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Politique

Double discours

Crise sanitaire. Après avoir cassé l’hôpital public, Macron appelle les soignants à l’aide

Dans son allocution jeudi soir, Emmanuel Macron a adressé une ode aux « héros en blouses blanches » et aux services publics de la santé. Un discours teinté d'hypocrisie quand on connaît la politique de casse systématique de l'hôpital public menée par le gouvernement.

samedi 14 mars

Crédits-photo : Thomas Samson / AFP

Jeudi à 20h, à l’occasion de sa première allocution télévisée depuis les débuts de l’épidémie du coronavirus en France, le Président de la République a évoqué la nécessité d’un système de santé en dehors « des lois du marché ». Un discours contradictoire avec la politique menée par le gouvernement, qui n’a eu de cesse de pousser au démantèlement des services publics, à la privatisation, mais aussi d’y importer ces logiques de management restrictives et concurrentielles, tournées vers des objectifs d’austérité et de réduction des dépenses.

Ainsi, une précédente étude de la DRES (Direction des Etudes et des Statistiques du ministère de la Santé) publiée en octobre dans Le Parisien révélait que « sur les 3.036 établissements de soins recensés, 17.500 lits permettant aux patients de dormir à l’hôpital ont été fermés en six ans. Une tendance qui ne faiblit pas, au contraire : entre 2017 et 2018, 4.172 lits ont encore disparu » avant de poursuivre en soulignant que « ce sont surtout les cliniques à but lucratif qui ont créé des lits de jour : 2.953 en cinq ans. C’est trois fois plus que le service public (1.004), alors que ce dernier compte 1.356 établissements versus 999 pour les cliniques privées lucratives. Preuve s’il en fallait que le secteur privé reste la vraie locomotive du « virage ambulatoire » que les pouvoirs publics appellent de leurs vœux depuis dix ans. »

Aussi, c’est cette politique d’austérité qu’avait dénoncée, déjà, en avril 2018, une aide-soignante du CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Rouen lors d’une visite du chef de l’Etat, en l’interpellant quant aux besoins urgents dans les hôpitaux : « il faut des lits, il faut du personnel », avant qu’Emmanuel Macron ne lui réponde sèchement : « Il n’y a pas d’argent magique. Un pays qui n’a jamais baissé son déficit public et qui va vers les 100% de dette rapportée à son produit intérieur brut... c’est vos enfants qui le payent quand ce n’est pas vous. [...] Je peux vous le dire les yeux dans les yeux, j’assume ces choix. »

Dès lors, les déclarations d’amour de l’exécutif aux personnels de santé, déjà sous pression, exposés aujourd’hui à de nouveaux risques, apparaissent comme autant de révélateurs de l’inconséquence et de la responsabilité du gouvernement dans le manque de préparation, de moyens, de postes, pour venir à bout au plus vite du virus. De plus, elles traduisent aussi la contradiction manifeste entre les offensives néolibérales des gouvernements successifs, et la capacité de répondre aux besoins, dorénavant urgents, de la population, afin de pouvoir prendre en charge dans les meilleures conditions les personnes contaminées. Mais devant ces faits, et alors que Jean-Pierre Pernaut rappelait sur TF1 quelques-unes des ces coordonnées : « il y a des grèves dans les hôpitaux depuis un an, 40% des postes de médecins qui sont vacants, 30% des postes d’infirmières, on disait que l’hôpital était au bord du gouffre » avant de lui poser la question : « est-ce qu’on est bien armés ? », le Premier ministre, Edouard Philippe, a botté en touche, s’inscrivant dans la même ligne, hypocrite, d’Emmanuel Macron : « ils font un travail remarquable. »

Ainsi, après avoir précarisé et détérioré les conditions de travail des personnels soignants, Emmanuel Macron et Edouard Philippe tentent aujourd’hui de mobiliser les personnels soignants en les appelant à « faire bloc » face à une crise sanitaire que le gouvernement a lui-même contribué à créer en participant activement à la casse de l’hôpital public et de la recherche, au mépris des hospitaliers mobilisés depuis plus d’un an. La conclusion est donc claire : il n’y a aucune confiance à accorder au gouvernement pour trouver une solution à la majorité de la population qui subit aujourd’hui l’épidémie de coronavirus, qui passera nécessairement par la lutte pour la création immédiate et permanente de nouveaux lits, de nouveaux espaces de soins, et de nouveaux postes, pour la mise en place d’une campagne de dépistage gratuite et accessible à tous, et pour mettre le système de santé au service de la majorité de la population et non des intérêts d’une poignée d’entreprises pharmaceutiques et médicales privées.




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