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Covid-19 au Brésil. À Manaus, le nouveau variant défie l’immunité collective

À Manaus, la capitale de l’État d’Amazonas au Brésil, le paysage est à nouveau sinistre depuis la recrudescence de l’épidémie de Covid-19 début janvier. En cause, l’apparition d’un nouveau variant dans un contexte de libre circulation du virus, qui neutralise les anticorps et balaye les espoirs d’une immunité collective de la population.

jeudi 4 février

Crédits photo : Michael Dantas / AFP

Alors que la ville était encore endeuillée du désastre sanitaire du printemps, le nombre de nouveaux cas a explosé durant les 3 premières semaines de janvier, passant des habituels 5 000 cas par jour, chiffre plus ou moins constant depuis septembre, à près de 20 000 cas par jour d’après le rapport de l’agence gouvernementale de santé.

Pourtant, durant la première vague de l’épidémie, une étude a montré que près de 76 % de la population avait développé des anticorps face au Sars-Cov-2, et donc qu’au moins autant l’avaient contracté avant le mois d’octobre. En effet, alors que le président Jair Bolsonaro niait l’existence de l’épidémie, le virus avait eu le champ libre pour se propager très rapidement dans toutes les couches de la population, ce qui a largement débordé les capacités d’accueil des hôpitaux et tué plus de 1200 personnes par jour pendant plusieurs semaines dans les seules régions du Nord du Brésil que sont le Pará et l’Amazonas, où les images des fosses communes pour entasser les cadavres avaient alors fait le tour du monde.

Suite à cela, la population semblait effectivement avoir atteint une certaine immunité collective face au Covid-19, puisque, sans mesures prises pour freiner la propagation, le nombre de cas dans ces deux régions a naturellement chuté et est ensuite resté stable. Ceci jusqu’à l’apparition d’un nouveau variant à Manaus en décembre qui, contre les prévisions des experts qui avaient qualifié ces régions d’immunisées contre une nouvelle vague, a fait exploser le nombre de contaminations et a plongé la région d’Amazonas dans un nouvel épisode dramatique.

Aujourd’hui, alors que la population brésilienne est sur le podium des plus endeuillées du monde, avec près de 220 000 décès du Covid, le nombre de cas croît de nouveau exponentiellement et les services de soins de la ville sont submergés. Dans un reportage de Libération qui titre « Manaus, ‘capitale du Covid’ », une infirmière raconte que « Des patients viennent supplier d’être admis » à l’hôpital, où elle va travailler « même pendant les congés. Or tous nos services, et pas seulement les soins intensifs, sont bondés. Il y a même des malades assis, des malades debout ». Un habitant qui a perdu son père du virus témoigne : « C’est le chaos, on se croirait en guerre ».

Bien que l’étude qui annonçait 76% de personnes immunisées à Manaus ait été très critiquée comme incompatible avec la réalité de la recrudescence de l’épidémie, une récente étude de Science est venue enfoncer le clou et confirmer ces chiffres. « Nos données montrent que plus de 70 % de la population avait été infectée à Manaus environ 7 mois après l’arrivée du virus dans la ville. Ce chiffre est supérieur au seuil théorique d’immunité de la population ». L’étude soulève cependant que « de rares cas de réinfection ont été confirmés », ce qui s’expliquerait simplement par le fait qu’aucune politique de test massive qui pourrait confirmer des cas de recontamination ait été menée au Brésil : « seuls 2,7% des résidents de Manaus et 8,5% de ceux de São Paulo ont déclaré avoir effectué un test PCR en septembre » expliquent-ils. L’étude montrerait donc que le nouveau variant brésilien est capable de surpasser les défenses immunitaires développées après une première contraction du virus, ce qui annihile complètement l’idée d’une possible « immunité naturelle » des populations.

Or, alors que les grandes puissances impérialistes se disputent entre elles la totalité de la production des vaccins, les pays les moins développés, délaissés dans cette guerre des vaccins, et pour lesquels la stratégie à l’échelle mondiale était de les laisser développer une « immunité naturelle » d’ici un ou deux ans – stratégie qui causerait la mort de millions de gens –, seraient alors exposés à une boucle infernale de phases de contagions périodiques face à l’émergence de ces nouveaux variants insensibles aux défenses immunitaires. Des phases de recrudescence périodiques qui tous les 6 mois, emporteraient avec elles des centaines de milliers de personnes.

Et c’est bien du fait de la gestion scandaleuse de la crise sanitaire par le gouvernement Bolsonaro que les deux phases de l’épidémie ont été si catastrophiques pour la population brésilienne. En effet, depuis la première vague au Brésil, les conditions étaient réunies pour l’apparition d’un variant plus résistant et plus contagieux. L’absence totale de mesures sanitaires dans les régions frappées par l’épidémie, comme le montrent la proportion ridicule de tests effectués, ont permis au virus de se propager librement à travers l’ensemble de la population sur de très longues périodes. C’est cette exposition prolongée qui favorise sa capacité à muter et à résister aux défenses immunitaires produites par les premières vagues de contaminés, sur le même principe de sélection naturelle qui cause la perte d’efficacité des antibiotiques au cours du temps par exemple. Car en effet, bien que la catastrophe des milliers de morts journaliers ait pris fin en septembre, les chiffres de contaminations par jour ne sont jamais descendus en dessous des 5 000 nouveaux cas quotidiens. Et c’est ce contre quoi met en garde le rapport qui voit Manaus comme « une population "sentinelle", nous donnant une indication de ce qui pourrait arriver si on laisse le SRAS-CoV-2 se propager largement et sans aucune restriction. »

Cette perspective met donc encore plus en exergue le caractère criminelle de la stratégie vaccinale capitaliste qui non seulement exclut d’office du plan la majeure partie de la population mondiale qui devra se débrouiller sans vaccins, mais qui au nom de la propriété intellectuelle, et pour garantir les profits des grands laboratoires pharmaceutiques, est en plus incapable de produire suffisamment de vaccins pour immuniser d’un seul coup la population et tenter de stopper toutes possibilités de mutation du virus. En ce sens, la nationalisation du secteur pharmaceutique sous le contrôle des travailleurs est primordiale pour organiser la production des vaccins le plus efficacement possible pour en faire bénéficier l’ensemble de la population mondiale.




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