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Crise climatique : l’Europe en proie à des incendies monstres

La France est particulièrement touchée par une vague de chaleur sans précédent, avec des températures records et d’impressionnants mégafeux dans le sud-ouest. En France, dans l’État Espagnol, en Grèce, au Portugal, les grands incendies se multiplient. C’est un véritable désastre climatique qui frappe toute l’Europe, avec de gigantesques surfaces brûlées. Symptômes du réchauffement climatique, ces incendies pointent également la responsabilité de la course aux profits et des politiques d’austérité des gouvernements.

mardi 19 juillet

Crédits photo : AFP

Un désastre majeur

Des milliers d’hectares de forêts partis en fumée – l’équivalent de deux fois la surface de Paris, selon Mediapart –, plus de 30 000 personnes évacuées… Les incendies en Gironde ont pris une ampleur terrible et inédite ces six derniers jours. Des feux d’une taille affolante dévorent les forêts girondines, du « jamais vu » selon le chef de corps du service départemental d’incendie et de secours de Gironde. Les deux principaux feux s’étendent à Landiras sur 14,5 km de long et 9km de large, à Teste-de-Buch sur 9 km de long et 7km de large. De nombreuses personnes ont été forcées de quitter leur domicile ou location de vacances. Calfeutrés, les habitants restants, en particulier les plus vulnérables, se sont vus recommander par la préfecture de passer le moins de temps possible dehors, en raison des fumées noires et dépôts de cendres.

Quant aux Landes, elles sont touchées par une forte vague de chaleur, avec des températures qui pourraient atteindre jusqu’à 43 ou 44 degrés dans la forêt landaise.

C’est une situation inédite et historique qui touche la France à l’heure actuelle, et particulièrement inquiétante, conséquence du dérèglement climatique global. Fin juin déjà, plus de 1 250 hectares avaient brûlé dans les Pyrénées-Orientales. Le 18 juillet, 15 départements de la façade atlantique ont été mis en vigilance rouge pour canicule. On enregistre des records de températures en Bretagne et, dans le Finistère, 14 000 hectares de végétation ont brûlé dans l’incendie des monts d’Arré le 18 juillet. Dans les Cévennes, un mégafeu s’est déclenché à partir du 7 juillet, emportant 650 hectares en 48 heures. En fait, tout le sud de la France est actuellement en danger d’incendie, et le pays tout entier est en proie à la canicule.

Ces chiffres impressionnants ne sont qu’un aperçu de ce qui nous attend pour les années à venir : nous sommes touchés, un peu après d’autres pays, par des épisodes de sécheresse et de chaleurs extrêmes qui risquent de toujours plus augmenter avec le réchauffement climatique.

Ainsi, d’autres pays d’Europe sont également touchés par le désastre. En Grèce, où les incendies sont fréquents chaque année, ce sont une cinquantaine de feux qui se déchainaient à la mi-juillet, provoquant l’évacuation préventive de 7 villages en Crète et la mort sur l’île de Samos lors d’un crash de leur appareil de deux membres d’équipage d’hélicoptère qui luttaient contre un feu de forêt.

Dans l’État Espagnol, presque tout le pays restait ce lundi 18 juillet en alerte au plus haut niveau de risque d’incendie. Plusieurs parties du pays sont touchées, du sud au nord-ouest, avec pour bilan partiel 4 500 hectares de terres. Deux personnes ont trouvé la mort dans les flammes : dimanche, un pompier dans la province de Zamora, dans le nord-est de l’Espagne ; lundi, un berger de 69 ans dans le nord-ouest.

Quant au Portugal, où des records de chaleur ont été battus avec des températures allant jusqu’à 46,3 °C à l’ombre, les feux ont ravagé environ 15 000 hectares de forêts depuis le début de la canicule. En cette année 2022, plus de 30 000 hectares ont brûlé : un record depuis juillet 2017, année frappée par des feux de forêts qui avaient fait une centaine de victimes. Selon le bilan connu, il y aurait à ce jour 2 morts et une soixantaines de blessés. Presque tout le territoire présentait ce 17 juillet un risque « maximal », « très élevé » ou « élevé » aux incendies.

Des incendies prévisibles

Cette situation découle directement de la crise climatique, qui apparaît plus que jamais au grand jour et dont les conséquences touchent toujours plus durement les populations et l’écosystème. Les épisodes climatiques extrêmes tels que la canicule actuelle sont un des facteurs majeurs de l’accélération et l’aggravation des feux de forêts.

Ces évènements étaient, une fois de plus, prévisibles : le dernier rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publié en février dernier alertait sur les conséquences toujours plus nombreuses à prévoir du changement climatique : vagues de chaleur, pertes de rendements dans l’agriculture, pénurie d’eau, inondation… Le rapport pointait le risque de voir se multiplier les phénomènes exceptionnels tels que celui qui ravage en ce moment les forêts de Gironde. Une autre étude, parue en 2019 et faisait le lien entre le changement climatique et la multiplication des feux, en particulier dans le sud-ouest de la France.

Face à l’augmentation de ces phénomènes, les autorités des différents pays n’ont rien anticipé. Pire, les politiques d’austérité ont directement altéré les dispositifs de prévention. Ainsi, en Grèce, depuis la crise de 2008, le budget alloué à la prévention des feux de forêt a été drastiquement réduit, comme nous le soulignions dans un article de 2021.

