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Politique

Partiels et rentrée universitaire sous le signe du Covid

Crise sanitaire. Blocus à La Sorbonne contre le maintien des partiels

La rentrée universitaire se fait sous le signe de l’angoisse et du manque de moyens à l’université. L’incertitude concernant la situation sanitaire fait de ce début de rentrée et de cette période d’examens le catalyseur de toutes les problématiques de l’université.

mardi 5 janvier

Crédits photo : Capture d’écran vidéo tweeter tulyppe : ici

Ce lundi 4 janvier, c’est la rentrée, on reprend les cours, et pour la plupart des étudiants, cela signifie ouvrir son ordinateur, redémarrer le zoom et continuer à vivre un enseignement à distance précaire et qui creuse les inégalités. Les sondages sur la détresse des jeunes pleuvent ; selon un rapport parlementaire, 1 étudiant sur 6 déclare avoir abandonné ses études pendant le premier confinement. Pendant cette deuxième vague, ce sont 90% des étudiants qui se disent en situation de décrochage.

Une situation qui n’a pas manqué d’indigner, notamment à la Sorbonne où les étudiants ont décidé d’empêcher la tenue des partiels et dénoncent les inégalités engendrées par un maintien des partiels en présentiel. Des étudiants ont été contraints de louer des chambres d’hôtel pour pouvoir assister à leurs partiels, engendrant des frais ahurissant, seule alternative pour espérer pouvoir valider son année. Il a également été demandé aux étudiants positifs au Covid de venir faire les examens, avec une salle d’examens prévu à cet effet, pour le groupe « covid ». « On commence à se dire que pour l’administration de La Sorbonne et pour beaucoup d’autres la valeur du diplôme est plus importante que notre santé physique et mentale et c’est vraiment très grave » dénonce Luna, une étudiante de la Sorbonne.

Les étudiants se sont organisés pour bloquer les partiels à Malesherbes, La Sorbonne mère et Clignancourt, afin d’empêcher que ces partiels inégalitaires puissent se tenir. Tôt le matin, le blocage de La Sorbonne et Clignancourt a été débloqué par les policiers, qui ont ensuite gardé les portes de l’université afin de vérifier les identités des étudiants. Une réponse autoritaire à la contestation de la part des présidences d’universités, à l’image de la gestion répressive du gouvernement de la crise sanitaire.

Alors que le gouvernement veut imposer, y compris avec la matraque, le respect des partiels et des examens pour maintenir à tout prix une supposée "valeur du diplôme", cela se fait au prix d’une sélection brutale, laissant sur le côté les étudiants les plus précaires. De la même manière que la gestion de la crise par le gouvernement se fait autoritairement et que tous les moyens sont employés pour mieux réprimer et contrôler la population, les présidences d’universités sont le relai de cette gestion autoritaire et criminelle. Aucun moyen supplémentaire, mais un maintien des examens sans aménagements, alors même que la situation est difficile et inédite.

L’année dernière, alors que plusieurs conseils de vie universitaires et de formation avaient voté en faveur du 10 améliorable, nombreuses sont les présidences d’universités qui ont fait fi de cette décision, pour pouvoir maintenir des partiels et la sélection quoi qu’il en coute.

Un avenir incertain, au-delà de l’obtention d’un diplôme

Selon un rapport parlementaire, 50% des jeunes se sentent inquiets pour leur santé mentale. Un compte Instagram, « anxiété études supérieures », recense des témoignages démontrant le désespoir des étudiants. Un étudiant étranger témoigne ainsi : « La vie est quelque peu difficile, je dois jongler entre mon boulot, étudiant tous les soirs, cinq dossiers à rendre dont un pré rapport de stage alors que je n’ai pas de stage ». Un témoignage a l’image de la réalité de beaucoup d’entre nous qui sont contraints de jongler entre un emploi précaire et les études.

