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Politique

MACRON MARCHE SUR DES OEUFS

Crise politique en Algérie : la France cherche à préserver ses intérêts

L'éxécutif suit avec inquiétude la situation politique en Algérie, où les manifestations massives contre le cinquième mandat de Bouteflika durent depuis plus d'une semaine. Une position délicate à tenir pour Emmanuel Macron qui cherche à préserver les intérêts de l'impérialisme français : si toute prise de position pourrait être perçue comme une ingérence, la France, du fait de ses nombreux intérêts dans cette ancienne colonie, ne peut se permettre l'indifférence.

lundi 4 mars

Crédit photo : D.R.

Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir en Algérie depuis 1999, est systématiquement réélu avec un score de près de 80%. Entre les soupçons de fraude, la santé catastrophique du président âgé de 82 ans, et la situation socio-économique profondément instable et dégradée, l’annonce de la candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat a été le catalyseur d’une colère qui vient de loin . Les algériens et algériennes montrent en effet leur détermination en bravant les interdictions de manifester et la répression policière, les manifestations réunissant des centaines de milliers de personnes et ce à plusieurs reprises depuis le 22 février.

Pour l’Élysée, c’est un dossier sensible. Le député marseillais de la République en Marche Saïd Ahamada commente la position délicate dans laquelle se trouve le gouvernement : « Si la situation dégénère, la France devra prendre position. Mais, à ce stade, une expression d’Emmanuel Macron me semble prématurée, et pas forcément propice à garantir la stabilité ».

C’est également ce qu’exprime un haut diplomate français, cité dans le Monde : « On sait que tout ce que l’on dit sera scruté à la loupe et surinterprété ». Le ministère des Affaires étrangères explique également : « Nous sommes sur une étroite ligne de crête : ni ingérence ni indifférence ». Ainsi, Macron n’a encore fait aucun commentaire officiel. Ce dernier doit donc à la fois prendre garde à ne pas être accusé de soutenir le régime en place, ni être accusé d’ingérence dans son ex-colonie en affichant un soutien aux mobilisations.

Le gouvernement tente de maintenir cet équilibre en affichant une position de soutien à la démocratie : « Nous avons pris note de la candidature du président Bouteflika. Nous souhaitons que l’élection présidentielle se déroule dans de bonnes conditions. C’est au peuple algérien qu’il appartient de choisir ses dirigeants et de décider de son avenir » a déclaré ce lundi la porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

En réalité, la démocratie est le dernier souci des classes dominantes française. L’Algérie, ancienne colonie française, garde une importance stratégique centrale pour la bourgeoisie hexagonale. « Signe de l’importance accordée au lien avec cette ancienne colonie, écrit Le Figaro, c’est dans la première année de leur mandat que les occupants successifs de l’Élysée ont foulé le sol algérien : Giscard en 1975, Mitterrand en 1981 et 1989, Chirac en 2003 - après sa réélection seulement, mais il fut le premier à effectuer une visite d’État, plus haut degré protocolaire possible -, Sarkozy en 2007, Hollande en 2012 et Macron en 2017. »

Economiquement, on compte 500 entreprises françaises implantées en Algérie, et les échanges entre les deux pays représentent 10,5 milliards d’euros. Les liens entre la France et son ancienne colonie sont matérialisés par de nombreux accords de partenariat économiques et diplomatiques mais aussi par des liens forts notamment dans l’automobile avec l’entreprise Renault. L’Algérie est également l’un des principaux fornisseurs en énergie de la France, avec 10% du gaz importé. De plus, la position de l’Algérie, frontalière notamment du Mali et de la Libye, lui confère une importance stratégique. En effet, comme l’écrit Le Figaro : « La position stratégique de l’Algérie, qui partage ses frontières avec le Mali, le Niger et la Libye, permet d’apporter une aide précieuse en matière de renseignement. Si bien que le risque d’une déstabilisation de la zone est pris très au sérieux par le pouvoir français. » Et quand bien même la situation est très différente, la crainte d’une extension et d’une radicalisation de la mobilisation inquiète le pouvoir français, qui verrait ses intérets directement déstabilisés.

La France a donc intérêt à la stabilité politique et économique du pays, et Emmanuel Macron en a parfaitement conscience. Ainsi, le 27 février, il faisait faire un aller-retour à son ambassadeur à Alger afin d’avoir une vision précise de la situation. L’ambassadeur s’est entretenu avec Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères.

Ce sont donc les intérêts économiques et géopolitiques de la France qui justifient la grande prudence dont font preuve – pour l’heure – Emmanuel Macron et son gouvernement. Les classes dominantes craignent que la mobilisation algérienne relance une dynamique similaire à celle des révolutions arabes de 2011 – auquel cas une intervention militaire française ne serait pas à exclure. Ainsi, Emmanuel Macron marche sur des œufs, dans un contexte où la lutte des Gilets jaunes reste importante et déterminée, et où un mouvement de solidarité aux manifestations algériennes a rassemblé plusieurs milliers de personnes, notamment ce dimanche à Paris.




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