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Crise sanitaire en Inde : la multinationale française Air Liquide profite de la pénurie d’oxygène

A l’heure où l’Inde rejoint les pays percutés par une « pénurie d’oxygène » qui cause la mort de malades gravement atteints du Covid-19, le géant de l’oxygène médical Air Liquide apporte son « aide » hypocrite, fort de ses milliards de profits sur la pandémie.

mercredi 28 avril

Cela fait quelques semaines que la situation sanitaire en Inde est dramatique. Depuis maintenant une semaine, les chiffres dépassent les 300 000 contaminations par jour, et la barre des 200 000 morts de l’épidémie a été franchie, faisant de l’Inde l’un des pays du monde les plus dévastés par le Covid-19. Et à l’heure des crémations de masse et des morgues saturées dans les hôpitaux, au manque de lits dans les hôpitaux, de matériel médical et de vaccins s’ajoute un problème d’ampleur : la pénurie d’oxygène médical.

Cette pénurie, loin de se limiter à l’Inde, prend de l’ampleur dans le monde entier, en particulier dans les pays en développement en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Le Brésil, pays ravagé par l’épidémie, est lui aussi parmi les plus touchés. La vidéo de Thalita Rocha suppliant qu’on approvisionne l’hôpital de Manaus en oxygène avait fait le tour du monde. A São Paulo, des dizaines de patients seraient morts du manque d’oxygène pour les respirateurs et cela pose des problèmes au-delà même des patients atteints du Covid : plusieurs nourrissons ont ainsi dû être évacués de leurs villes de naissance pour rejoindre des hôpitaux disposant d’oxygène, devenu rare dans le pays. Dans nombre de ces pays, le manque d’oxygène est la cause de plus en plus de décès, et de frais énormes pour les familles contraintes d’acheter des bouteilles d’oxygène au prix fort sur le marché privé.

Face à l’ampleur de la catastrophe en Inde, les grandes puissances internationales ont annoncé des aides d’urgence. Promptes à apparaître comme les grands sauveurs de l’Inde, elles sont aussi alarmées face aux conséquences internationales - économiques et sanitaires - que ne manquera pas de provoquer la situation dans un pays tel que l’Inde, entre autres premier producteur mondial de vaccins. Parmi ces grandes puissances, l’Union européenne a promis une assistance. Le ministère des affaires étrangères français a ainsi communiqué une série d’aides qui seraient envoyés en Inde dont des générateurs d’oxygène, des conteneurs d’oxygène liquide, ou des équipements médicaux. En tête des partenariats avec l’État français pour cette opération, on trouve le géant du secteur, Air Liquide.

En février dernier, le PDG d’Air Liquide, Benoît Poitier, saluait la performance « remarquable » de l’entreprise qui a sur l’année 2020 réalisé un bénéfice de 2,4 milliards d’euros (soit une hausse de 8,6%) sur son confortable 20,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Des profits au-dessus des espérances de la direction de l’entreprise, qui a décidé d’en faire profiter ses actionnaires avec la proposition d’une hausse de 1,9 % du dividende à 2,75 euro par action « en ligne avec la croissance du résultat net récurrent ». C’est donc fort de ses milliards de bénéfices obtenus sur le dos des malades du Covid-19 en 2020 que l’entreprise multiplie les communications autour de ses envois de matériel, notamment en Inde. Une manière de se ranger à l’effort de l’État français et d’apparaître à travers une opération « humanitaire » pour une multinationale qui fait des milliards de profits en vendant de l’oxygène médical en pleine explosion de la demande (de 7 à 10 fois supérieure à avant la crise du Covid).

Une aide d’autant plus hypocrite qu’elle vient d’États qui continuent de refuser la levée des brevets qui, autant qu’ils amputent les capacités mondiales de production notamment des vaccins, procurent des profits exorbitants aux grands laboratoires pharmaceutiques. Des profits indécents réalisés sur la santé de millions de malades, main dans la main avec les gouvernements d’États qui sont responsables de l’ampleur des conséquences de l’épidémie, par leur gestion au service de l’économie de la crise sanitaire.

Face à ce monde capitaliste où toute une partie de la planète est frappée par une pénurie d’oxygène - bien vital s’il en est - sur laquelle des grandes firmes réalisent des milliards de profits, une gestion rationnelle de la crise sanitaire, c’est-à-dire répondant aux besoins et ne pas aux profits, qui lèverait les brevets et confierait la production et l’approvisionnement de tous les équipements médicaux, apparaît plus que jamais vitale.




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