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Du Pain et des Roses

Patriarcat et Coronavirus

Crise du coronavirus : plus de risques pour les femmes

Dans le monde entier, les femmes sont les plus exposées aux conséquences de la crise sanitaire déclenchée par le coronavirus. En cause, la forte féminisation du secteur de la santé, la précarisation et le travail non-rémunéré dans le domaine du care.

vendredi 20 mars

Photomontage : Juan Atacho

La crise sanitaire déclenchée par le Coronavirus a mis en évidence l’état du système de santé dans de nombreux pays, après plusieurs décennies de privatisations et de coupes budgétaires. Les conditions de vie de la majorité de la population et les grandes inégalités apparaissent au grand jour dans des situations de crise comme celles qui traversent l’Italie, la France, l’État Espagnol ou les États-Unis.

Un des cas les plus paradigmatiques est celui des États-Unis, pays sans système de santé publique, où le nombre de contaminés peut se multiplier rapidement face à l’impossibilité de la majorité d’accéder aux tests de dépistage payants. Cela s’accompagne de l’effet domino de la crise économique, qui frappe en premier les travailleur.se.s des services, majoritairement précaires, qui sont d’ores et déjà entrain de perdre leurs emplois, sans aucune indemnisation ni accès à la santé. Que va-t-il se passer si ces personnes sont contaminées ?

Pourquoi est-ce que les femmes seront sûrement au coeur de la crise ?

Le virus touche toutes les personnes, sans distinction de genre. Par ailleurs, certaines données sur la mortalité en Chine (point de départ du virus) montrent que le taux de mortalité est plus élevé parmi les hommes. Cependant, d’autres raisons peuvent faire que le virus affecte de manière disproportionnée les femmes.

Il existe deux motifs principaux qui expliquent une exposition des femmes plus élevée aux conséquences de la crise sanitaire. Premièrement, les femmes occupent la majorité des emplois dans le secteur de la santé, en particulier dans le secteur infirmier et le nettoyage. L’autre raison est la surreprésentation des femmes et des jeunes filles parmi les personnes qui réalisent les tâches du care, de manière non-rémunérée ou/et dans des conditions précaires.

En Chine, la majorité du personnel de santé est féminin. Du côté du personnel infirmier le chiffre parle de lui même : plus de 90% des infirmier.ère.s sont des femmes. Parmi les médecins, elles en représentent la moitié. Le Comité National de Santé chinois a relevé les données sur le personnel de santé envoyé à la province de Hubei (Province de la ville de Wuhan, épicentre de la crise dans le pays) pour faire face à l’épidémie : parmi 42 600 professionnels, 28 000 sont des femmes.

Cette situation se répète dans presque tous les pays. Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 70% des travailleur.se.s de la santé sont des femmes. L’écart de salaire dans le secteur s’élève à 28%, celui-ci s’explique en grande partie par la disponibilité horaire des femmes pour travailler en dehors du foyer. Les femmes travaillent plus souvent à mi-temps et avec des horaires flexibles, ce qui ne veut pas dire qu’elles travaillent moins d’heures. Pour compléter le salaire à temps plein, elles doivent souvent avoir plus d’un emploi.

En France, les femmes sont majoritaires dans le secteur de la santé. La profession d’infirmier compterait 87% de femmes. Dans l’éducation nationale les femmes représentent 68,3 % de l’ensemble du personnel et les branches féminines ont tendance à être celles où les salaires sont les plus bas. En général, les secteurs impliqués dans les tâches de soins et d’éducation traditionnellement "féminines" tendent à avoir des taux plus élevés de précarité et de longues heures de travail, et dans les deux cas, il y a des niveaux élevés d’épuisement professionnel (burn-out).

Les femmes sont celles qui effectuent principalement les tâches du care non-rémunérées. Les coupes budgétaires et la privatisation de secteurs du care comme la santé et les centres de soin des personnes âgées ou malades, multiplient les nombreuses tâches non-rémunérées réalisées majoritairement par les femmes, souvent après leur journée de travail en-dehors du foyer. Ce phénomène ne provient pas de la crise actuelle, mais il est le résultat des mesures appliquées pour y faire face, comme par exemple, la fermeture des écoles, la saturation du système de santé et de soins, entre autres.

Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 76,2% des personnes qui réalisent les tâches du care non-rémunérées sont des femmes et des jeunes filles. Si l’ont revient à l’exemple chinois, le pourcentage s’élève à 80%.

Selon les derniers chiffres d’Eurostat et de l’Office fédéral allemand de la statistique de 2018, en France les femmes réalisent à 80% les tâches domestiques (cuisines et tâches ménagères) contre 36% des hommes. En outre, un facteur important, est la difficulté de mesurer statistiquement l’ajustement des tâches domestiques.

Dans un contexte d’augmentation de la précarité et de baisse des revenus, les tâches domestiques tendent à s’intensifier, du fait de devoir remplacer les produits achetés sur le marché par une prise en charge par le foyer, pour réduire en dépenses. Parmi ces produits on trouve l’élaboration d’aliments, la prise de soin des enfants et des personnes âgées ou les tâches de nettoyage.

Une combinaison explosive

La crise sanitaire éclate dans ce contexte compliqué pour les femmes et rempli d’inégalités. Les mesures prises par les gouvernements, même lorsqu’elles sont justifiées vu le niveau de crise atteint par négligence des gouvernements capitalistes, comme la fermeture des écoles, faisant partie du lot de politiques insuffisantes et tardives, peuvent donner lieu à une multiplication des inégalités. Josefina Luzuriaga signalait ce problème dans un récent article :

« Si le fait de ne pas aller travailler pour garder les enfants ou les malades n’est pas garanti par des arrêts de travail, et, en même temps si l’épidémie continue à frapper l’économie et provoque la chute des profits, des licenciements massifs vont sûrement arriver.Cela sera encore plus grave pour les personnes qui occupent les emplois les plus précaires, secteur où la proportion de femmes est deux fois plus importante que celle des hommes. »

Les perspectives des secteurs de travail du care rémunéré, ne sont pas meilleures, puisqu’il s’agit d’emplois précaires et de bas salaires. La majorité des soignantes sont des femmes et migrantes. Les conditions de travail sont souvent plus précaires et face à l’absence de droits d’auto-organisation et de syndicalisme ; personne ne garantit leur santé, ni leur sécurité dans l’emploi. La situation des travailleuses domestiques (ce qui inclut les soins) est similaire. Il s’agit d’une branche presque entièrement féminisée et sans droits syndicaux (avec un taux important de travail non déclaré) ce qui les laisse sans protection contre les situations d’urgence. Si l’on ajoute à cela l’impact de la crise économique, la situation s’aggrave, surtout après le refus du gouvernement de reconnaître leur droit à une prime pour pallier une partie de la perte de pouvoir d’achat.

Comme il arrive souvent pendant les crises économiques, sociales ou sanitaires, l’inégalité tend à s’accentuer et les mauvaises conditions de vie et de travail s’empirent. Les sociétés, comme les nôtres, organisées autour des profits des capitalistes et non pas de la vie de la majorité de la population, sont totalement démunies face à cette situation d’urgence.

Une traduction de Cris de la Bahia




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