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Jeunesse

"Avec leurs tenues de livreurs"

Crise économique. De plus en plus de jeunes contraints d’aller aux Restos du coeur

Patrice Blanc, le président des Restos du Coeur, affirme « voir des jeunes arriver aux Restos du cœur avec leurs tenues de livreurs Uber Eats ». Un témoignage étayé par de nombreuses études qui montrent des jeunes de plus en plus précaires, en première ligne des dégâts de la crise économique et sanitaire.

vendredi 20 novembre

Interviewé sur France Inter le 18 novembre, Patrice Blanc, le président des Restos du Coeur, affirme « voir des jeunes arriver aux Restos du cœur avec leurs tenues de livreurs Uber Eats ». Ces emplois extrêmement précaires, car sous-payés et ne bénéficiant ni de protection sociale ni de cotisation de retraite, embauchent majoritairement les jeunes entre 18 et 25 ans. Celleux-ci se retrouvent en première ligne de la crise économique : petites mains des réseaux de grande distribution alimentaire et pourtant, dans l’incapacité de se nourrir.

En effet, l’étude de l’Observatoire de inégalités du 28 août 2020 montre que les 18-29 ans sont les plus touché.e.s par la pauvreté. Leur taux de pauvreté a augmenté de 8,2 % à 12,6 % entre 2002 et 2017, soit une progression de 50 %. Comme le stipule l’étude, « Il s’agit de jeunes adultes, souvent peu diplômés, qui peinent à s’insérer dans le monde du travail et qui sont contraints de vivre avec de très bas revenus (indemnités de stage, bas salaires, soutien parental, etc.). Les 18-25 ans n’ont pas le droit – sauf rares exceptions – aux minima sociaux. Au total, un million d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. […] Finalement, le bilan des quinze dernières années demeure marqué par la hausse de la pauvreté chez les plus jeunes. Le nombre d’enfants « de » pauvres et de jeunes adultes démunis a augmenté de 760 000, contre + 400 000 pour toutes les générations plus anciennes. » Cette situation économique est aggravée par les deux confinements successifs. Les secteurs des bars et de la restauration étant pourvoyeurs de jobs étudiants ne sont plus attractifs ce qui a généré une importante vague de licenciements. Cette précarisation drastique s’accumule à un retard des bourses du CROUS ainsi qu’à une obstruction des possibilités d’insertion dans le marché du travail notamment par l’incapacité de réaliser des stages. Le nombre exorbitant de demandes de paniers alimentaires à Paris 8 lors du premier confinement est un des nombreux exemples du caractère dramatique de cette mesure sanitaire autoritaire. Alors qu’une minorité se confine dans sa maison secondaire et profite des « vertus de l’isolement » comme l’ont mystifié certains médias, une majorité concilie les cours à distance ainsi que la réduction voire la suppression de leurs revenus dans des appartements de moins de 15m2.

Le système de l’éducation supérieure reproduit et polarise les inégalités économiques et sociales. L’université est soumise à des coupes budgétaires et à des lois précarisantes telles que la loi LPPR. Celle-ci est vivement critiquée, notamment en raison de l’instauration du « CDI de mission » qui attaque le statut de fonctionnaire et la recherche publique. Par ailleurs, une partie de la jeunesse n’a plus accès à ces universités en raison du renforcement de la sélection, comme le dénonçait Mehdi, étudiant à Montpellier, qui a entamé une grève de la faim de 5 jours en septembre 2020 pour obtenir une place en Master. Quant aux grandes écoles et aux classes préparatoires, elles forment une élite jeune et directement issue de milieux à fort capital économique et culturel. Tout le monde reste « à sa place » et les inégalités continuent de se creuser.

Alors que tout nous est retiré, ce qui subsiste c’est le désir de s’opposer à l’État. Une fraction de la jeunesse refuse d’être en première ligne de la crise économique. Les récents mouvements étudiants contre la LPR et contre les conditions sanitaires indignes au sein des collèges et des lycées sont des premiers pas dans ce sens. De plus, les rassemblements du mardi 17 novembre contre la LPR et la loi Sécurité Globale ont été la démonstration que malgré les mesures de confinement, des milliers de personnes sont prêtes à se rassembler pour s’opposer au gouvernement.




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