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Covid-19. Trump ferme les portes à l’Europe et déclenche la panique

Trump interdit de façon démagogique les vols depuis l’Europe, mesure incapable de freiner une épidémie qui s’est déjà propagée dans le pays. Les marchés en panique font craindre une double crise.

jeudi 12 mars

Mercredi soir le président des États-Unis s’est adressé au pays pour tenter de rassurer la population. L’effet a été tout le contraire. Le discours du président nord-américain n’a fait qu’accentuer son manque de crédibilité face à l’une des crises sanitaires les plus importantes des dernières décennies non seulement aux États-Unis mais au niveau international. En effet, alors que pendant deux mois Trump a observé une attitude « négationniste » vis-à-vis du nouveau virus, parlant d’un « complot » des démocrates ou en sous-estimant son importance, mercredi soir il a réalisé un tournant à 180 degrés. Ainsi, son discours, à la tonalité grave, a surtout annoncé des mesures drastiques. Parmi elles, l’interdiction d’entrer sur le territoire nord-américain pour tout étranger ayant séjourné les deux semaines précédentes dans les pays européens de l’espace Schengen, à partir de vendredi soir.

En effet, le président Trump estime que l’Europe n’a pas pris les mesures nécessaires pour contrôler les personnes voyageant depuis les zones à risque, principalement la Chine, et est devenue elle-même une source de contagion, « en conséquence, un grand nombre de nouveaux clusters aux États-Unis ont été créés par des voyageurs venus d’Europe ». L’Europe serait ainsi devenue un danger équivalent à la Chine : « nous avons pris des mesures pour sauver des vies en agissant rapidement sur la Chine, mais nous devons maintenant faire de même avec l’Europe ».

Cette rhétorique nationaliste permet à Trump de faire un parallèle entre la propagation du virus et une sorte « d’invasion » étrangère tout en alimentant son discours « America First » et l’imaginaire d’une Amérique subissant l’hostilité de la Chine et de l’UE. Une logique mise en évidence par le fait que ces restrictions de voyages épargnent la Grande-Bretagne et l’Irlande, vues par Trump comme des alliées. Cette rhétorique est fondamentale pour Trump car c’est elle qui lui a permis de conquérir un électorat important lui permettant de remporter les élections présidentielles. La crise actuelle représente précisément un danger pour sa réélection lors du scrutin présidentiel qui aura lieu en octobre prochain.

Cependant, d’un point de vue sanitaire, cette mesure est complètement arbitraire, incohérente et réactionnaire. Comme le dit Edward Alden, expert des relations internationales et commerciales, ainsi que de la politique migratoire des États-Unis, ces mesures relèvent d’une « démarche irréfléchie et ignorante » étant donné que le coronavirus « est déjà largement présent aux États-Unis (…) Les États-Unis devraient travailler en étroite collaboration avec leurs partenaires du monde entier pour ralentir la propagation (…) Cela ne fera que déclencher des mesures de rétorsion [de la part des Européens]... et cela fera comprendre que, même en cas de crise grave, nous sommes devenus un allié très peu fiable ».

Parallèlement à cette mesure Trump a annoncé des aides pour le patronat. En effet, sous prétexte de lutte contre l’épidémie de coronavirus, le gouvernement nord-américain profite de la situation (tout comme Macron en France) pour faire quelques cadeaux aux entreprises. Ainsi, celles qui seraient touchées par le Covid-19 seront autorisées à payer leurs impôts plus tard que la date limite du 15 avril, et cela sans aucune pénalisation ; des prêts pour les petites entreprises seront également mis en place, de quoi réconforter une partie importante de la base sociale de Trump. Cette mesure aura un coût de 200 milliards de dollars.

Cependant, tout cela n’a pas suffit pour rassurer les marchés qui craignent que cette politique ait pour effet d’aggraver la baisse du commerce international déjà affaibli par le coronavirus. Ainsi, les bourses se sont effondrées à travers le monde, notamment en Europe où les principales places ont connu des pertes historiques, à l’image du CAC40 qui a eu la plus forte perte de son histoire.

Mais ceux qui sont déjà en train de subir les pires conséquences de l’épidémie ce sont les travailleurs et les couches populaires. En effet, ils ne sont pas seulement plus exposés aux dangers du virus mais à ses conséquences économiques. Étant donné qu’aux États-Unis le congé maladie est très limité, voire inexistant pour une grande partie des salariés, et que les coûts d’accès aux soins sont énormes, notamment pour ceux et celles qui n’ont pas une assurance privée, beaucoup de travailleurs contaminés sont en train de cacher leurs symptômes pour ne pas être pénalisés économiquement voire perdre leur emploi. Cette situation est évidement une source de contamination et de propagation du virus énorme. Mais à cela il faut ajouter une gestion catastrophique de la part des autorités : dans la principale économie mondiale, il y a une pénurie de kits de test, ce qui rend pratiquement impossible de connaître le véritable nombre de cas dans le pays. Certaines estimations sérieuses tablent sur la possibilité, dans le pire des scénarios, de voir un million de personnes mourir des suites du Covid-19 aux États-Unis.

C’est en ce sens que cette épidémie pourrait coûter très cher économiquement, socialement mais aussi politiquement à Trump. Comme l’affirme un analyste du Washington Post : « La pandémie constitue une menace physique et financière pour le bien-être de millions d’Américains. Elle est également devenue une menace politique pour les espoirs du président pour un second mandat ». C’est pour cela que Trump tente de consolider sa base autour du discours et de la posture qui lui semble la plus favorable. Et c’est pour cela aussi que la tentative de Macron de trouver un terrain d’entente avec lui a de fortes possibilités d’échouer.




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