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Politique

LREM DIVISÉE

Critiqué par un député pour ses propos sur le voile, Blanquer exige des sanctions

C’est dans une interview donnée dans le Point qu’Aurélien Taché, député LREM, exprime son désaccord avec Jean-Michel Blanquer au sujet du voile. Selon ce dernier, le port du voile « n’est pas souhaitable » ce qui n’est pas l’avis d’une large part du groupe LREM créant une nouvelle fracture au sein de la majorité.

mardi 15 octobre

Crédits photo : Gonzalo Fuentes

« On est encore et toujours incapables de dire si, oui ou non, nous sommes dans un régime de libertés de conscience avec un État qui ne dicte pas les choix moraux des individus » - A. Taché

C’est dans un climat d’islamophobie assumée, clamée, des discours de Zemmour diffusés en direct aux récentes sorties du gouvernement, toujours plus offensif, instaurant une chasse aux sorcières institutionnalisée à l’encontre de la communauté musulmane, que la majorité se trouve ébranlée par une critique émanant de son propre camp. Élu LREM du Val d’Oise, Aurélien Taché a osé remettre en cause cette déferlante de haine du gouvernement, et notamment la réaction de Jean-Michel Blanquer après l’agression d’une mère voilée accompagnatrice d’une sortie scolaire par Julien Odoul, élu du Rassemblement National. Le Ministre de l’éducation, non content de diffuser des fake news destinées à semer toujours plus de confusion, en inventant des chiffres de déscolarisations des petites filles qui seraient dues à un « fondamentalisme islamiste dans certains territoires », s’est permis de nous expliquer que le voile « n’est pas souhaitable dans la société », créant par là même des remous dans le groupe de la majorité en la personne d’Aurélien Taché, qui entraîne derrière lui des alliés et une frange de « gauche » du groupe LREM. 
Dénonçant « ce genre de situations confuses où des gens comme Julien Odoul récupèrent les mots de Jean-Michel Blanquer », l’élu du Val-d’Oise poursuit : « On renforce ceux que l’on prétend combattre » soit la ceux qui stigmatisent les musulmans, ce qui se démarque du mariage avec les idées islamophobes engagé depuis un mois par le gouvernement et l’aile droite de LREM, draguant ouvertement l’électorat du RN.

Blanquer exige des sanctions : une tentative de mettre au pas l’opposition interne de LREM

Le ministre a immédiatement saisi la commission des conflits, une instance dont l’issue est la plupart du temps une exclusion du parti selon les sources du Monde. C’est par ce biais, en juin dernier, que la polémique autour d’Agnes Thill et ses propos anti-PMA avaient été endigués et avaient empêché le départ de plusieurs députés avec pertes et fracas, première brèche dans l’apparente unité du bloc LREM, limite prévisible d’une politique « ni de gauche, ni de droite ». Une dynamique de fronde, inaugurée marginalement lors du passage de la loi Asile et immigration, étendue avec la « loi anti-casseurs » et les 50 abstentionnistes LREM, opposant un groupe « progressiste » à une base plus droitarde de la majorité présidentielle, groupe qui a pu faire reculer Blanquer sur l’amendement interdisant les mères voilées d’être des accompagnatrices scolaires dans la loi de « l’école de la confiance » en juin dernier. En effet, retiré de la loi, cet amendement pourtant cher au ministre a créé une fracture importante dans le groupe LREM. Fracture qui aujourd’hui s’exacerbe entre Blanquer, Castaner et leurs sorties médiatiques, et une frange de LREM, plutôt issue d’une tradition PS (qui a su jouer elle aussi de l’islamophobie quand cela était jugé nécessaire) et qui se cristallise aujourd’hui autour du cas d’Aurélien Taché.

Ainsi, on comprend mieux la réaction ministérielle qui tente de faire une démonstration au groupe LREM en essayant de tuer dans l’œuf la contestation émanent de son propre camp afin d’imposer la cohésion et de mettre au pas ces frondeurs. Cela, très certainement en vue, d’une part, de faire passer les réformes plus structurelles telle que la réforme des retraites mais surtout d’autre part, de mener une campagne efficace pour les municipales, alors même que dans plusieurs villes comme à Paris des listes parallèles LREM sont proposées par des militants contre l’avis du parti. Ainsi candidate Cédric Villani sous la banière En Marche alors que le parti soutiendra la candidature de Benjamin Griveaux.
Des méthodes qui soulignent la personnalité d’un ministre autoritaire qui cherche déjà à mettre à genoux les personnels de l’Éducation Nationale et veut appliquer cette même ligne avec sa majorité parlementaire. Pour autant, le macronisme a jusque-là réussi à souder ses différentes constellations au sein de sa majorité par un équilibre entre « progressisme » libéral sur les questions sociétales et un néo-libéralisme rageur sur les questions économiques, le tout sur fond d’autoritarisme jupitérien pour combler la faible base sur laquelle reposait son élection. Le tournant de l’acte II du quinquennat et notamment autour d’une redéfinition d’éléments d’autoritarisme (incarnés par Blanquer et Castaner notamment, là où Macron met en avant des éléments de dialogue avec les corps intermédiaires) pourrait faire bouger des lignes de fracture potentielles qui existent depuis 2017 mais attendaient un engagement plus dur de la tête tel qu’aujourd’hui, sur les questions de laïcité, pour se craqueler.

La conscience de la nécessité de constituer un maillage de corps intermédiaire efficace, leçon tirée de ces 10 mois de Gilets Jaunes s’articule donc aussi pour La République En Marche à une base militante difficile à maîtriser comme l’on a pu le voir, prompte aux dissensions. On comprend donc la nécessité pour la tête du parti à faire plier de force ses militants et ses élus, de la même manière dont elle a jusque-là fait passer ses réformes.

Un coup de force salutaire pour la majorité qui comprend beaucoup de risques

Agitant le drapeau de l’islamophobie, appelant ouvertement du pied l’électorat d’extrême droite, c’est donc à un jeu dangereux que se livre le gouvernement. Car il s’expose à un affaiblissement partiel de sa majorité à l’Assemblée comme le souligne un dirigeant LREM : « Si Taché est viré, beaucoup de députés vont se rebeller car la ligne de Blanquer est minoritaire en interne ». Un coup dur que pourrait difficilement se permettre LREM à l’approche des municipales et dans un contexte social extrêmement agité à la base avec plusieurs dates de mobilisation et notamment une grève illimitée des transports qui tend à s’étendre à d’autres secteurs à partir du 5 décembre, parmi les premiers actes de la longue bataille des retraites d’ores et déjà engagée, le tout sur fond de colère généralisée comme les pompiers et la santé l’ont encore montré hier.




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