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Politique

Covid-19 à l’école : quand Blanquer ment ouvertement sur le nombre d’élèves contaminés

Interrogé vendredi matin sur RTL, Blanquer affirmait : « Aujourd’hui, on est à 3 528 élèves qui ont été testés positifs. A rapporter à 12 millions d’élèves. C’est un chiffre qui est maîtrisé ». Les données fournies par le ministère de l’Education nationale ne reflètent pourtant pas la dynamique de l’épidémie chez les jeunes et ne résistent pas à l’enquête menée par Checknews, la rubrique d’investigation du journal Libération.

mardi 10 novembre

Crédits : BERTRAND GUAY/AFP

Dans un contexte d’importante mobilisation des personnels de l’Éducation face à l’inconsistance du protocole sanitaire proposé par le gouvernement, Jean-Michel Blanquer se voulait rassurant la semaine dernière en expliquant que la situation sanitaire était contrôlée à l’école et que les cas de contaminations s’y faisaient rares.

Checknews, du journal Libération, dévoilait le 9 novembre les résultats de son enquête et concluait que les données du ministère étaient largement erronées et que « le chiffre donné par le ministère » était « un indicateur doublement trompeur. En valeur absolue, mais aussi en dynamique ».
Le 6 novembre dernier par exemple, à l’occasion du point hebdomadaire divulgué chaque vendredi par le ministère de l’Education nationale, celui-ci déclarait 3 528 cas chez les élèves, et 1 165 chez les personnels sur les quatre derniers jours. Un examen rapide révélait déjà l’insignifiance de ces données. Puisque rien que le 2 novembre selon Libération et les chiffres de Santé Publique France, 1 849 jeunes de 0 à 9 ans et 8 116 jeunes de 9 à 19 ans ont été contaminés. Déjà 3 fois plus en une seule journée que les estimations du ministère pour les quatre derniers jours. Si l’ on y ajoute les chiffres du 3 et du 4 novembre, 25 196 cas positifs de jeunes de 0 à 19 ans ont été déclarés. Soit un chiffre bien supérieur aux données rendues publiques par le ministère.

Ces différences entre les chiffres annoncés par le ministère et ceux constatés par Santé Publique France sont plus importantes encore au niveau régional et ce à un niveau risible. Ainsi dans les académies de Dijon et Besançon, le rapport est de 1 à 20. Le 6 novembre les rectorats de Dijon et Besançon rendaient publiques les chiffres propres à la propagation du virus. Les deux académies constataient respectivement 50 nouveaux cas positifs pour les élèves sur les sept derniers jours. Un chiffre dérisoire dont se gargarisait la rectrice Nathalie Albert-Moretti qui affirmait que cela montrait « l’efficacité du protocole sanitaire ». Pourtant, entre le 30 octobre et le 4 novembre, l’institut Géodes recensait entre le 30 octobre et le 4 novembre (soit une période de 6 jours) 370 nouveaux cas chez les 0-9 ans et 1 709 nouveaux cas chez 9-19 ans et donc un chiffre 20 fois supérieur à celui communiqué par le rectorat. Et alors que les deux académies communiquaient sur la baisse du nombre de cas positifs à l’école, quand le nombre aurait été divisé par trois au regard du bilan du 16 octobre dernier, en raison d’un protocole sanitaire qui montrerait ses « véritables effets » la réalité est toute autre. Ainsi selon Libération, le nombre de cas positifs dans la période n’aurait non pas été divisé mais multiplié par trois.

Les données du ministère sont mensongères donc en terme de valeur absolue mais aussi quand il s’agit de traduire la dynamique épidémique. Ainsi les chiffres du ministère font état d’une stabilité du nombre de contaminations depuis le 18 septembre dernier. Ainsi le 18 septembre, il notait 5 056 élèves positifs sur 7 jours, quand le 6 novembre (dernier bulletin public du ministère) il était question de 3 528 élèves positifs sur quatre jours. Or d’après les chiffres fournis pas les laboratoires et enregistrés dans SI-DEP (Système d’information de Dépistage) le nombre de contaminations hebdomadaires pour les jeunes de 0 à 19 ans a en réalité quadruplé sur la même période.

Contacté, le ministère de l’Education nationale tente de se justifier en avançant que les chiffres qu’il publie proviennent « des remontées des académies, et des Agences régionales de Santé ( ARS) » et avance deux explications possibles pour expliquer cet écart dans les chiffres. Il y aurait dans les chiffres de Santé Publique France des élèves comptabilisés qui ne seraient pas scolarisés, notamment chez les 0-3 ans et parmi ceux ayant quitté le système scolaire avant 19 ans. L’explication peine à convaincre quand les 0-3 ans sont peu testés (hormis quelques cas exceptionnels) et que le nombre d’élèves déscolarisés de moins de 19 ans ne permet pas de légitimer une telle différence. La deuxième explication ne persuade pas davantage. L’Education nationale avance qu’elle n’a pas le droit d’obtenir des informations sur la santé des élèves et qu’elle ne peut donc que recenser des cas signalés par les parents ou remontés à son ministère par l’ARS. En définitive, la conclusion est identique, il est impossible de faire confiance aux chiffres publiés par le ministère.

Jean-Michel Blanquer et son ministère semblent donc prêts à toutes les bassesses pour faire avaler un protocole sanitaire risible et sans moyen, prétendant « choyer » les professeurs quand il les envoie en première ligne sans protection. Depuis une semaine, il semble que ce mépris ait mis le feu aux poudre. La double injure qui a été faite aux enseignants, de l’hommage bâclé à leur collègue Samuel Paty à ce protocole sanitaire insuffisant, a réveillé la colère. Aujourd’hui de nombreux enseignants et personnels d’éducation manifestaient pour exiger des mesures à la hauteur de la situation épidémique.

Face à ce gouvernement, qui publie des bulletins mensongers et cultive l’opacité sur les cas de contaminations, il s’agit pour les travailleurs de l’éducation nationale de s’organiser pour que la dynamique, entamée la semaine dernière, de constitution des protocoles sanitaires par en bas soit étendue et approfondie. Face à cette situation où rien n’est fait par le gouvernement, des comités d’hygiènes pris en charge par les professeurs, agents, personnels d’éducation et parents d’élèves devraient prendre les choses en main pour imposer partout des classes dédoublées, la distanciation physique, la distribution de masques et gels, l’augmentation des effectifs d’agents de nettoyages, surveillants et professeurs en recensant collectivement les besoins matériels et humains sur chaque établissement ainsi que la transparence absolue sur la dynamique épidémique pour que le cas échéant ils puissent décider si oui ou non la situation est acceptable.




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