Pour une autre partie d’entre nous, le boulot précaire s’est transformé en chômage et précarité, de quoi rendre encore plus difficile la poursuite des études. Cette situation vient augmenter les signes de dépression et troubles psychologiques dans la jeunesse. Dans cette situation, la rentrée universitaire se fait dans l’angoisse et l’incertitude. Une étudiante en Deust à Aix Marseille explique ainsi « Je suis en études de théâtre (…) j’ai l’impression de bosser comme une dingue pour finir au chômage »

La détresse s’accroît, face au manque de moyens et de perspectives, la difficulté à continuer les études, un étudiant en IEP explique ainsi : « je viens d’accepter un CDD à temps partiel au prochain semestre car je suis inquiet pour insertion professionnelle et veux booster mon CV »

Ces témoignages montrent la profondeur de la crise dans laquelle est plongée la jeunesse et ancre la détresse psychologique dans les problématiques sociales et économiques. La peur du chômage, la précarité, et l’absence de perspective, c’est le quotidien de la « génération sacrifiée » dont on parle tant.

Macron ne manque pas d’évoquer cette jeunesse, en répétant qu’il est « dur d’avoir 20 ans en 2020 » mais sans jamais annoncer des mesures à la hauteur de la crise. Le plan "un jeune une solution", lancé en juillet, vient offrir à la jeunesse… des jobs précaires et des possibilités de services civiques, des vraies perspectives d’émancipation face au futur incertain !

Ouvrir les universités, oui, mais sous quelles conditions ?

Le choix des universités est donc celui d’un maintien des examens a tout prix, augmentant brutalement la sélection entre les étudiants. Pour ce qui est de la reprise des cours, la ministre F. Vidal annonçait au micro de France Inter samedi 2 janvier : « Nous avons demandé aux établissements de recenser les étudiants en difficulté, et de les faire revenir, par petits groupes, sur convocation » . Une déclaration dans la continuité de la circulaire qui date du 19 décembre, qui annonce une « reprise progressive dans les établissements de l’enseignement supérieur à partir de janvier ». On se demande quels critères seront retenus par les présidences d’université et le gouvernement pour effectuer des retours en cours. Lorsqu’on sait que 90% des étudiants déclarent être en décrochage scolaire la sélection se fera donc arbitrairement.

Autre mesure dérisoire, l’embauche de 20 000 tuteurs, c’est à dire des étudiants qui vont pouvoir accompagner les premières années. Le chiffre, en plus d’être dérisoire, n’est qu’une manière temporaire et superficielle de gérer le problème. Les étudiants en difficulté pourront être suivis par des tuteurs étudiants, qui sont surement tout aussi en difficulté scolaire, au lieu d’embaucher des profs avec un contrat stable !

La dégradation des conditions d’enseignement à l’université se manifeste également autour de la Loi de Programmation de la Recherche, hautement critiquée, qu’a fait passer le gouvernement et qui va plonger d’autant plus l’université dans la détresse. Cette loi va précariser la recherche, en la conditionnant aux volontés d’investissements des entreprises et précariser les conditions d’embauche des professeurs.

Avec le souvenir amère et angoissant des cours en présentiel en septembre dans les amphis bondés, on ne peut pas penser un retour sur les campus sans un plan sanitaire conséquent. Il s’agirait de mettre en place une campagne massive de tests, et cela avant même les symptômes, pour réellement maîtriser l’épidémie et ne plus avoir recours à cette méthode moyenâgeuse qu’est le confinement. Alors que le gouvernement priorise un renforcement des budgets pour la police et la répression, il faut lutter pour un plan d’investissement massif dans les universités et les hôpitaux afin d’avoir des moyens personnels suffisants pour faire face à la crise.

Alors que les conditions d’études à distance fragilisent les étudiants, maintenir les examens dans de telles conditions vient accroître la sélection. Lutter pour le 10 améliorable dans les universités, afin que les étudiants puissent poursuivre leurs études, est une lutte contre la sélection sociale ! Enfin, alors que le gouvernement répond par l’envoi de CRS sur la contestation étudiante contre des partiels inégalitaires, il nous faut lutter pour l’abandon de toutes les lois racistes et réactionnaires du gouvernement. La jeunesse ne peut pas faire confiance à Macron pour prendre en charge son avenir !




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