se sont portés volontaires pour tester un vaccin chinois.

La course à laquelle se livrent les puissances capitalistes masque une course bien plus importante, bien plus urgente que la recherche intempestive de profits : une course contre la montre dont le résultat ne se comptera pas en millions d’euros récoltés mais en millions de vies sauvées et épargnées. Dans une telle situation d’épidémie, une coopération entre les laboratoires et centres de recherches serait plus que jamais nécessaire. La propriété intellectuelle, les brevets sur les vaccins et les médicaments plus généralement sont un véritable virus pour l’ensemble de l’humanité et notamment ses fractions les plus pauvres et les plus touchées par des maladies, pour lesquelles il existe souvent des traitements. La communauté scientifique doit développer des anticorps résistants face aux logiques concurrentielles et budgétaires du capitalisme, qui, infecté jusqu’à la moelle par sa recherche de profits, a montré son inefficacité tant dans sa gestion de la crise que dans sa résolution. Le virus n’aura comme adversaire sérieux que le vaccin et pour le trouver, la collaboration, le partage des recherches, la socialisation des savoirs et des brevets doivent renverser cette compétition acharnée.




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