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Politique

Offensive sécuritaire

Criminalisation des jeunes. À Strasbourg, couvre-feu et garde à vue pour un jeune de 15 ans

Après avoir annoncé l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans dans l’agglomération de Strasbourg pour le jour de l’an, la Préfecture a mis en garde-à-vue un jeune de 15 ans pour avoir insulté la préfète suite à cette décision : des mesures sécuritaires inédites, qui s’inscrivent dans l’arc de mesures criminalisant les jeunes, en particulier des quartiers populaires.

mercredi 15 décembre 2021

Crédits photo : MARTIN BUREAU / AFP

Le 31 décembre, la Préfecture du Bas-Rhin prend toutes ses précautions : elle met en place un couvre-feu de 22H à 6H pour les jeunes de moins de 16 ans, dans l’agglomération de Strasbourg. Une mesure inédite, qu’elle justifie pour prévenir des « violences et dégradations urbaines régulièrement observées dans l’agglomération de Strasbourg la nuit du Nouvel An depuis 1997. » La Préfecture avait déjà mis en place un arrêté début décembre interdisant la vente et l’utilisation « d’artifices de divertissement. » S’ils expliquent la baisse d’incidents l’an passé par le couvre-feu qui était en place, ce dispositif est expliqué par le fait que les mineurs seraient particulièrement impliqués dans les violences urbaines. Une explication que Dupond-Moretti, le Garde des Sceaux, partage : « La délinquance des mineurs est davantage marquée par la violence, c’est une absolue certitude », avait-il déclaré sur FranceInter le 11 mai 2021.

Cette décision de mettre en place un couvre-feu pour les mineurs s’accompagne d’ores et déjà d’autres mesures visant à criminaliser les jeunes. En effet, un mineur de 15 ans a exprimé son désaccord avec la Préfète Josiane Chevalier sur Facebook, publiant : « Josiane Chevalier, couvre feu à 22h le soir de nouvel an pour les moins de 16 ans, sérieux ? Je vous chie à la raie vous et votre couvre feu. » Après qu’un internaute ait commenté « Chevalier au fond du Rhin », le jeune aurait répondu « au fond d’un trou dans un cimetière plutôt ».

Dès le lendemain, alors qu’il est à la patinoire, il lance une vidéo en direct sur Facebook, où il raconte que la police est chez lui, déjà en train de fouiller sa chambre : « Mon père m’a dit de rentrer, il y a la police qui est chez moi, ils sont en train de fouiller ma chambre suite aux commentaires et au post Facebook contre la préfète que j’ai fait. »

Une situation qui prend une ampleur à laquelle le jeune ne s’attendait pas. On entend la police lui parler dans sa vidéo :

« Il est 20h50, vous êtes placé en garde à vue pour menace de mort. Vous voyez de quoi je parle ? Ton téléphone, tu me le donnes. J’espère que t’es pas en train de filmer sinon ça va m’énerver. »

Après qu’ils aient retourné sa chambre, fouillé son ordinateur, son téléphone et toutes ses cartes mémoire, il passe la nuit au commissariat et près de 18 heures de garde-à-vue. Au micro de Rue89Strasbourg, il témoigne : « J’ai dépassé les limites de la liberté d’expression, ok. Mais perquisitionner un jeune chez sa famille, à 21h un vendredi soir, je pense que c’est abusé. C’est choquant pour mes parents. Des insultes sur les réseaux sociaux, il y en a des milliers tous les jours. J’ai sincèrement l’impression qu’ils voulaient me faire taire parce que je suis un militant. »

En effet, le jeune était connu sur la ville pour filmer et partager auprès de ses followers les manifestations sur l’agglomération. Dans ce contexte, la mise en place du couvre-feu et cette garde-à-vue apparaissent comme de véritables avertissements et menaces de mise au pas pour la jeunesse.

Alors que les campagnes présidentielles sont polarisées par les débats sur l’insécurité et que les différents candidats jouent la surenchère, sur fond de crise sanitaire qui a été le prétexte de mesures liberticides, on voit une véritable banalisation de ce type de mesures répressives. Si la macronie le justifie en expliquant qu’on est face à « une société de plus en plus violente », comme l’avait affirmé Macron sur BFMTV lors de son déplacement dans le Lot, il s’agit en réalité de renforcer l’appareil répressif de l’État à coup de mesures sécuritaires, liberticides et d’augmentations de budget pour la police. Si la Préfecture explique cette prise de décision pour limiter les rassemblements sur la voie publique en raison de la haute circulation du virus parmi les jeunes, c’est une nouvelle fois une manière de museler la jeunesse et de ne lui laisser aucun moment de répit dans ce contexte de Covid déjà particulièrement difficile à vivre pour toute une génération. La Préfecture prévient : les mineurs « pourront être reconduits à leur domicile par les forces de l’ordre » qui informeront le parquet de Strasbourg « de tous les faits susceptibles de donner lieu à l’engagement de poursuites ainsi qu’à la saisine du juge pour enfants ».

Si cette mesure peut probablement être suivie dans d’autres métropoles, nous refusons ce musellement et ces décisions liberticides, qui, derrière l’argument de la crise sanitaire viennent en réalité encore une fois criminaliser les jeunes.




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