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Monde

Crise du multilatéralisme : Trump officialise la sortie des Etats-Unis de l’OMS

Dans la continuité des annonces du confinement, Trump claque officiellement la porte de l'OMS. Une sortie qui marque un pas supplémentaire dans la crise du multilatéralisme et qui cristallise les tensions avec la Chine.

mercredi 8 juillet

En pleine pandémie Trump annonçait suspendre la contribution financière des Etats-Unis à l’OMS ; il a officiellement notifié à l’ONU sa décision de quitter l’OMS ce mardi. Décision qui sera effective dans un an, à savoir le 6 juillet 2021 selon les Nations unies. Ce retrait est conditionné aux résultats des prochaines élections présidentielles en novembre prochain. Joe Biden, le candidat démocrate présumé, a déclaré mardi que s’il était élu, il rejoindrait immédiatement l’organisation et "rétablirait notre leadership sur la scène mondiale".
 

Quelles vont être les conséquences ?

 
Les États-Unis, principal pays fondateur et premier contributeur financier de l’OMS (entre 400 et 500 millions de dollars par an contre 40 millions de dollars pour la Chine par exemple), effectuent des paiements obligatoires et des dons volontaires, plus importants. L’ensemble de ce financement représente environ 15% du budget de l’agence selon le WashingtonPost. Les nouvelles contributions avaient déjà été coupées par Trump en avril dernier mais ce départ met en danger les dons volontaires mais pour ce qui est des paiements obligatoires, plus connus sous le nom de « contribution imposée », leur amputation est conditionné à l’accord préalable du Congrès. Les conséquences aujourd’hui semble davantage être d’ordre diplomatique. La Chine a d’ailleurs dénoncé mercredi la décision de Washington en l’accusant d’adopter un comportement « égoïste » et de mettre en danger les pays en voie de développement.

Finalement, sans siège à la table, les États-Unis s’auto-excluent des discussions autour des réponses collectives à apporter face au coronavirus, sur le développement de vaccins, autour de la prochaine menace émergente mais aussi d’informations capitales comme le subi actuellement Taïwan, exclu par Pékin de l’OMS dans le but de conserver une position impérialiste sur ce dernier.

Une logique de repli qui se routinise chez Trump, lui qui remet également en question les financements nationaux de l’ONU et de l’OTAN, et qui s’est déjà retiré de l’accord de Paris sur le climat.

La guerre froide Washington-Pékin

 
La nomination du directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus avait fait des émois des ses débuts en 2017, considéré comme le représentant de l’hémisphère Sud sur le plan international et élu grâce au soutien de Pékin. Son discours pro-Chine est sans ambiguïté : « La Chine mérite notre gratitude et notre respect. Je ferai l’éloge de la Chine encore et encore ». Face à cela, Trump, principal belligérant de la Chine, tous deux engagés dans une guerre commerciale s’agite : « Je pense que l’OMS devrait avoir honte, ils sont devenus les portes paroles de la Chine. Le mensonge chinois a permis à la maladie de contaminer le monde entier  ».
 
Cette position permet à Trump de faire diversion sur sa gestion de crise désastreuse tout comme cela lui permet de justifier et d’approfondir sa tendance isolationniste et de préparer les prochaines attaques commerciales et diplomatiques. En mai dernier, Trump avait déjà voulu rompre définitivement ses relations diplomatiques avec la Chine afin de rouvrir les hostilités commerciales avec cette dernière. Dans cette situation, la décision de l’administration Trump n’est pas étonnante.

Que relève plus profondément ce « choc planétaire » ?

 
Cette annonce est très impopulaire que ce soit auprès de la communauté internationale ou chez les américains. Beaucoup parlent de la "pire période pour quitter l’OMS". Cette réaction radicale relève en réalité de l’isolement croissant de Trump suite à la période de Covid-19 où sa gestion de crise a été une des plus dévastatrices alors qu’il est aux commandes de la première puissance économique mondiale. De plus, Trump joue sa réélection sur une droite tolérante avec sa base raciste ; les mobilisations anti racistes qui ont fait suites à la mort de George Floyd l’obligent à adopter une position défensive et mettent à mal ses ambitions.

Si le départ des Etats-Unis est un bouleversement important qui marque une disruption de l’ordre mondial, pour autant l’ONU comme l’OMS n’ont rien d’organisations neutres ou de garde-fous. Ces dernières années les scandales se sont multipliés révélant les intérêts des lobbys de l’industrie pharmaceutiques ou des laboratoires privés, influençant les déclarations et les rapports de l’OMS. En ce sens Philippe Alcoy écrivait dans nos colonnes : « Les organisations internationales créées par les puissances impérialistes pour perfectionner leur domination ne sont nullement une garantie de la protection de nos vies. Et de ce point de vue l’exemple de l’OMS est l’un des plus néfastes, cette organisation utilisant la « label » des Nations Unies pour favoriser les profits des grands groupes pharmaceutiques ou de l’agrobusiness. »

Alors que les conséquences de la crise économique se font d’ors et déjà sentir, que la crise sanitaire est loin d’être refermée et qu’une seconde vague pourrait déferler dans les prochains temps, ce retrait sonne comme un choc planétaire. Il marque un pas supplémentaire dans la crise du multilatéralisme et dans les tensions inter-étatiques.




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