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Croissance à 0% et inflation galopante en 2022 : les travailleurs ne doivent pas payer la crise

Les dernières estimations de l'INSEE portant sur le premier trimestre 2022 sont inférieures aux prévisions et ont de quoi inquiéter. Alors que l'économie mondiale est ébranlée par les conséquences de la guerre en Ukraine et des sanctions économiques, c'est aux travailleurs que Macron entend faire payer la crise.

vendredi 29 avril

Crédit photo : AFP

Une croissance à 0% et une inflation galopante

Dans sa dernière estimation publiée ce vendredi pour le premier trimestre 2022, l’INSEE (institut national de la statistique et des études économiques) évalue l’inflation à 4,8% sur un an et la croissance à … 0%.

Cette estimation s’avère en-deçà des prévisions de l’INSEE jusque-là, qui tablait sur une croissance de 0,3%, ce qui pourrait conduire à revoir à baisse les perspectives de croissance pour l’année 2022, toujours plus incertaines. D’autant que l’inflation continue de grimper pour atteindre des taux records, ce qui entraîne d’importantes répercussions sur la croissance elle-même.

« La principale contribution reste de loin celle de l’énergie mais elle diminue un peu. A l’inverse les contributions de l’alimentation, des produits manufacturés et des services augmentent », explique Julien Pouget, directeur de la conjoncture à l’INSEE. Autrement dit, si la hausse des prix de l’énergie reste le principal facteur de l’inflation, l’inflation dite « importée » se généralise, notamment dans les produits de première nécessité. « Les données d’avril montrent que l’augmentation des prix est en train de changer de nature », s’alarme en ce sens Le Monde.

Une pression inflationniste qui pèse sur le « pouvoir d’achat » des classes populaires, et qui se traduit par un ralentissement de la consommation ce qui explique en grande partie selon l’INSEE la stagnation de l’économie. « La baisse de consommation est de plus grande ampleur que prévu, ce qui fait stagner l’activité globale », précise Julien Pouget.

Une instabilité économique à échelle mondiale

Ces mauvais chiffres pour le premier trimestre ne touchent pas seulement la France. Au sein de l’Union européenne, les autres grandes puissances, mise à part l’Allemagne, connaissent une évolution similaire. « La croissance de plusieurs des plus grandes économies de la zone euro s’est fortement affaiblie au cours du premier trimestre, faisant resurgir le spectre de la stagflation dans une région affectée par la flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires », décrit le Financial Times. L’inflation de la zone euro est en effet évaluée à 7,5% sur un an en avril tandis que la croissance plafonne à 0,2%.

Et le Fonds monétaire international (FMI), vient à ce titre de revoir les perspectives de croissance de l’UE à la baisse pour 2022, tablant désormais sur une croissance de 2,9% tandis qu’elle était évaluée à 3,5% jusque-là (déjà après une première réévaluation à la baisse).

Cela témoigne de l’instabilité de la situation économique actuelle. Après le repli dû aux conséquences de la Covid-19 et des confinements, perturbant durablement les chaînes de production mondiales, la relance économique déjà instable a été bouleversée par la guerre en Ukraine et les sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie par les puissances impérialistes. Combinées aux effets de la guerre, celles-ci ont entraîné une inflation spectaculaire des prix de l’énergie et du blé (dont la Russie et l’Ukraine sont deux producteurs centraux à échelle mondiale) qui se répercutent. Et au-delà de ces effets économiques immédiats, comme le souligne Esteban Mercantante, « la question se pose de l’effet que ces décisions peuvent avoir sur les relations économiques internationales ». Les sanctions contre la Russie aggravent en effet les tensions et contradictions au sein de la « mondialisation », sous-jacentes depuis la crise de 2008 et amplifiées déjà par la crise de la Covid.

Face aux attaques sociales qui s’annoncent, préparer la contre-offensive

Or cette situation d’instabilité économique frappe en premier lieu la classe ouvrière et ses conséquences risquent bien de s’aggraver. Alors que l’inflation augmente fortement, les salaires augmentent à un rythme bien moindre ou stagnent, ce qui occasionne une baisse des salaires réels pour les travailleurs, d’où la centralité prise par la question du « pouvoir d’achat » ces derniers temps.

D’autant que Macron entend faire payer le coût de la crise aux travailleurs et a été réélu pour mener une véritable guerre sociale dans son second mandat – dans la continuité du premier – et prépare l’austérité.

La situation pour autant est aussi grosse d’instabilité sur le terrain social. Le premier mandat de Macron a ainsi été marqué par d’importantes mobilisations – que la pandémie est venue étouffée – et ce second quinquennat, qui voit les contradictions du macronisme s’approfondir sur fond de déficit de légitimité, pourrait bien être explosif.

En cela et face à ce programme d’attaques d’ampleur, il y a urgence à imposer une riposte. Si ce 1er mai constitue une première occasion de faire entendre les intérêts des travailleurs et des classes populaires sur le terrain social, il est aussi fondamental de s’appuyer sur les grèves pour les salaires, qui se multiplient localement face à la baisse des salaires réels à l’occasion des NAO, pour construire un plan de bataille coordonné et poser les bases d’un bloc de résistance.



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