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Daher-Socata : 2 travailleurs se suicident en 3 jours

« Si je pars, c'est aussi à cause du travail. Je ne supporte plus cette usine et son fonctionnement, ces hiérarchies qui nous mettent de plus en plus de pression et ce chantage de notre direction, nous demandant sans cesse de faire des efforts sous peine de voir nos emplois supprimés. On nous ment à longueur de journée pour faire du profit sur notre dos ». Extrait de la lettre d'adieu de Romain Miqueu, affichée à l'entrée de l'usine par sa famille, suivi de la phrase "2 en 3 jours ça ne vous suffit pas ?". Camille Pons

mardi 7 mars 2017

Dans la nuit du 1er au 2 mars, Romain Miqueu, 29 ans, mettait fin à ses jours. A peine quelques heures plus tard, Cédric Sempé, travaillant dans la même entreprise, Daher-Socata, sous-traitant aéronautique de Louey dans les Hautes-Pyrénées, se suicidait lui-aussi.

A l’entrée de l’usine, on trouvait affiché par ses proches un extrait de la lettre de Romain (apparemment, rapidement retirée par la direction). Les réactions de plusieurs collègues ou habitants sont scandalisées.

Sur la publication facebook, partagée plus de 700 fois, une salariée dénonce : "Voilà ce que vaut la vie de deux hommes chez Daher : 3 lignes de communication", évoquant le communiqué de la direction.

Pour d’autres, c’est la colère qui s’exprime :

"Peuple travailleur, toi qui as les mains tachées abîmées le dos cassé par tous ces efforts, toi qui cours toute la journée pour sortir les quotas, même si tu es fort regarde autour de toi car peut-être tes collègues n’auront pas ta force alors vient le moment de vous lever et de dire STOP !!!"

"mon mari travaille à la socata donc on voulait juste se recueillir ce matin devant la gerbe accrochée au portail mais bien sûr elle n’y était plus ni les affiches d’ailleurs forcément ça doit en gêner plus d’un ! J’ai honte vraiment"

"Toutes mes condoléances à la famille qui sont également mes voisins. J’espère qu’une grande mobilisation mettra fin aux agissements de cette Société qui sous prétexte qu’elle fournit du travail se permet de retirer la vie !"
"Je ne travaille pas à la socata mais je garderai en mémoire le Petit romain qui jouait au foot dans notre village . Cette tristesse immense est difficile à supporter !Je l’ai vu grandir et s’en aller !! Putain de travail !!!"

Dans la lettre de Romain, tout est là. Tout ce que nous dénonçons depuis longtemps... Que ce soit les augmentations de cadences (d’ailleurs, pour fabriquer toujours plus d’avions, dont on augmente artificiellement le "besoin"), la seule logique du profit, qui entraine suppressions d’emplois et délocalisations, ou l’éternelle menace du chômage comme mode de management, on se rend compte, quand on se place du point de vue des travailleurs du secteur, que celui-ci n’est pas le "secteur préservé" dont font la pub les Enders et autres dirigeants.

La direction, comme toujours dans des cas de suicides liés aux conditions de travail, expliquera que la situation est "plus compliquée", qu’il ne faut pas sous-estimer les "faiblesses personnelles", etc...

Au contraire, nous dénonçons radicalement les conditions de travail qui broient des travailleurs pour gaver quelques patrons.

Malgré les carnets de commandes et les milliards de chiffres d’affaire, c’est toujours sur notre dos que se font toujours plus de bénéfices. En tout cas, jusqu’à ce qu’on relève la tête, et que la peur change de camp...




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