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Patrons-pollueurs

Greenwashing. D’après Greenpeace, Total pollue 4 fois plus que ce qu’il déclare

Dans un nouveau rapport, l’ONG Greenpeace révèle que les émissions de gaz à effet de serre dont est responsable Total sont largement sous-estimées par la communication de l’entreprise. En effet, quand Total publie une évaluation de 455 millions de tonnes de CO2, Greenpeace les estime à 1,6 milliards de tonnes, c'est-à-dire près de 4 fois plus. Une nouvelle démonstration du greenwashing auquel se livre le géant pétrolier.

Christa Wolfe


et Seb Nanzhel

4 novembre 2022

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Crédits photo : une action des raffineurs de Grandpuits contre le greenwashing de Total, devant le siège de l’entreprise en 2021. Revolution Permanente

La multinationale française de pétrole, de gaz et de pétrochimie Total, qui annonçait des profits doublé par rapport à l’année dernière de 5.6 milliards de dollars au second trimestre 2022, est également connue pour être un pollueur massif. Mais les émissions de gaz à effet de serre dont elle est responsable pourraient jusqu’ici avoir été très sous-estimées. De fait, c’est l’entreprise qui réalise elle-même le décompte de ses émissions. À titre de comparaison, les émissions de Shell ou d’Exxon Mobil donnent des chiffres allant jusqu’à 1,7 milliards de tonnes quand TotalEnergies n’annonce que 455 millions de tonnes : on a de quoi s’étonner, en effet. C’est ce qui a poussé Greenpeace à refaire les calculs dans un rapport. Elle dénonce aujourd’hui les montages et les méthodes de calcul utilisés pour diminuer - sur le papier - le bilan de Total.

Les résultats du calcul de Greenpeace, qui ne prétend pas à l’exactitude ni à l’exhaustivité, mais sert à titre de comparaison, sont en effet assez effarants. L’ONG arrive sur un total de 1.6 milliards de tonnes d’équivalent CO2, soit près de quatre fois plus qu’annoncé par l’entreprise. Selon les chiffres obtenus par Greenpeace, si l’entreprise était un pays, elle serait le quatrième plus gros pollueur mondial, devant la Russie, le Japon ou encore l’Allemagne ! Les raisons du gouffre qui sépare les données déclarées par Total et celles calculées par Greenpeace ? Le pétrolier met sous le tapis une grande partie des émissions dues à la combustion des énergies fossiles dont il tire ses profits. Il exclue également des aspects entiers de son activité dont « son réseau de plus de 14 000 stations-services », plus de 80 sites d’extraction et de prospection gérés conjointement avec d’autres entreprises ou encore certaines filiales.

Ces déclarations des émissions sont dès lors un élément à part entière de la stratégie de greenwashing déployée par l’entreprise, pour laquelle Total dépense la somme de 52 millions de dollars par ans selon Oxfam. Le rapport de Greenpeace rappelle en effet que « La sous-déclaration des émissions de GES par le géant du pétrole et du gaz français s’additionne aux stratégies de greenwashing déployées par le groupe visant à relativiser ses activités fossiles dans sa communication, à détourner l’attention du public vers les engagements caritatifs de l’entreprise, et à mettre en avant de manière disproportionnée ses actions pour développer les énergies renouvelables. Autant de manœuvres qui permettent de minimiser la responsabilité de TotalEnergies dans le réchauffement climatique »

Une démarche permise par le cadre mis en place lors du protocole de Kyoto en 1997, sur lequel les industriels se sont eux-mêmes mis d’accord. Une manière de s’arranger par avance, donc, avec la nécessaire publication de leurs niveaux d’émissions de CO2 instituée par le Protocole. C’est donc dans ce cadre taillé à la mesure de leurs intérêts que les industriels communiquent sur leurs résultats et témoignent, la main sur le coeur, de leur volonté de réduire effectivement les gaz à effet de serre. Une démonstration de plus que ce ne sont pas les cadres législatifs qui permettront de mettre fin à la crise climatique causée par ces entreprises. Au contraire, ces derniers servent systématiquement leurs stratégies de greenwashing.

Total annonce de nouvelles exploitations désastreuses pour l’environnement en Afrique du Sud, projette de construire le plus grand pipeline chauffé en Ouganda et en Tanzanie, expulsant pour se faire plus de 100 000 personnes et détruisant 2000 km² de réserves naturelles et puise toujours plus d’énergie fossiles afin de s’assurer des profits massifs. Face à l’aggravation de la crise écologique et aux destructions en séries causées par le géant du pétrole et par le patronat dans son ensemble, il est nécessaire de tirer le frein d’urgence. La grève des raffineurs, qui ont bloqué les principaux sites de l’entreprise pour exiger des augmentations de salaires alors que l’entreprise accumulait les profits records, a démontré qu’eux seuls ont la capacité de stopper des géants comme Total. C’est à leurs côtés que nous pourrons arracher l’expropriation des entreprises du secteur de l’énergie et leur mise sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes. Une mesure d’urgence indispensable pour permettre un accès à l’énergie pour tous et pour réaliser une réelle transition écologique.


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