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Covid, manque de nourriture et d’eau potable. Prémisses d’une catastrophe à Mayotte

Alors que l’épidémie de dengue frappe Mayotte, le Covid-19 menace aussi l’île d’une vague mortelle. Les conditions sanitaires y favorisent la propagation du virus et l’Etat français en est responsable par sa gestion de la crise catastrophique, a fortiori dans ses territoires sous domination coloniale.

mardi 21 avril

 Crédit photo : Ali Al-Daher. AFP 

L’île de Mayotte fait partie de la République des Comores, constituée de quatres îles au nord-ouest de Madagascar, dans l’Océan indien. Les Comores étaient une colonie française dont l’indépendance a été déclarée en 1975 ; or Mayotte se situe juste au niveau du Canal du Mozambique où se trouvent des gisements importants de gaz et pétrole. La France a tout fait pour garder main mise sur Mayotte et ses précieuses ressources, déstabilisant les pouvoirs successifs suite à l’indépendance des Comores. Dans la constitution de la République des Comores, Mayotte est donc administrée par l’Etat français. Celui-ci dispose par conséquent des gisements de gaz et de pétrole du territoire marin par la détention de la Zone Économique Exclusive (ZEE) qui interdit tout autre pays d’y mener ses activités. 

Cette ingérence de l’impérialisme français à Mayotte a déstabilisé toute l’économie de l’île et des Comores en général. Étant sous la domination française uniquement intéressée par les ressources qu’elle y pille, l’Etat n’y investit pratiquement rien : le PIB par habitant est de 9 220 € par an (soit 768€ par mois), le taux de chômage est à 30% et les structures publiques sont en sous-développement.

Dans les hôpitaux, Macron affirmait qu’il n’y avait que 171 lits et que ce nombre a été augmenté à 310. Cela permet selon lui de gérer convenablement la crise alors que l’île compte plus de 2,7 millions d’habitants. 311 ont été testés positifs et 27 nouveaux cas ont été recensés rien que ce mardi. Les structures de santé sont délabrées puisque l’Etat français n’y investit presque rien et ne permettent pas de traiter les patients, favorisant le développement inquiétant de grands foyers de contamination au vu de la propagation rapide du virus. Alors que la contamination guette tout le continent africain, il y a en même temps une épidémie de dengue transmise par les moustiques qui ravagent l’île avec plus de 3 163 cas confirmés depuis le début de l’année – pour ceux qui ont été testés, or on sait que ce chiffre est en réalité beaucoup plus important, dans la mesure où très peu de tests sont réalisés.

A ce sujet, Mediapart relaie le témoignage d’Alexandre, enseignant dans le centre de l’île : « L’épidémie de dengue frappe dur, comme il n’y a pas beaucoup de tests, personne ne sait si les symptômes sont ceux de la maladie transmise par le moustique ou le Covid-19. Personnellement, j’ai été très malade il y a dix jours : j’ai appelé le Samu à plusieurs reprises mais ils m’ont toujours découragé de me faire tester. Ils m’ont dit que je prenais un risque à sortir, j’ai attendu que ça passe. »

Cette situation est inquiétante selon les chiffres de l’INSEE, qui rapporte que le risque de mortalité à Mayotte a augmenté de 30% en mars, ne sachant pas s’il faut l’attribuer à la dengue ou au Covid-19. On peut ainsi s’attendre à une vague mortelle de Covid-19 pour des milliers de Mahorais. 

Les seules mesures qui sont prises face à cela sont un couvre-feu autoritaire assuré par l’armée française et la mise en quarantaine de ceux qui arrivent sur l’île depuis l’étranger. Cela ne répond pas aux besoins de la population là où la faim ravage les familles alors qu’une pénurie menace le continent africain et l’accès à l’eau n’est pas courant. Il y a en effet des fontaines publiques mais elles sont payantes et les coupures sont fréquentes. Ainsi, des trafics de ravitaillement sont organisés dans une grande précarité pour la population.

La ministre des Outre-mer Annick Girardin a fait appel à La Croix Rouge et l’Armée pour mettre en place une aide alimentaire. De plus, le gouvernement français estime ainsi que 150 fontaines suffiraient au ravitaillement d’eau.

Alexandre, l’enseignant que nous citions plus haut depuis l’article de Mediapart, témoigne encore une fois de l’état des établissements scolaires et par conséquent de la politique criminelle du gouvernement, exacerbée dans un territoire soumis à l’impérialisme français : « la réouverture des écoles le 11 mai serait une pure folie. Le seul avantage, c’est que les enfants pourraient avoir leur collation et elle représente bien souvent le seul repas de leur journée. Autrement, il faut bien avoir conscience que les effectifs sont délirants à Mayotte. Les conditions sanitaires dans les établissements scolaires sont absolument dégueulasses, et le respect des gestes barrières une chimère ».

Cela est vrai à Mayotte comme dans les autres « territoires d’Outre-Mer » comme en Guadeloupe.

La gestion de la crise par l’Etat français sur le territoire métropolitain est catastrophique, accumulant irresponsabilités, mensonges, cadeaux au patronat et attaques contre le droit du travail. Dans son discours du 19 avril, Edouard Philippe affirmait que « des caractéristiques propres à l’Outre-mer rendent la situation sanitaire très fragile ». La situation dans les « DOM-TOM », ainsi que sur le continent africain, est en effet particulièrement difficile mais pas par des caractéristiques propres à ces territoires comme l’affirme le Premier Ministre, sinon directement à cause de l’impérialisme français qui créé ces conditions de misère. À Mayotte comme ailleurs, l’auto-organisation démocratique des travailleurs, des jeunes et de la population peut ainsi déboucher sur une gestion de la crise au service des besoins la majorité et non pas au service des intérêts économiques de l’Etat français qui pille les ressources de gaz et de pétrole.




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