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Scandale sanitaire dans les établissements scolaires

Covid-19 dans l’Éducation : les enseignants du 93 multiplient les alertes face au déni de l’institution

Depuis la rentrée, comme partout en Île-de-France, les cas de contaminations au Covid-19 se multiplient dans les établissements scolaires du 93. Si, en cas de contamination, le protocole officiel rédigé par le Ministère de l’Éducation Nationale paraît clair – éviction des « cas contacts », recommandation de test, information aux personnels et au familles, fermeture éventuelle de classe – sur le terrain, les directions font tout pour cacher les nouveaux cas, négligent les mesures préventives de propagation du virus et mettent très clairement en danger les personnels, les élèves et leurs familles.

Y.L

jeudi 10 septembre

Crédit photo : Martin Bureau / AFP

Dès la pré-rentrée, des cas de contamination ont été déclarés dans plusieurs établissements de Seine-Saint-Denis. Dans certains cas, des mesures préventives sont prises, mais de manière très restreinte, dans d’autres, les personnels apprennent la présence de cas Covid dans l’établissement par le bouche à oreille et ne sont même pas prévenus par leurs directions.

Lycée Jean Rostand : des mesures préventives restreintes à la direction

Le lycée Jean Rostand à Villepinte a été fermé administrativement le lundi 7 septembre et le mardi 8 septembre : l’ensemble de la direction a été mise en mesure de quarantaine suite à la découverte de deux cas de Covid parmi les CPE. Le lycée a rouvert ses portes dès le mercredi 9 septembre avec l’envoi d’une équipe de direction de remplacement. Si des mesures préventives ont été prises pour l’équipe de direction, aucun dépistage systématique, ni mesure d’éviction n’ont été pour l’instant prévus pour les personnels présents lors de la pré-rentrée, et donc potentiellement « cas contact ». Les personnels avaient demandé à ce qu’un dispositif de test PCR soit mis en place localement pour tester l’ensemble des personnes et des élèves... Le lycée a rouvert ses portes alors que rien n’a été fait pour l’instant.

Droit de retrait des personnels à Eluard (Saint-Denis) et Roger-Martin-du-Gard (Epinay)

Même cas de figure au lycée Paul Eluard à Saint-Denis. Une partie de la direction a été mise en quarantaine cette semaine après un dépistage positif au Covid sur un membre de l’équipe. L’information transmise aux personnels a été succincte. Rien de prévu pour les éventuels « cas contact » parmi les autres personnels. Ce jeudi, une trentaine de collègue ont décidé d’exercer leur droit de retrait pour réclamer des dépistages, des masques et du gel hydroalcoolique, qui manquent encore dans les salles de classe. Dans leur communiqué, ils dénoncent « les conditions sanitaires dangereuses et la démission des institutions ». « Plusieurs élèves ont été dépisté-es positif-ves au SARS-COV-2 depuis la fin de la semaine dernière. Les camarades de leur classe n’ont pas été mis en quinzaine, les cours continuent de se dérouler sans que l’ARS ne prenne la moindre mesure de prévention » indiquent-ils.

C’est aussi le droit de retrait qu’ont exercé les enseignants du collège Roger-Martin-du-Gard d’Epinay lundi 7 septembre. La direction, informée d’un cas de Covid parmi les élèves dès mardi, attendra 4 jours et la pression des représentants syndicaux pour en informer les personnels, qui plus est de manière informelle... Aucune consigne sanitaire n’est donnée concernant les éventuels « cas contact », ni dépistage, ni mesure d’éviction. Face « au danger grave et imminent » et dans l’attente d’une réponse claire des autorités sanitaires et de l’éducation, les enseignants décident d’exercer leur droit de retrait. Ils attendent toujours une réponse.

Une rétention d’information sur les cas Covid dans les établissements

Pourtant, dans le protocole officiel de l’éducation nationale sorti vendredi 4 septembre, la démarche à suivre est claire. « Si un un élève est un cas confirmé Covid », la direction « informe tous les personnels et toutes les familles de la situation et il demande au personnels et aux élèves de la liste – dressée par l’Inspection Académique en lien avec l’Agence Régionale de Santé – de rester chez eux par précaution en attendant la liste définitive de l’ARS ».

Ce n’est pourtant pas du tout le cas sur le terrain. Au lycée Angela Davis (Saint-Denis), les personnels et les familles ont été prévenus par voie hiérarchique mais dans un délai d’une semaine après qu’un des personnels ait informé de ses résultats positifs au Covid. Ce sont les « cas contacts » qui, de leur propre chef, se sont déclarés auprès du chef d’établissement et ont décidé alors de se mettre en mesure d’éviction. Un élève a également été détecté positif au SRAS-COV2 et d’autres sont en suspicion.

Le grand écart entre le protocole officiel et ce qui est mis en place sur le terrain

En vérité, chefs d’établissements et agence régionale de santé se renvoient la responsabilité. Si c’est à l’ARS de dresser la liste des cas « à risque », le chef d’établissement est en devoir, préalablement, de dresser la liste et d’informer préventivement les « cas susceptibles d’être en contact » avec la personne contaminée. Visiblement, cette règle inscrite au protocole officiel ne correspond pas aux instructions que reçoivent et mettent en place les chefs d’établissement. Ces derniers attendent des consignes de l’ARS qui ne viennent pas.

Le devoir d’information rapide n’est pas respecté. Pis, dans certains établissements on soupçonne les directions de retenir les informations concernant les cas contacts pour éviter que personnels et élèves ne soient placées en mesure d’éviction et que des classes soient fermées.

En effet, les éléments de langage repris par les directions convergent : « nous suivons les directives de l’ARS et de l’Inspection Académique » (qui se font attendre voire ne donnent pas de suite) avant de prévenir les personnels ; « nous devons respecter le secret médical » ( qui n’empêche en rien de signifier de manière anonyme qu’un nouveau cas a été détecté) ; « nous nous en remettons au protocole qui restreint les « cas contact » aux contacts sans masques » ( l’absence de distanciation sociale ou le manque d’aération des espaces ne sont jamais pris en compte).

Les instances de l’éducation nationale engagent des décisions qui se font au mépris de la santé de personnels, des élèves et de leurs familles. L’épidémie a tué, en France, plus de 30 000 personnes. Pourtant, dans l’éducation comme ailleurs, la reprise du travail se fait à marche forcée en misant sur une stratégie criminelle d’immunité collective. Si la reprise des cours est essentielle pour les élèves, celle-ci ne doit pas se faire dans des conditions sanitaires au rabais.

Si vous aussi, vous souhaitez communiquer sur la situation dans votre établissement, contactez nous ou envoyez vos témoignages sur la boite mail : [email protected]




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