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Politique

Derniers rebondissements du drame familial au Front

Le Pen suspendu. Un facho de moins ?

Paul Tanguy Avec l’affaire des écoutes des services secrets allemands pour le compte de la NSA, on avait eu droit à un remake de film d’espionnage digne de la Guerre Froide. Avec les derniers rebondissements du feuilleton frontiste, c’est Dallas-en-France : la fille renie le père, le père répudie la fille, la nièce refuse d’être prise en otage par la tante. Le tout fait les gros-titre de la presse et la une des JT, bien entendu. Reste à savoir si tout ceci relève de la mise en scène ou de la crise politique réelle au sein d’un FN qui s’est renforcé, au cours des dernières élections. L’autre question fondamentale est de savoir qui de la fille ou du père tirera profit de la cassure et s’il faut se réjouir de cette suspension du fondateur du FN.

mercredi 6 mai 2015

A l’origine du drame, il y a l’énième provocation de Jean-Marie Le Pen dans les colonnes de Rivarol, début avril. Le président d’honneur faisait état de la plus haute considération qu’il avait pour le Maréchal, alors qu’il avait réaffirmé, quelques semaines plus tôt, en direct sur BFMTV, que les chambres à gaz n’étaient qu’un détail de la Seconde Guerre mondiale. La plupart des dirigeants du parti d’extrême droite s’étaient désolidarisés du vieux leader, sa fille exigeant qu’il fasse un pas de côté. Dernier épisode en date de cette « nuit des longs couteaux », la décision des instances frontistes de suspendre celui qui a fondé le F-Haine en 1972, avec la perspective de le démettre, d’ici à trois mois, de son poste de président d’honneur. Marine aurait tué politiquement son père.

Les réactions de l’ex-para-tortionnaire ne se sont pas faites attendre. Après avoir séché le 4 mai la réunion du Bureau exécutif, ayant validé sa suspension, Le Pen a exigé de sa fille qu’elle lui « rende son nom ». « Ce n’est pas impunément, a-t-il tonné, qu’on m’attaque, même dans le dos. Les adhérents vont être indignés par la félonie, en tout cas ceux qui ont le sens de l’honneur ». Dans la foulée, il a réitéré ses accusation contre « un certain nombre de gens qui sont des socialo-gaullistes », attaque à peine voilée à Florian Philippot, numéro 2 du FN, et à ses proches, refusant « pour l’instant » d’apporter son soutien à sa fille en vue de la présidentielle de 2017, « parce que si de tels principes moraux devaient présider à l’Etat français, ça serait scandaleux ».

La question est de savoir jusqu’à quel point toute cette affaire relève du conflit politique réel entre deux lignes distinctes, de la simple mise en scène ou, au bas mot, du dérapage contrôlé visant à conforter ce que la direction du FN veut faire apparaître comme « l’irrésistible ascension de Marine Le Pen » en direction de l’Elysée. L’opération préalable est nécessaire à tout ceci reste la dédiabolisation complète du parti et l’exclusion du patriarche serait l’occasion en or pour ce faire.

Une chose est sûre, c’est Marine Le Pen qui tire le plus profit des rebondissements de cette affaire en dernière instance, par-delà les risques qu’impliquent une sortie de route de son père. De cette façon, elle compte parachever la « normalisation » complète du FN et son opération « d’intégration » paradoxale du FN sur l’échiquier politique. La contradiction relève du fait que se gagner des galons de « présentabilité » passe par la liquidation du vieil attirail pétainiste, colonial et poujadiste du FN des années Jean-Marie, pour passer à un programme plus classiquement national-populiste de la formation d’extrême droite, « socialo-gaulliste » selon le fondateur du FN. Après tout, De Gaulle a longtemps sympathisé pour l’Action Française et Maurras, dans les années 1920 et 1930, alors que Mitterrand était, lui, Croix-de-Feu…

Le Pen va-t-il mettre ses menaces à exécution ou en a-t-il réellement les capacités ? Rien n’est moins sûr. Il peut compter sur une base de sympathies réelles au sein du FN et au-delà, le rassemblement, Place de l’Opéra, le 1er mai, en atteste. Certaines franges plus « dures » de l’extrême droite pourraient être tentées de se placer derrière lui. Il lui manque néanmoins un appareil et des finances, ce que l’équipe Le Pen-Alliot-Philippot a bien pris soin de contrôler en se portant à la tête du parti, en 2012. Sans faire exploser le FN, une sorte de fuite en avant sénile de Le Pen père pourrait néanmoins handicaper, conjoncturellement, sa fille, et lui mettre quelques bâtons dans les roues. En choisissant de renouer avec les méthodes de son père lorsqu’il a mis de côté Bruno Mégret ou placé en quarantaine les Bompard dans leur fief d’Orange, Marine Le Pen pourrait s’exposer à des revers locaux, tout en tirant profit nationalement de sa stratégie de mise en scène. Marion Maréchal-Le Pen pourrait, elle, essayer de tirer parti de la situation pour renforcer ses positions au sein de l’appareil.

Faut-il se réjouir de cette mise à l’écart du fondateur du F-Haine ? Là n’est pas la question. Non seulement le FN version mariniste continue à se situer dans le sillage de l’extrême droite, distillant son venin xénophobe mais il reste ce parti ultra-réactionnaire qu’il a toujours été. C’est ce que montrent les derniers exemples en date, avec l’intervention brutale et violente du service d’ordre du FN contre les Femen, ce Premier Mai, vingt ans après le meurtre de Brahim Bouharam, assassiné, noyé dans la Seine, lors de la manifestation annuelle du FN pour Jeanne d’Arc, ou encore le fichage des « élèves musulmans » par le maire mariniste de Béziers, Robert Ménard, rappelant les années noires de la Collaboration. Avec ou sans Jean-Marie, le parti des Le Pen reste le pire ennemi des travailleurs.

06/05/15




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