Face à leur incapacité à prévenir et éteindre les incendies, les États pointent la responsabilités individuelles. Interpellation d’un suspect soupçonné d’avoir déclenché l’incendie de Landiras, interdictions ciblées… autant de mesures qui passent à côté des véritables causes des incendies.

Dans l’État Espagnol, où un feu de forêt a détruit près de 23 000 hectares près de la frontière avec le Portugal, les habitants se sont mobilisés contre l’absence de mesures des autorités locales face au changement climatique : ils ont manifesté à Zamora, contre la gestion défaillante. Alors que le niveau maximum d’alerte incendie avait été déclaré dans la zone touchée, le syndicat UGT souligne ainsi que « tous les employés dont dispose le gouvernement régional de Castille-et-Leon auraient dû être disponible et en alerte. Seul 25 % l’étaient ». Le protocole d’intervention du gouvernement local, vieux de 23 ans, ne tenait pas compte de la crise climatique aux étés de plus en plus chaud, plus longs et plus précoces.

Des gens de tous les villages se sont organisés collectivement, surtout via des groupes Whatsapp, pour « se structurer, élire des représentants, s’accorder sur des sujets. ». Et de pointer l’une des causes des mégafeux et de leur extension : les monocultures, ici celle des pins – comme dans les Landes – qui sont plantés car idéals pour des raisons économiques… et ont la particularité de flamber à toute vitesse. Les populations sur place sont aux premières loges pour constater les dégâts et l’aberration écologique que constituent ces monocultures.

L’UGT dénonce également une campagne de prévention et d’extinction des incendies à la gestion comptable et court-termiste. Il s’agit de faire le plus possible d’économies, tant humaines que matérielles.

De la même manière qu’en Grèce, les politiques d’austérités ont fait baissé au fil des années le budget de prévention contre les incendies, qui était passé de 110 à 95 millions d’euros entre 2011 et 2012. La même année, à l’été 2012, les incendies avaient durement frappé l’État Espagnol, avec une gestion forestière fragilisée par la réduction des budgets. Lors des manifestations contre les plans de rigueur du gouvernement, il n’était pas rare de voir en tête de cortège des pompiers dénonçant la baisse des effectifs, l’augmentation des heures de service et la privatisation de la lutte anti-incendies.

En France, la question des effectifs et des équipements se pose également. Au vu des prévisions météo et des températures exceptionnellement hautes de ce mois de juillet, il était possible de prévoir et de limiter les dégâts.

Là aussi, les économies sont de mises, et on manque de Canadair, comme le déplorent les élus de mairies en Gironde, de mécaniciens, de pièces détachées. Le porte-parole du Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile,cité par l’AFP soulignait que le nombre de pilote et d’avions étaient insuffisants, et que nombre de ces derniers, vieillissants, parfois vieux de 25 ans, étaient cloués au sol pour des opérations de maintenances.

À l’été 2019, c’était 85 % des sapeurs-pompiers professionnels qui avaient fait grève contre le manque d’effectif et de moyens.

Dans un document adressé aux candidats à l’élection présidentielle de 2022, la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) avait déjà alerté et réclamé la « la modernisation de la flotte des 12 avions CL 415 ’Canadair’, âgés pour les deux tiers de plus de 25 ans », soulignant que chaque année on leur demandait plus de missions – notamment d’aide à la personne – avec toujours moins d’effectifs.

La catastrophe est évitable

Comme nous l’écrivions précédemment, le dérèglement climatique n’est autre que la conséquence désastreuse de l’exploitation capitaliste de la nature et des hommes. Plus que jamais, il est urgent de développer une réponse radicale et révolutionnaire.

Dans l’immédiat, il faut donner les moyens aux sapeurs-pompiers qui s’affrontent aux feux : contre la casse des services publics de prévention et de lutte contre les feux de forêts, démantelés par les gouvernements successifs. Aucune économie ne peut se faire dans ce domaine. Face aux températures extrêmes, ce sont une fois de plus les travailleurs, et en particulier les plus précaires, qui seront en première ligne.

Ce sont aussi eux qui peuvent, collectivement, se réapproprier leur outil de production, précisément parce qu’ils sont les seuls à être capable de voir comment s’en emparer pour prévenir et éviter les catastrophes.

Selon le GIEC, il faudrait, pour maintenir la hausse des températures sous le seuil critique de 1,5°C, réduire les émissions de gaz à effet de serre de 43% d’ici à 2030 : un défi dont sont parfaitement incapables les capitalistes, pour qui toute défense qui ne sert pas leurs profits est inutile, et les gouvernements à leur service, qui refusent de toucher au moindre de leur bénéfice, préférant s’attaquer aux dépenses publiques à coups de mesures austéritaires.

Contre l’hypocrisie des petits gestes et des responsabilités individuelles, bien pratiques pour masquer les responsabilités, bien réelles, de ceux qui pèsent dans l’économie mondiale et qui sont décidés à préserver leur profits coûte que coûte, fussent-il pour nous entraîner dans leur chute ; face à un système ne nous laisse entrevoir comme seul horizon qu’une apocalypse climatique : il ne nous reste d’autre choix que de nous préparer à le renverser.



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