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Politique

Alerte rouge ?

Crise en Algérie : Macron convoque l’ambassadeur de France

Fait rare, Macron a fait faire l'aller-retour dans la journée de mercredi à l'ambassadeur de France à Alger. Il s’était déjà entretenu au téléphone avec lui mardi. Face à la mobilisation en Algérie, l’Elysée est en alerte rouge.

jeudi 28 février

Crédits photos : © JACQUES DEMARTHON / AFP

Manifestations massives en Algérie

L’annonce de la candidature de Bouteflika aux élections présidentielles algériennes a déclenché une vague de mobilisation en Algérie. À bientôt 82 ans, Abdelaziz Bouteflika est à la tête du pays depuis 1999, et est depuis systématiquement réélu avec un score de près de 80% à chaque élection, et ce même après son AVC de 2013, qui sème le doute quant à sa capacité à gouverner. Pour rappel, en 2014, sa réélection avait déjà été fortement décriée et soupçonnée d’avoir été truquée, Bouteflika ayant obtenu 80% des suffrages avec un taux d’abstention de 50%...

Depuis le 22 février, malgré la forte répression policière, des centaines de milliers de manifestants défilent dans la rue en scandant « non à la cinquième candidature de Bouteflika », ou « Algérie libre et démocratique ». Dans tout le pays, les Algériens répondent massivement aux appels à manifester, diffusés via les réseaux sociaux. Mardi, les étudiants se sont mobilisé dans les grandes villes du pays, notamment à Alger, où sévit une interdiction de manifester depuis 2001. Dans un pays rongé par l’impérialisme et la politique antisociale du gouvernement, la misère sociale explose et frappe de plein fouet la jeunesse. Près de la moitié des 42 millions d’habitants en Algérie ont moins de 30 ans, et près d’un tiers de la jeunesse est au chômage, et sa mobilisation n’est pas anodine.

Si les mots d’ordres reposent principalement sur “l’anti-cinquième mandat”, la mobilisation a des racines plus profondes. En effet, de nombreuses luttes contre les politiques antisociales du gouvernement, ont été mené par les travailleurs, la jeunesse, les chômeurs, les précaires, les étudiants, les enseignants, les médecins, les femmes et les quartiers populaires contre les attaques successives visant les acquis historiques de la révolution algérienne et des luttes sociales (école gratuite pour toutes et tous, santé gratuite, transferts sociaux, droit au travail, droit au logement, statut des travailleurs, augmentation des salaires, libertés démocratiques et d’organisation, etc...).

Inquiet, Macron convoque son ambassadeur à Paris

Selon une source à l’Élysée, Macron “suit personnellement et de très près ce qui se passe en Algérie”. Mardi, il a téléphoné à Xavier Driencourt, l’ambassadeur de France sur place, pour “connaître son appréciation de la situation”, et lui a demandé de venir en urgence à Paris pour s’entretenir avec Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères. Ce que l’ambassadeur s’est empressé de faire ; dans la journée de mercredi, ce dernier a discrètement fait l’aller-retour entre Alger et Paris.

Le message est clair : par cette démarche exceptionnelle, et par la fuite de cette “source” proche du palais, Macron souhaite montrer qu’il prend l’affaire au sérieux. “Une manière de montrer que l’Exécutif et le gouvernement suivent l’évolution de la situation au plus près”, en somme.

L’Algérie, un enjeu stratégique pour l’impérialisme Français

Pour le pouvoir français, la situation politique dans son ancienne colonie n’est pas sans danger. Elle est au contraire un enjeu majeur, car la bourgeoisie et le gouvernement français ont des intérêts sur place qui dépendent directement de la stabilité du régime. Maintenir la stabilité en Algérie est donc un enjeu économique central pour l’impérialisme français. Sur le plan strictement économique, 500 entreprises françaises sont implantées en Algérie. En 2014, les exportations françaises vers l’Algérie comptaient pour 6,4 milliards d’euros et les échanges économiques entre les deux pays pour 10,5 milliards. La France était le premier investisseur direct étranger en Algérie, hors hydrocarbures. Les liens entre Paris et Alger restent forts dans des secteurs stratégiques de l’économie française, comme par exemple l’industrie automobile. L’Algérie est également l’un des principaux fournisseurs de la France en énergie, avec 10% du gaz importé.

L’Algérie est donc en somme un enjeu économique majeur pour la France, comme au temps de la colonisation “officielle”. Les classes dominantes françaises ont donc tout intérêt à veiller à la stabilité politique et économique en Algérie, et ne se soucient pas le moins du monde de l’absence de démocratie dans le pays.

On comprend mieux l’attention toute particulière que Macron porte à la situation en Algérie. Après la mobilisation des gilets jaunes sur le territoire français, c’est un nouveau front qui s’ouvre pour le président français, cette fois à l’international. L’Algérie a été un pôle de stabilité pendant les révolutions arabes ; pourrait-elle aujourd’hui être un point de bascule ?
8 ans après les révolutions arabes, la crainte de Macron, c’est que la mobilisation algérienne relance l’engrenage. Déjà affaibli par la mobilisation des gilets jaunes, il serait contraint de faire face à un nouveau front de l’autre côté de la méditerranée, et pourrait même aller jusqu’à intervenir militairement pour défendre les intérêts des classes dominantes françaises.

Déjà un mouvement de solidarité, avec des rassemblements en soutien à la mobilisation algérienne ont commencé à se construire comme place de la République. Macron a bien des raisons de s’inquiéter.




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