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Crise énergétique : la fac de Strasbourg ferme deux semaines cet hiver, les étudiants paient la facture

Face à l'augmentation des prix de l’énergie, le président de l’Université de Strasbourg a annoncé ce lundi vouloir fermer la fac pendant deux semaines supplémentaires cet hiver. Une décision qui fait payer la crise aux étudiants et au personnel.

mardi 20 septembre

Crédit photo : BRINGARD DENIS / HEMIS.FR / AFP

Dans une vidéo postée le 19 septembre, le président de l’Université de Strasbourg Michel Deneken annonce vouloir fermer la fac pendant deux semaines cet hiver sous couvert de « sobriété énergétique ». L’université devrait ainsi fermer ses portes une semaine de plus durant les vacances de Noël, et une semaine de télétravail devrait être imposée en février.

Derrière le discours sur la "sobriété énergétique" et les "efforts communs", les fermetures administratives de la fac sont une manière de faire payer au personnel et aux étudiants la crise énergétique et le manque de moyens dans les services publics, alors que les coûts de l’électricité et de l’énergie en général explosent et que les étudiant subissent de plein fouet l’inflation. En effet, cette mesure consiste tout simplement à faire supporter à ces derniers les coûts de chauffage que la fac ne veut plus assumer, via le chauffage de leur logement pendant les journées de fermeture.

Selon un rapport de 2018 de la PDE relayé par l’observatoire national de la précarité énergétique, 70% des étudiants sondés sont en situation de précarité énergétique selon les critères croisés de dépenses en énergie et de ressenti du froid chez eux en hiver. Une situation qui a un fort impact non seulement sur les conditions d’études mais aussi et surtout sur la santé physique et mentale des étudiants. Cette attaque de la direction va encore aggraver cette situation catastrophique.

Comme l’explique la FSU dans un communiqué, la Loi Responsabilité des Universités (LRU) a permis à l’Etat de transférer « aux établissements la gestion matérielle et financière de leurs bâtiments et celle de la masse salariale de leurs agents, sans leur garantir la sécurité de leurs ressources financières ». Un moyen pour l’Etat de contenir les budgets et de pousser les facs à mener des attaques toujours plus dures contre les conditions de travail et d’études en leur sein.

D’autres mesures viennent compléter cette offensive contre le personnel et les étudiants de l’Université de Strasbourg comme la mise en route du chauffage « le plus tard possible » et seulement à 19°C et comme ça ne coûte pas grand-chose, une « campagne de communication tous azimuts en faveur des écogestes »

Ces fermetures administratives de facs afin de faire payer aux étudiants et au personnel la crise pourraient s’étendre alors que la situation s’empire. Dans un entretien accordé au Parisien paru lundi 19 septembre, le président de l’Université Gustave Eiffel prépare le terrain : « Serons-nous obligés de fermer les locaux ? Devrons-nous reprendre les cours à distance ? Réduire les heures d’enseignement ? Autant de sujets que nous étudions de près tout en veillant à nos dépenses. »

Sans aller jusque-là pour l’instant, plusieurs facs ont prévu de faire payer les étudiants et le personnel à leur façon, comme le rapporte Franceinfo : « Ailleurs en France, d’autres universités ont également décidé de réduire la voilure pour faire baisser la facture. Ces établissements n’iront pas jusqu’à la fermeture comme à Strasbourg, mais certains ont déjà suspendu des cours, notamment à Lille. D’autres ont opté pour du distanciel ou ont prévu d’abaisser la température du chauffage. À Rouen, la période de stage des étudiants pourrait être avancée : elle aurait donc lieu cet hiver pour limiter les cours en présentiel à cette période de l’année. »

Alors que l’Etat et les directions de nos facs ont bien prévu de nous faire payer la crise énergétique, les géants de l’énergie et des hydrocarbures se gavent. A titre d’exemple, uniquement sur les 3 premiers mois de 2022, les 28 plus grosses entreprises pétrolières ont réalisé 100 milliards de profits, soit le triple des profits réalisés sur la même période l’année dernière.

Des sommes astronomiques qui pourraient être récupérées et réutilisées avec profit afin de rénover les bâtiments publics et améliorer fortement leurs performances énergétiques aujourd’hui souvent catastrophiques. Toutefois, toucher uniquement aux "super" profits de ces multinationales ne permet pas de régler le problème de fond de la crise énergétique. La situation montre que l’énergie est un secteur essentiel et vital qui ne peut pas être laissé sous la gestion du patronat et des actionnaires. Il est urgent d’exproprier ces multinationales qui se gavent sur la crise et de les placer sous contrôle ouvrier, seul moyen d’assurer un approvisionnement énergétique à juste prix pour tous et d’opérer une réelle transition écologique. Cette revendication devient aujourd’hui une mesure vitale pour les étudiantes et les étudiants qui voient leurs conditions d’étude, de santé mentale, de vie tout simplement être mises à mal dans de nombreux établissements. Une telle mesure, qui rappelle que la fin du monde et la fin du mois sont définitivement liés, ne pourra être imposée que dans une vaste mobilisation en lien avec les travailleurs de ces grandes entreprises.



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